Nos « gariguettes » voient rouge…
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Se hausser du col et ramener sa fraise… Telle est la posture de la fraise espagnole ! Quand l’Europe cultive le mauvais goût en toute impunité… Haro sur les fraises espagnoles ?
Annabelle Hautecontre hausse le ton !
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Les adorateurs du « tout marché » me diront que tout cela ne vaut pas la peine d’en faire un plat… Nous leur répondons : pas même une tarte !
Certains n’ont de cesse de faire injure à Dame Nature.
Et nous pourrions aussi vous entretenir des fraises qui se cachent, honteuses, dans les yaourts « Danone »…Fraises de Chine…
Portemont, le 17 avril 2008
Fraises espagnoles : arrêtez d’en acheter ! par Annabelle Hautecontre
D’ici à la mi-juin, la France aura importé d’Espagne plus de 83 000 tonnes de fraises. Enfin, si on peut appeler « fraises » ces gros trucs rouges, encore verts près de la queue car cueillis avant d’être mûrs, et ressemblant à des tomates. Avec d’ailleurs à peu près le goût des tomates...
Si le seul problème posé par ces fruits était leur fadeur, après tout, seuls les consommateurs piégés pourraient se plaindre d’avoir acheté un produit qui se brade actuellement entre deux et trois euros le kilo sur les marchés et dans les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 km en camion. À dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 16 000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz d’échappement. Car la quasi-totalité de ces fruits poussent dans le sud de l’Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l’une des plus fabuleuses réserves d’oiseaux migrateurs et nicheurs d’Europe.

Il aura fallu qu’une équipe d’enquêteurs du WWF-France s’intéresse à la marée montante de cette fraise hors saison pour que soit révélée l’aberration écologique de cette production qui étouffe la fraise française (dont une partie, d’ailleurs, ne pousse pas dans de meilleures conditions écologiques). Ce qu’ont découvert les envoyés spéciaux du WWF, et que confirment les écologistes espagnols, illustre la mondialisation bon marché.
Cette agriculture couvre près de six mille hectares, dont une bonne centaine empiètent déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national. Officiellement, 60% de ces cultures seulement sont autorisées ; les autres sont des extensions « sauvages » sur lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en dépit des protestations des écologistes.
Les fraisiers destinés à cette production, bien qu’il s’agisse d’une plante vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro sont placés en plein été dans des frigos qui simulent l’hiver, pour avancer leur production. À l’automne, la terre sableuse est nettoyée et stérilisée, et la microfaune détruite avec du bromure de méthyle et de la chloropicrine.
Le premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d’ozone, signé en 1987 (dernier délai en 2005).
Le second, composé de chlore et d’ammoniaque, est aussi un poison dangereux : il bloque les alvéoles pulmonaires.
Qui s’en soucie ?
La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une main-d’œuvre marocaine, des saisonniers ou des sans-papiers sous-payés et logés dans des conditions précaires, qui se réchauffent le soir en brûlant les résidus des serres en plastique recouvrant les fraisiers au cœur de l’hiver.
Un écologiste de la région raconte l’explosion de maladies pulmonaires et d’affections de la peau.
Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent une irrigation qui transporte des engrais, des pesticides et des fongicides. Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés de façon illégale.
Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région d’Andalousie, entraîne l’exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu’une trentaine dans la région, leur seule nourriture, les lapins, étant en voie de disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers.
La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille tonnes de plastique sont soit emportées par le vent, soit enfouies n’importe où, soit brûlées sur place.
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El Ejido et province d’Almeria (Andalousie, Espagne)
Rapport sur la situation actuelle : mission internationale coordonnée par le Forum Civique Européen
« La région dans la province d’Almeria où se trouvent, presque d’un seul tenant, plus de 35.000 hectares de serres s’appelle le Poniente. Il s’agit, semble-t-il, de la plus grande concentration de production de fruits et légumes sous serre au monde, cette mer de plastique étant même visible de la lune ! Pendant la haute saison 1000 camions quittent la région chaque jour. »
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Et les ouvriers agricoles sont priés de retourner chez eux ou de s’exiler ailleurs en Espagne. Remarquez : ils ont le droit de se faire soigner à leurs frais au cas ou les produits nocifs qu’ils ont respiré ...
La production et l’exportation de la fraise espagnole, l’essentiel étant vendu dès avant la fin de l’hiver et jusqu’en avril, représente ce qu’il y a de moins durable comme agriculture, et bouleverse ce qui demeure dans l’esprit du public comme notion de saison.
Quand la région sera ravagée et la production trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc, où les industriels espagnols de la fraise commencent à s’installer.
Avant de venir de Chine, d’où sont déjà importées des pommes encore plus traitées que les pommes françaises...
Source : Claude Marie Vadrot (JDD) |
D’autres précisions ?
Fraises d'ici ou fraises d'Espagne ?
Voici donc un article du 23 mars 2007, publié par le WWF :
Fraises espagnoles : exigeons la traçabilité
Le 23 Mars 2007,
C’est autour du Parc de National de Doñana, inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, que 95 % des fraises espagnoles sont produites, sur une surface de 5 000 hectares. Avec une biodiversité exceptionnelle, cette zone humide de 100 000 ha, haut-lieu des migrations d’oiseaux, accueille la dernière population de lynx (20 individus). Or, depuis les années 80, les sites de production se multiplient de façon anarchique et pèsent lourdement sur l’environnement : utilisation massive de produits chimiques pour la préparation du sol, cultures sur sable et sous plastique, consommation massive d’eau pour l’irrigation, occupation des sols en toute illégalité… La liste est longue des atteintes à l’environnement !

En effet, on estime que 40 % des surfaces sont cultivées illégalement et que plus d’une centaine d’hectares empiètent sur des espaces protégés. Les cultures de fraises largement irriguées par des forages, dont 50 % sont non déclarés, ont réduit de moitié les apports d’eau douce dans le marais alimenté par la rivière La Rocina et assèchent l’une des zones humides les plus remarquables de l’Union européenne. A terme, c’est la pérennité même de cette production qui pourrait être remise en question.
Sur une production annuelle de 330 000 tonnes de fraises espagnoles (chiffre 2006), 25 % est destiné au marché français (source douanes et Interfel). La France importe71 % de fraises d’Espagne, soit 83 000 tonnes (chiffre 2006) et consomme annuellement 130 000 tonnes de fraises.
Les grandes et moyennes surfaces ont une forte responsabilité quant aux produits mis à la vente. C’est pourquoi, le WWF France leur demande, pour améliorer les pratiques de production localement, de s’approvisionner auprès de producteurs
- ayant une existence légale,
- utilisant des puits d’irrigation légaux,
- respectant un cahier des charges rigoureux en matière d’impact environnemental.
http://blogbio.canalblog.com/archives/2007/05/06/4840550.html |
Déjà en 2006, la fraise se faisait remarquer :
La fraise chinoise s'invite à la table des Français
La Chine, aujourd'hui premier producteur mondial de fraises, commence à concurrencer l'Espagne et la Pologne, principaux fournisseurs de fraises aux industries agro-alimentaires, aux confituriers et autres fabricants de sirops.
"En 5 ans à peine la Chine, avec ses 800.000 tonnes, s'est hissée dans le peloton de tête des producteurs mondiaux de fraises, supplantant largement l'Espagne. Mais la fraise est fragile, elle ne supporte pas des transports prolongés. La chinoise ne peut donc garnir l'assiette des Européens, sauf la congelée utilisée par l'industrie agro-alimentaire", explique Xavier Mas, président de la section nationale Fraise.
En 2004, la Chine a exporté pour la première fois vers la France 4.000 tonnes de fraises surgelées à des prix défiant toute concurrence (12 centimes d'euros le kilo), qui ont été transformées par les confituriers et fabricants de yaourts, de sirops et autres coulis.
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A noyer dans le sucre et la Chantilly… |
L'Espagne, la Pologne et le Maroc demeurent toutefois les premiers fournisseurs des industriels qui ont travaillé, en 2004, plus de 35.000 tonnes de fraises et environ 25.000 tonnes de surgelées, selon un porte-parole de l'Afidem, l'interprofession pour la transformation des fruits.
13.700 tonnes provenaient du Maroc, 12.000 d'Espagne et 7.500 de Pologne, selon l'Afidem.
En Europe, les Français sont les deuxièmes consommateurs de fraises --2,5 kilos par personne et par an (soit 120.000 tonnes) -- derrière les Allemands qui en avalent 3,5 kilos (200.000 tonnes).
N'ayant produit en 2005 que 52.000 tonnes (contre 80.000 en 1994), la France a importé 70.000 tonnes principalement d'Espagne. Le Maroc -- 110.000 tonnes produites l'an dernier contre 10 tonnes il y a 10 ans -- est aussi un fournisseur privilégié des marchés français, selon "Fraises de nos terroirs", association regroupant la moitié des producteurs français.
L'Espagne, bien que championne européenne de la culture des fraises avec une production annuelle de 300.000 tonnes (un chiffre quasi stable depuis 10 ans) ne consomme que 10% de sa production.
Sur les 3,1 millions de tonnes commercialisées dans le monde (hors Chine), 27%, soit 840.000 tonnes, ont été cultivées en 2005 aux Etats-Unis (premier pays producteur mondial). Viennent ensuite l'Espagne (9%), la Corée du sud et le Japon (7% chacun).
En France (5.000 fraisiculteurs), la fraise est cultivée dans quatre régions: bassin du Grand Sud-Ouest (moitié de la production nationale), bassin Rhône-Méditerranée, Val de Loire et Méditerranée.
Quant à la fraise de Plougastel (quart de la production au début du XX ème siècle), qui a fait la renommée de la presqu'île de la rade de Brest, elle ne représente plus que 1 à 2% de la production nationale, avec quelque 900 tonnes par an.
Cultivée traditionnellement en serre, la fraise est aujourd'hui souvent produite hors-sol en Bretagne et dans le sud-ouest: sous abris chauffés, les fraisiers sont plantés dans des bacs contenant écorces de pin, tourbe ou fibre de coco. Pratiquée à hauteur d'homme, la première récolte, à la fin février, permet de concurrencer les premières fraises espagnoles. Ce mode de culture représente 10% de la production nationale.
Si les Français apprécient la gariguette et la mara des bois, ils ont tendance à se perdre dans l'offre de fraises (85 variétés), enrichie chaque année de nouveaux produits. Rien qu'en 1998, le Centre interrégional de recherche et d'expérimentation de la fraise (Ciref) en avait créé cinq: ciflorette, cigaline, cireine, ciloé et cigoulette.
Selon M. Mas, la campagne 2006 se présente plutôt bien France, surtout si la consommation augmente cette année comme en 2005.
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