« Sortant cet après-midi d'un bureau du centre de Nîmes,
j'ai vu passer un cortège coloré (en rouge et, un
peu, en noir) et bruyant (un peu).
Quelques instruments exotiques (Djembés du Sénégal,
Cornemuse d 'Armor, klaxons compression dont tout le monde sait
que depuis 1956 au moins ils sont italiens, etc.) tentaient d'animer
une foule désabusée.
En tête, à tout seigneur tout honneur, marchait le
cortége de la C.G.T. Beaucoup de drapeaux rouges mais peu
d'idées neuves ! La majorité des marcheurs (des déambuleurs
plutôt vu l'allure - je n'ai pas écrit déambulateurs !)
avait la tête chenue. Manifestement on avait rappelé
la vieille garde de mai 68, voire celle de 1936... Ils avançaient
doucement , et tristement, avec le sentiment confus de s'être
trompé de siècle, avec l'air de ceux qui ont vécu
trop vieux et ne veulent pas savoir que le mur de Berlin est tombé
et que la lutte des classes est morte avec lui. En tête, j'ai
cru apercevoir, mais peut être était-ce une illusion,
Staline, Thorez, Duclos et Ceaucescu. Marchais n 'était pas
là : lui au moins on l'aurait entendu crier.
Derrière venait la CFDT, trois fois moins nombreuse mais
un peu plus jeune. Là aussi beaucoup de pancartes avec écrit
dessus CFDT ... et rien d 'autre, comme si ces quatre lettres étaient
en soi une revendication. Est-ce parmi eux que j'ai remarqué
un groupe cacochyme que surmontait fièrement un calicot :
Maison de Retraite de Quissac ! Les anciens craindraient-ils que
leur prochaine embauche soit précaire ? Qu 'ils se rassurent,
ils s'acheminent vers un bail qui sera bien plus qu'amphithéotique
!
Derrière encore venaient les gens de F.O.! Légèrement
moins marqués par l'idéologie que leurs prédécesseurs,
ils laissaient échapper une pancarte criante de sincérité:
C.P.E. = Comment Perdre les Elections ! Car c'est bien là
le noeud du problème : la précarité, c 'est
grave assurément , mais perdre les élections, ce serait
dramatique !
Plus loin, au delà de divers syndicats tels que Sud, trop
récents pour que je les connaisse, j’ai aperçu
les vrais, les seuls pour qui, depuis 68, j'aurais presque de la
tendresse : les Anars ! Portant beau leur maigreur famélique
(sans laquelle il n'a pas de révolte sincère) sous
un catogan du meilleur goût, ils n'étaient qu'une poignée
à accompagner du bout des lèvres ce cortège
de gueux embourgeoisés qui réclamaient davantage de
sécurité ! Les anars défilant pour protester
contre la précarité: je suis content d'avoir vécu
jusque là pour voir ça !
Mention particulière pour un mini cortège (CFDT
je crois) qui revendiquait fièrement de regrouper des personnels
travaillant aux impôts. Il leur fallait d'autant plus de
courage pour affronter les quolibets des spectateurs qu'on ne
peut pas dire qu'ils aient vraiment à craindre pour eux
mêmes une quelconque précarité. S'ils n'en
restent que quelques uns.....
Rejoignant ma voiture, prudemment garée dans une petite
rue (on ne sait jamais, avec tous ces casseurs) j'ai dérangé
une jeune couple fort sympathique qui ne cherchait pas son avenir
ailleurs que dans les yeux de l'autre. Ils étaient beaux !
Je les ai félicités !
J'ai quitté le centre ville content : on s 'y embrasse
encOre dans les petits coins !
Aujourd'hui, à Nîmes j'ai vu deux
jeunes gens ! »
Michel Robardey, le 19 juin
2006.
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