Un grand témoin !

« La vie du vieux Fukuzawa racontée par lui-même »
Mille anecdotes de l’ère Meiji, la vie d’un homme qui n’a eu de cesse de vouloir infléchir le cours de l’histoire de son pays, de ses mentalités.
Autobiographie de Fukuzawa Yukichi, (1835- 1901), samurai de deuxième rang…

Une œuvre dictée sur le tard de sa vie, au cœur de la restauration impériale, qui nous plonge dans l’intimité d’un homme exceptionnel.

Fukuzawa Yukichi, d’obscur petit samurai devint un des hommes les plus écoutés de son temps et fonda l’Université Keiô, aujourd’hui encore la plus importante université privée du Japon. Est-ce parce qu’il ne découvrit l’école qu’à quatorze ans ? Il perdit son père jeune et reçut pour tout héritage une force et une rigueur morales dont il ne se départira jamais. Quelques livres aussi…Maîtrisant parfaitement la pensée confucéenne, il en dénoncera tous les avatars qui sévissaient de son temps.

Fukuzawa Yukichi, le rebelle, étouffe dans un Japon xénophobe et désarmé face à la modernité qui le provoque. Sans être dupe, avec un mélange d’admiration et de crainte, il veut tout comprendre de l’Occident afin que l’Empire du soleil Levant puisse relever les défis qui se présentent à lui. Il étudie l’artillerie et donc le hollandais. Recopie des livres entiers, voyagera aux Etats-Unis et en Europe, découvre les ouvrages d’économie de John Stuart Mill ou d’Herbert Spencer.

Au risque de choquer la caste guerrière à laquelle il appartient, il milite pour le libre exercice d’une raison indépendante qui pour lui est l’essence de la civilisation…
Dans le Japon du XIXe siècle, Fukuzawa fait l’effet d’une bombe ! Il osera écrire :
« Le ciel ne crée ni homme supérieur, ni homme inférieur à un autre. »

Ses exigences d’indépendance n’appellent aucune compromission. Si le gouvernement doit être puissant, sa sphère d’action doit être limitée. Fukuzawa exècre l’état de fonctionnaire.

C’est lui qui donnera à la langue japonaise le mot de concurrence…et il louera Yatarô Iwasaki, fils de ronin du clan Tosa, qui renoncera à une carrière de fonctionnaire pour fonder  « Mitsubishi » !

Très vite, Fukuzawa prend conscience des jeux des pays occidentaux au détriment des pays les plus faibles et en appelle à la recherche d’une harmonie entre le peuple et ses dirigeants.

L’ancien ordre établi n’a pas pu résister à la venue du Commodore Perry…

« Les querelles sont mesquines et insignifiantes par rapport aux dangers qui menacent le pays ; en persistant dans leur aveuglement, ils seront bientôt comme un coquillage qui se croyait à l’abri dans sa coquille, jusqu’à ce qu’un jour, entendants des bruits inhabituels, il regarde à l’extérieur et découvre qu’il est posé sur la planche à découper du marchand de poisson »… Ainsi s’exprimait-il dans « De la maison impériale » en 1852.

Fukuzawa est un témoin de son temps hors pair et ses écrits ont fortement contribué à la naissance du japon moderne. Dans cette autobiographie, l’auteur est sans complaisance mais sans provocation inutile, toujours attentif aux autres dans ses rencontres et ses échanges et sans indulgence pour lui-même, Fukuzawa le Buveur de bon saké !

Un régal !

Portemont, le 19 septembre 2007

 



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