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| Le vaisseau amiral…
Il règne tel un « Ether » sur les rivages de la mer Caspienne et le « Centre-Asie », fait trembler l’Europe frileuse… et a nom de « Gazprom ». Son « Pacha » ? Vladimir Vladimirovitch Poutine. Sa « Base » ? Orenbourg… Les historiens connaissent bien Orenbourg qui fut au XIXe siècle au cœur du « Grand Jeu » qui opposa la Russie impériale et la couronne britannique. Près d’un siècle de manœuvres, la Russie cherchant à prendre le contrôle d'un port en eaux chaudes dans une mer ouverte afin de désenclaver sa flotte, sa démarche s'associant à la stratégie de contrôle des détroits. Pour l'empire britannique, étendre l’empire des Indes, et y protéger ses intérêts… Les lecteurs de Custine, de Pouchkine et Kipling connaissent eux aussi cette région de l’Oural… Ancienne ville forteresse aux marches de l’empire tsariste, Orenbourg redevient le cœur du « Grand Jeu » du XXIe siècle… L’oblast d’Orenbourg présente plus de 1800 kilomètres de frontières avec le Kazakhstan…soit un tiers de la frontière russo-kazakh, plus grande frontière du monde…
Région riche en peuples fiers et turbulents, riche aussi en hydrocarbures, le 1er juin 2007, Gazprom et KazMunai-Gaz, entreprise publique kazakh ont signé un accord de 15 ans afin de créer une entreprise qui traitera le gaz du gisement de Karachaganak (Kazakhstan) dans le complexe gazier d’Orenbourg, manière pour la Russie de verrouiller les réserves en gaz d’Asie centrale… alors que les réserves propres du gisement d’Orenbourg sont en voie d’épuisement… Par cet accord, le Kazakhstan s’est engagé à livrer 16 milliards de mètres cubes de gaz par an à Gazprom permettant ainsi au complexe d’Orenbourg de traiter 30 milliards de mètres cubes de gaz par an… Cet accord s’inscrit dans la politique d’accords menés par Moscou avec les républiques d’Asie Centrale. A l’occasion du sommet d’Achkhabad, le 12 mai 2007, Russie, Turkménistan et Kazakhstan se sont mis d’accord afin de construire d’ici 2012, un gazoduc d’une capacité de 20 milliards de mètres cubes par an, gazoduc qui traversera les deux anciennes républiques soviétiques, le long de la mer Caspienne, s’engageant également à moderniser et à développer le réseau « CAC » existant, dans le dessein de porter ses capacités à 90 milliards de mètres cubes par an… Les résultats et engagements de ce sommet ont été considérés comme un « sale » coup pour l’Europe, sachant que, avant même l’accord entre Gazprom et la société publique kazakh – Kazmunaigaz -, plus de 90% du gaz produit en Asie centrale étaient distribués par le réseau russe… Le rêve européen d’un gazoduc transcaspien se réduit comme une peau de chagrin, ce qui permettait au ministre russe de l’énergie d’ironiser après le sommet d’Achkhabad : « Les risques technologiques, écologiques et légaux sont tellement élevés qu’il sera impossible de trouver un investisseur à moins qu’il s’agisse d’un investisseur politique qui se moque de savoir combien on peut pomper de gaz à l’intérieur » Et si d’aventure ce gazoduc transcaspien voyait le jour… pourrait-il ne transporter du gaz qu’au « compte-goutte » ? Pour corser le tout, le Turkménistan a lancé la construction d’un gigantesque gazoduc en direction de la Chine, et tout bien pesé, le Kazakhstan à mille intérêts à garder de bonnes relations avec la Russie…
En effet plusieurs gisements de pétrole off-shore en mer Caspienne se situent entre les eaux territoriales russes et kazakhes… Qui plus est le projet du gazoduc transcaspien qui devait faire suite à l’oléoduc BTC inauguré en 2005, n’est pas souhaité par les russes et les républiques d’Asie centrale qui nourrissent une forte hostilité à l’égard des Etats-Unis.
Rappelons que si le BTC a pu voir le jour, la « faiblesse » de la Russie de Boris Eltsine, y a été pour beaucoup… Mais les temps ont changé. Le gaz « asiatique » est vital pour la Russie afin qu’elle puisse honorer ses engagements à l’égard de l’Europe. Gazprom assure près du quart des besoins énergétiques de l’Europe des 27 pays de l’Union… qui importe 63% de son gaz naturel dont 45% sont distribués par Gazprom… L’Europe se démène pour diversifier ses approvisionnements et tenter de trouver de nouveaux acheminements, sans passer par la Russie. Une seule voie se profile : construire un gazoduc sous la mer Caspienne afin d’acheminer le gaz vers le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzerum et opérer une « connexion » avec le gazoduc européen « Nabucco » qui n’avance guère…
Dans ce bras de fer, Moscou devra également réorienter ses priorités. Les grands gisements de l’ère soviétique sont en déclin (Medevhze, Urengoy, Yamburg) alors que les nouveaux gisements de Zaportanoye, Pestovoye, et Tarkosalinskoye devraient permettre de « tenir » jusqu’en 2010… Au-delà ? Gazprom, contrôlé à 50,1% par l’Etat russe, devra porter sa production à 70 milliards de mètres cubes d’ici à 2015 et 180 milliards de mètres cubes d’ici 2020 ! Mais pour ce faire, il faudra considérable investir alors que Gazprom ne consacre que à peine 30% de ses investissements au développement de sa production selon Catherine Locatelli, chercheur au CNRS et spécialiste des questions énergétiques… Si les importations de gaz asiatique permettent de différer la mise en production et donc les investissements indispensables, il convient de rappeler que le coût de productions de ces nouveaux gisements sera sensiblement plus élevé… et que ce sont les exportations en directions de l’UE qui assurent aujourd’hui la rentabilité de Gazprom, assurant 70% de ses revenus sur un « marché » à la carte : Et aujourd’hui le Pacha Poutine entend disposer par Gazprom interposé d’un fort levier de pression. Prochain objectif : la construction d'un gigantesque gazoduc, le » Nordstream », qui partirait des futurs gisements colossaux de « Chtokman », en mer de Barents,et qui passerait par Saint-Pétersbourg puis sous la mer Baltique pour desservir notamment l'Allemagne, deuxième client de Gazprom, où un tiers du gaz consommé est russe. Sans avoir à passer par les pays baltes et la Pologne… Mettant Berlin, sans intermédiaire, à « un tour de vanne de Moscou ».
Traitement de faveur ? Serait-ce dû à l’influence du président du conseil d'administration de Gazprom,l'ex-chancelier Gerhard Schröder, ami intime de Vladimir Vladimirovitch ? Quoiqu’il en soit, le projet Nordstream est, aux dire d’un porte-parole de Gazprom : « "Notre projet stratégique le plus important… » et de préciser :
: "Moins il y a de pays de transit, mieux c'est."
L’objectif ? Atteindre plus de 30% des parts du marché européen d’ici 2020… Portemont, le 18 mai 2008
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