La valeur n’attend pas la longueur des culottes !

Les honneurs, les vrais, peuvent être rétroactifs, et qu'ils soutiennent le moral et la Foi de nos jeunes qui entendent envers et contre tout témoigner de la France qui ne s'agenouille pas… attendu qu'elle, dans la joie, pourra s'agenouiller devant son Roi. Nous offrons à tous nos jeunes amis du 11 novembre 2003, le témoignage d'un ancien cher à nos cœurs.

Les Manants du Roi.

"Pour le 11 novembre, un mot d'ordre avait circulé dans les milieux étudiants, j'avais fait passer la consigne dans la classe pour que tous manifestent discrètement en arborant une cravate noire ou quel qu'autre signe de deuil. Un quart des élèves environ répondit à mon appel. Je tentai ensuite de convaincre quelques-uns pour qu'ils rejoignent en fin d’après-midi, l'Arc de Triomphe où, m'avait-on dit, les étudiants se retrouveraient. Cette fois je n'eus aucun succès. Après la classe, j'attendis un moment Demouret et Bouleau puis, résigné, je m'y rendis seul.
A la station Etoile, la foule était inhabituellement dense, les escaliers encombrés, les voyageurs hésitaient à sortir. Jouant des coudes, j'étais parvenu à l'air libre. A peine avais-je mis le pied sur le trottoir que je vis passer, courant à perdre haleine, un groupe de jeunes gens. D'instinct, je me joignis à eux, accompagnant leur foulée. Le groupe tourna rue de Tilsitt, là, notre course buta sur un cordon de soldats allemands, armés et casqués. Derrière nous surgissaient d'autres uniformes verts. Avec des hurlements gutturaux, ils nous repoussaient sans ménagement contre les murs, je vis, pour la première fois de ma vie, l’œil noir d'un canon de mitraillette pointé, menaçant, à quelques centimètres de mon nez. Tout aussi inquiétantes, à hauteur de mon visage, d'autres armes se concentraient, il semblait qu'il y en eût des milliers. Un coup d’œil furtif vers l'arrière me permit de voir les étudiants, garçons et filles, reculant à ma gauche, bras en l'air. Sur ma droite et devant, les mitraillettes se concentraient. Je reculais, moi aussi, quand je sentis une poigne vigoureuse me saisir par la manche: « Veux-tu venir ici ! Chenapan! » Une plantureuse dame, surgie de la foule, tout en écartant deux soldats, m'avait agrippé solidement et me tirait en me secouant comme un prunier, mêlant, dans ses invectives, des expressions germaniques et françaises. Je crois même avoir reçu quelques taloches tandis qu'elle lançait à l'intention des Allemands: « C'est mon gosse ! il n'est pas avec les autres ! »
Ces derniers, en fait, ne s'y attardaient guère, un gamin en culottes courtes morigéné par une matrone, n'était pas le type d'étudiant qu'ils chassaient ce jour-là… d'ailleurs, la dame et moi, étions déjà sur le trottoir d'en face et je continuais à me faire tarabuster, titubant sous la poigne de l'Alsacienne (je la présumai Alsacienne).
Me prêtant avec une complicité gênée au jeu qu'elle m'imposait, rouge de confusion sous le regard curieux, compatissant ou amusé des badauds, je fus reconduit de cette façon jusqu'à la bouche de métro. Alors, sa pression vigoureuse devint douceur, sa voix se fit affectueuse : « Malheureux enfant ! » souffla-t-elle dans un murmure, « Ne traînez pas ici ! Vous voulez donc partager leur sort ? » Elle me désignait du doigt, là-bas, alignés devant les grilles, des groupes de garçons et de filles de 16 à 20 ans, bras levés, très pâles, beaucoup tenaient encore à la main le petit bouquet tricolore de la Résistance, née officiellement ce jour-là à Paris. partager leur sort ?... J'étais reconnaissant à la grosse dame de m'avoir tiré de ce mauvais pas. Mais en même temps j'avais honte de ne pas être des leurs ? Acte inutile ? Il n'est pas inutile de proclamer sa foi. Je crois qu'une larme roula le long de mon nez.
D'un mouvement brusque, la grosse dame se pencha vers moi et, faisant claquer un baiser sonore sur ma joue, elle me poussa vers les premières marches de l'escalier. Je m'enfonçai, par le couloir de faïence, dans les entrailles de la terre pour y cacher ma déconvenue et, aussi, mon émotion".

Jacques Dejouy, le Grand Loup pour toutes les Manantes et les Manants du Roi…,
Souvenirs du 11 novembre 1940, par un jeune combattant qui servira le Maréchal Leclerc, dès ses 17ans.

 



Fermer la fenêtre

Retour vers le site : www.lesmanantsduroi.com

© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.