Il y a tant et tant que nous ne méritons plus…

L’Eros se fait gourmand de petites pilules bleues et se soutien à coups de films XXXX… Thanatos submergé de frilosités se désire douillettement avec force de garantie… Dans la nature, prolongement des alcôves rances,  « Bambi »est l’icône modèle !

Bernard Lhôte

Au risque de vous déplaire, l’Arène, l’Arène sous le soleil d’airain, demeure hors du temps.Un lieu où Eros et Thanatos se regardent au fond des yeux…

Portemont, le 10 avril 2008

LA CORRIDA - Point de vue du Toro !

Merci de penser  aux  toros ! Merci aux militants de la protection des animaux de vouloir faire interdire ce spectacle barbare, sanglant, d'un autre âge, indigne de l'immaculée société des Droits de l'Homme.

Oui, merci de compatir à nos souffrances, dont des foules de sadiques se régalent bestialement. Enfin, bestialement...Humainement, devrais-je  écrire.
Merci les non-violents, les pacifistes, les écologistes de tous poils, les végétariens, de vous indigner de ce qu'on nous coupe les oreilles pour avoir vaillamment combattu. C'est bien mal nous récompenser. Si au lieu de faire front, conformément à notre programme génétique, nous décampions, les toreros, réduits à courir après nos queues, seraient grotesques.

Entre végétariens, la solidarité s'impose ! Plus végétariens que les toros, tu meurs. Uniquement herbivores nous sommes. Preuve qu'on peut brouter de l'herbe et les  avoir grosses comme ça..

Des merveilles, à donner à rêver aux dames dans les gradins des arènes. Olé, s'écrient-elles enthousiastes en nous voyant débouler, cornes en avant, glorieuses au vent! Ce n'est pas le moindre attrait du spectacle.





Herbivores inconditionnels, nous ignorons par contre la non-violence. Notre combativité dément la croyance en la vertu pacifique d'une alimentation dépourvue de viandes. Cornus, nous aimons encorner. Conçus pour foncer, nous fonçons, et en fonçant  nous nous défonçons. C'est le pied !

Ola! Au fait? Si finie la corrida, finie notre espèce !

A vouloir nous sauver de la mise à mort, on nous tue. Ou, plus exactement, on nous empêche d'être. Sans corrida, plus besoin de toros de combat, de toros bravos, libres et braves. Terminées les années de farniente, les cavalcades dans la sierra, les foins parfumés, les belles vaches, la belle vie.

Notre race, l'une des plus belles oeuvres de la nature et de l'homme, disparaîtra inéluctablement. Au secours ! Au génocide ! Nous rejoindrons la liste des espèces en danger. Au secours ! A nous les défenseurs de la biodiversité !

Oui, plus de corrida, plus de toros.

La Plaza de Toro ; Séville

Nous ne sommes pas « reconvertissables » en animaux de compagnie, ravalés au rang de caniches ou de chats castrés. Horreur et humiliation! Je parie un poil d'oreille que, parmi les anti-corridas, les amateurs  de bêtes domestiquées et châtrées ne composent  pas une mince minorité.

Allons donc, ça se hume, ça se sent, ce qui gêne nos adversaires (je veux dire, nos sauveurs), ce n'est pas notre souffrance, explosive, ardente, furibarde, saignante, et brève. Après des années au paradis, une courte demi-heure d'enfer, ce n'est pas cher payé. Infiniment moins coûteux que tant de vies humaines infernales. Non, ce qui gêne, ce qui choque, c'est notre mort en pleine vie, en plein air, au soleil, dans une transe de fureur exaltante, soudain exténuée. Mort, donc, à l'opposé de l'interminable agonie des moribonds humains maintenus en sous-vie à coups de piqûres dans des lieux confinés, nauséabonds, sinistres.

Ce qui révolte, ce n'est pas notre malheur, c'est l'insolent bonheur qui le précède.



C'est aussi que la corrida procède d'une philosophie totalement contraire à la mentalité présente pourvoyeuse de fins de vie sans fin, pitoyables, dégradantes, qui sont à la mort ce que la pornographie est à l'amour.

Au fond, nous, toros, sommes les derniers nobles! Nous mourons en duel, d'un coup d'épée. Notre sort est incomparable par rapport à celui des humains en hospices ou des bovins domestiques, parqués, nourris de déchets, abattus à la chaîne.

Mais avons-nous encore, en ce monde-ci, une raison d'être ?

Pas davantage que la chevalerie, l'ours blanc, les indiens  et les forêts d'Amazonie...Offerts en sacrifice, après avoir été traités comme des seigneurs, avec respect, crainte, amour, nous sommes une survivance de civilisations à haut rendement en sacralisations de tous ordres.

Or, c'est à cause de la désacralisation de la création qu'elle est mise à sac. C'est parce que les hommes ne respectent plus la nature, ne la craignent presque plus, et l'aiment mille fois moins que les profits à en tirer, qu'ils la saccagent, au risque de détériorer leurs propres conditions de survie.

Toros et corridas sont écologistes, fondamentalement  et pratiquement. Pratiquement, grâce à l'élevage des toros, de vastes et sublimes contrées  à l'état quasi sauvages sont sauvegardées. Sans nous, que resterait-il de la Camargue, de la somptueuse Andalousie ?


Grâce  à nous une flore unique est conservée, des métiers d'hommes libres (donc jalousés) perdurent, et une relation animiste à l'animalité subsiste.

Fondamentalement la corrida est une cérémonie à fort contenu écologique. Elle met en scène les liens intimes et conflictuels entre la nature et l'homme. Même si le conflit se résout le plus souvent dans l'arène par la domination de l'homme, elle reste incertaine et sans cesse à renouveler.









De plus la nature, que nous représentons -avec quelle puissance, quelle élégance!- n'est ni méprisée, ni niée, comme elle l'est par l'exploitation  industrielle qui la prostitue et la détruit. Au contraire, le rituel « tauromagique » la célèbre et la magnifie.

En fin de compte, la question n'est pas de savoir s'il faut abolir la corrida. Elle est de savoir si l'humanité, telle qu’elle va, mérite encore  la corrida ?

Bernard LHÔTE

Visiter :

Le « Rejon » aussi…





Les superbes photographies de Christophe Moratello…

Et dans le Valais ou le Val d’Aoste, les « reines » sont aussi à l’honneur dans de beaux combats…

A relire :

Des problèmes ? Nous insistons, le toro… !

Vous tenez le « razet » pour dérisoire ? Tant pis pour vous !
Mériteriez-vous la « muleta » et l’ « estoque » ?
Pour Mehdi Savalli, qui a pris l’alternative des mains du Maestro César Rincon, le 8 septembre 2006 à 17 h 18, dans les arènes d’Arles, la question ne se pose pas !

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