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| Quand les mœurs économiques ouvrent toutes les frontières…
Pendant longtemps pêcheurs de langoustines le long de leurs côtes, nos amis écossais les décortiquaient dans une usine d’Edimbourg. Les productions de la mer étaient alors commercialisées sous la bannière de « Young’s Seafood ». Mais, il y a quelques mois, le fonds américain « CapVest » a mis la main sur la bannière écossaise… Et les langoustines se sont mises à voyager…*
Congelées dès leur sortie de l’eau, elles ont pris le chemin de la Thaïlande. Penseriez-vous à un massage ? Opération « décorticage » ! Les petites mains thaïlandaises décortiquent pour 45 centimes d’euro l’heure, (Tarif 2007) soit dix neuf fois moins que les mains écossaises. « No comment ! » Et de regagner l’Ecosse pour être conditionnées en barquettes et enfin vendues… Les Danois, -paraît-il… - feraient moins de « chi-chi ». Leurs crevettes grises pêchées en mer Baltique vont prendre le soleil au Maroc. Rien à dire, le Maroc est un si beau pays ! Pour ce faire, elles partent en camions réfrigérés et se font « décortiquer » à Tanger par des petites mains marocaines payées 200 euros par mois. Elles sont ensuite « plongées » dans des bocaux de saumure afin d’être conservées et reprennent la route en direction de la patrie d’Andersen, pour enfin ! être vendues « fraîches »… Longue serait la liste de toutes ces belles aventures : lisez le livre de Laurence Benhamou « Le Grand Bazar Mondial » (Editions Bourin). Curieux comme pas un, Christophe Rizet, chercheur à l’ « Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité », a tenu à reconstituer la « chaîne logistique » d’une paire de « jeans » mis à la vente dans les rayons d’un grande de la distribution… Les langoustines écossaises sont battues ! L’aventure commence à Samarkand en Ouzbékistan, par la récolte du coton. Les fibres, elles aussi aiment les voyages. En train et bateau jusqu’ à Nagpur, en Inde, à fin d’ y être filées et tissées. Devenues toile, notre coton voyage en camion jusqu’ à Dhaka, au Bengladesh. Opération de confection : les jeans reçoivent aussi, boutons, rivets et étiquettes en provenance de Chine, de Corée du Sud et de Thaïlande. Enfin le grand voyage ! Départ en bateau pour Le Havre… Et qu’importe la hausse du pétrole… En 2007, le voyage d’un jeans ou autre pantalon revenait à 20 centimes d’euros, soit 1% du prix de vente dans la grande distribution… Il en est ainsi pour les déguisements et habits de la société César fabriqués à Madagascar (main d’œuvre à 30 euros par mois) ou les « dessous » « Body One »
Ces « dessous », « Bon marché », ont beaucoup voyagé jusqu’en 2005 : tissu fabriqué en Italie, coupe et couture en Bulgarie, broderies au Vietnam, découverte de la Turquie pour les dentelles… Rassurez-vous aujourd’hui tout va mieux : Les Chinois ont tout pris en main ! A des prix imbattables ! Nuit de Chine…
Et nos « Icônes» n’échappent pas aux voyages : Le « Carré Hermès ». Tissé et fabriqué en France, le Carré se rend à Madagascar pour recevoir le fameux ourlet rond des petites mains malgaches encouragées par 30 euros par mois… Ne boudons pas notre plaisir, la cerise sur le gâteau n’est-elle pas représentée par le choux de Bruxelles qui provient du Guatemala ? Préférez-vous les asperges du Pérou ? Ou les fraises chinoises qui se cachent dans les yaourts de nos têtes de gondoles et les tomates des soupes ? A part du rêve, qu’importons nous du Tibet ?... Sommes-nous vraiment prêts à dénoncer, à bousculer l’ordre des voyages établis ?... Portemont, le 17 avril 2008
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