| Le Traité "Salt1" vient à échéance en 2009…
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La politique d'équilibre qui prévalait pendant la Guerre froide sera-t-elle jetée aux orties?
La "Paix froide" sera-t-elle plus créatrice de tensions et plus peut-être, que la "Guerre froide"?
Des questions se posent et il nous faudra attendre…
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Un soldat français patrouille dans la banlieue de Kaboul, le 20 février 2008 (TDR) |
Le traité de limitation des armements stratégiques, dont les systèmes antimissiles, sera remis sur la table en 2009. L'élargissement de l'Otan et la nouvelle "politique" de la France, perçue de Moscou comme un simple alignement sur la politique des Etats-Unis, irrite la Russie.
A Bucarest, dans les propos d'un George.W. Bush en fin de course, toujours le même vocabulaire: "… les armes de destruction massive"…
La scène qui s'est jouée à Bucarest, consacrant entre autre, l'entrée de l'Albanie dans l'Otan, sera-t-elle lourde de conséquences ?
Quelques réflexions et points de vue, en attendant plus…
Portemont, le 9 avril 2008

La Fondation pour l’Innovation Politique, think tank français proche de l’UMP, cherche à donner du poids à l’hypothèse d’une réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN.
Le document de travail de la Fondapol intitulé "Alliance atlantique : la fin de l’exception française" est le contraire d’un roman policier. Pour le savourer, il faut commencer par la fin. À la quinzième et dernière page de cette dense dissertation, Frédéric Bozo, professeur d’université, rassemble le résultat de ses spéculations : oui, le président de la République prend la voie d’une intégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN ; oui encore, l’auteur encourage ce mouvement afin, dit-il joliment, de "régler définitivement l’accessoire afin de mieux se concentrer sur l’essentiel". Dans un premier temps, il faut réfréner le mouvement d’humeur qui consisterait à jeter les quinze feuillets en maugréant : c’est à n’y rien comprendre ! Le même F. Bozo ne vient-il pas de nous persuader - habilement d’ailleurs - que cette décision rapporterait peu, et coûterait beaucoup ? La tentation d’en rester là est forte. Mais la critique, on le sait, est généreuse. On reprend du début, patiemment. C’est seulement alors que le texte s’apprécie à sa juste valeur, comme un merveilleux exercice d’équilibrisme.
Le contexte est connu : le président de la République, dans son premier "grand discours" de politique étrangère en août 2007, évoque la pleine intégration de la France dans l’OTAN, dont elle avait quitté le commandement intégré en 1966. Cette hypothèse d’une "normalisation" de la relation française à l’OTAN réveille une polémique qui s’était apaisée depuis une dizaine d’années. Frédéric Bozo, en s’appuyant sur ses travaux antérieurs, nous explique que cette déclaration ne s’inscrit pas en "rupture" avec la pensée des précédents chefs de l’État. C’est l’un des intérêts principaux de ce document de travail. En effet, si la tentative avortée de Jacques Chirac de normaliser les rapports de la France à l’OTAN (1995-1997) a pu marquer les esprits (et conduire d’ailleurs à un premier renforcement de la présence militaire française dans les structures de l’OTAN), les efforts du président Mitterrand dans ce sens sont restés plus confidentiels. La volonté d’aggiornamento du nouveau chef de l’État répond en tout cas à un "schéma classique" de début de présidence, plus qu’à un virage supposé vers "l’atlantisme". La doctrine officielle de non-alignement vis-à-vis des États-Unis reste d’ailleurs inchangée, comme en témoigne le discours du président devant le Congrès américain en novembre 2007.
Comme son prédécesseur, le président de la République lie la question de l’OTAN à celle de la construction de la défense européenne. Ses premiers messages sur la nécessaire complémentarité des deux chantiers ont néanmoins été révisés rapidement (dès septembre 2007) pour faire des progrès de l’Europe de la défense une "condition" du rapprochement à l’OTAN. Malheureusement, M. Bozo ne nous explique pas si ce "recadrage" (c’est son terme) vient du président lui-même ou d’un de ses "proches". Cette séquence – défense européenne d’abord, intégration plus importante de la France dans l’OTAN ensuite – repousse l’échéance d’une "normalisation", au moins jusqu’au sommet du 60ème anniversaire de l’OTAN prévu en avril 2009, après la présidence française de l’Union européenne (deuxième semestre 2008) . Le cadre tactique est posé.
Selon F. Bozo, "le modèle gaullien d’appartenance à l’alliance (…) avait très largement fonctionné à l’avantage de la France". Mais aujourd’hui, écrit-il plus loin, "la situation de la France dans l’Alliance demeure à bien des égards insatisfaisante". Le monde a changé, les activités de l’OTAN, "y compris militaires", sont devenues "foisonnantes", et la France mériterait une place décisionnelle à la hauteur de ses engagements opérationnels. L’influence française sur le présent et l’avenir de l’OTAN est trop limitée. De plus, la France adopte souvent à l’OTAN une "attitude négative, voire d’obstruction" (mais, pourrait s’interroger le lecteur, la place de la France dans le commandement intégré de l’OTAN en est-elle la seule cause ?). Enfin, le positionnement spécifique de la France, mal compris par nos partenaires européens, freinerait les progrès d’une défense commune (malheureusement, la séquence tactique décrite plus haut ne répondra pas aisément à ces inquiétudes, à moins de la vendre au préalable à nos partenaires).
Ce diagnostic est convaincant, et la perspective d’une meilleure coopération entre l’OTAN et la PESD est bien sûr prioritaire. L’auteur va néanmoins montrer que la "normalisation" des rapports de la France à l’OTAN n’est pas le bon traitement. Certes, le "retour" complet dans le commandement intégré est faisable, il a déjà été amorcé. Les Français ne pourraient pas occuper, cependant, les postes les plus stratégiques avant de nombreuses années. Pour que ce "retour" ait un impact véritable, il faudrait de surcroît que les structures de l’OTAN et son fonctionnement "monolithique" soient réformés, ce qui est peu probable. Surtout, cette normalisation n’entraînera pas d’influence accrue pour la France, et ce d’autant moins que les États-Unis, contrairement aux vues françaises, veulent de plus en plus utiliser l’OTAN comme le "cadre de légitimation politique" de leurs interventions. Le message diplomatique d’un retour complet dans l’OTAN serait donc totalement brouillé. La normalisation n’entraînerait pas non plus, selon l’auteur, un renforcement de la capacité d’action collective des Européens au sein d’une alliance "verrouillée par les États-Unis". Enfin, F. Bozo enfonce le clou : la normalisation des relations de la France avec l’OTAN ne serait de toute façon pas une garantie pour faire progresser la défense européenne, compte tenu des réticences du Royaume-Uni.
L’auteur est allé trop loin, il lui faut commencer un délicat exercice de rétropédalage. Il envisage alors deux scénarios pour l’avenir, la "suspension" de l’intégration dans l’OTAN, et sa "poursuite", qu’il juge "le plus probable" compte tenu de la "personnalité" et du raisonnement du Président de la République, et qu’il conseillera finalement du bout de la plume, à la fin de la conclusion. Pourtant, comme l’option de l’interruption est tentante ! Elle tiendrait compte des incertitudes d’une "rénovation" qui ne serait pas accompagnée d’une réforme en profondeur de l’OTAN. Elle éviterait les "risques diplomatiques (…) d’un tournant de la politique française en direction d’un alignement sur les États-Unis, écornant l’image d’une France indépendante et porteuse d’une vision alternative". La suspension du retour complet dans l’OTAN éviterait également "d’affaiblir la position de la France au sein de l’alliance elle-même" et contournerait les tensions politiques internes, qui ne manqueraient pas de surgir en cas de changement de doctrine.
Il faut pourtant défendre l’option d’une intégration plus poussée dans l’OTAN, puisque telle est la conclusion du document de travail. Les raisons les moins convaincantes (le Président voudra "obtenir un succès là où son prédécesseur avait échoué avant lui", ou la nécessité de procéder "à un aggiornamento trop longtemps différé"…) précèdent alors les arguments les plus alambiqués (la normalisation pouvant, "loin de marquer une résignation ou un alignement", "être présentée comme la condition même de notre capacité à nous opposer à des tendances qui, à court ou moyen terme, risquent fort (…) de nous être contraires – politisation, globalisation, élargissement, etc). Ce plaidoyer conduit même à des renversements surprenants, comme la justification d’une dichotomie effective entre l’avenir de l’OTAN et la défense européenne (alors que le concept de complémentarité est un pivot du discours français) ou l’idée de procéder d’abord à la "normalisation" avec l’OTAN afin d’obtenir des engagements politiques de nos alliés au sujet de l’Europe de la défense (c’est la séquence inverse, on l’a vu, qui est aujourd’hui prônée…). En tout cas, même dans cette hypothèse, le retour dans l’OTAN devra être "paramétré".
Après cette lecture riche mais déroutante, c’est donc à chacun de chercher d’autres sources et d’autres réflexions ). La parution du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, prévue au printemps 2008, donnera des indications nouvelles sur la doctrine du Chef de l’État. La question de l’articulation opérationnelle entre l’OTAN et la politique européenne de sécurité et de défense, en particulier le recours aux moyens militaires des États membres, sera au cœur des négociations de la présidence française de l’Union européenne au cours du second semestre 2008.
* "Alliance atlantique: la fin de l'exception française?", Fondation pour l'innovation politique, Frédéric Bozo , février 2008. |
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Budget de la Défense des pays membres de l'OTAN pour 2006. Sources site de l'OTAN |
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Emmanuel Todd |
Emmanuel Todd : «Si la France devient le caniche des USA, elle disparaîtra»
Selon Emmanuel Todd, le renforcement des troupes françaises en Afghanistan est une erreur diplomatique et stratégique, et dessine les contours d'une idéologie extrême-droitière à l'échelle mondiale. Interview.
Au Sommet de l'Otan, mercredi 2 avril, George Bush s'est dit «très heureux» du soutien de la France en Afghanistan. Mais la veille, à l'Assemblée, la première grande décision stratégique de Nicolas Sarkozy de renforcer les contingents français engagés dans le conflit afghan mettait le feu aux poudres. Les socialistes, de François Hollande à Lionel Jospin, d'Hubert Vérine à Ségolène Royal, s'opposent unanimement à une politique d'alignement sur les Etats-Unis. Ils mettent en avant l'enlisement du conflit afghan, son coût humain et dénoncent le «tournant atlantiste» de la politique française. Pour l'historien et démographe Emmanuel Todd, les dangers de cette politique sont encore plus graves. L'auteur de Après l'empire juge que cette partie est perdue d'avance et qu'elle participe d'une idéologie extrême-droitière naissante.
Marianne2.fr : Le renforcement des troupes en Afghanistan vous paraît-il justifié ?
Emmanuel Todd : Je peux tout imaginer de Nicolas Sarkozy, même qu'il ne sache pas où est l'Afghanistan. Mais je ne peux pas imaginer que les gens qui l'entourent ignorent ce que tout le monde anglo-saxon sait, à savoir que cette guerre est perdue.
Pour vous, cette guerre est sans espoir ?
E.Todd : L'organisation sociale des Pachtounes est faite pour la guerre, tout comme celle des clans somaliens : la guerre est l'état normal de ces sociétés, ce n'est donc pas un problème dans la durée. A partir du moment où les belligérants sont alimentés par des fournitures d'armes régulières venant de l'extérieur, il est évident que ces systèmes sociaux vont venir à bout de quelques milliers d'hommes venus de loin et difficilement approvisionnés. On peut se demander, à la limite, si ça va se terminer par un Diên Biên Phu ou par un retrait paisible.
Du point de vue du gouvernement, il semble pourtant qu'il y ait des enjeux à ce conflit…
E.Todd : Pourquoi ceux qui nous gouvernent veulent-ils participer à une guerre perdue ? Voilà la vraie question. Et là, comme dans les débats sur la réintégration pleine et entière de la France à l'Otan, on touche au symbolique. Cette manœuvre a pour objectif de réaffirmer un lien avec l'Amérique. Je n'appellerai pas ça du néo-atlantisme. L'atlantisme était le lien de l'Europe occidentale avec les Etats-Unis à une époque où ils portaient les valeurs démocratiques face au totalitarisme soviétique. Ce n'était pas du goût des gaullistes, mais dans le contexte, cela pouvait se justifier. Aujourd'hui, l'Amérique est le pays du fric, du néo-libéralisme et des inégalités. Et ce qui se profile derrière cette nouvelle association, c'est de l'occidentalisme. C'est un lien fondé sur une nouvelle idéologie, une idéologie qui se construit dans le conflit avec l'islamisme.
Mais la France n'a-t-elle pas intérêt, pour des raisons de politique «réaliste», à s'associer avec les Etats-Unis plutôt que de rester repliée sur elle-même ?
E.Todd : La France n'a pas les moyens de s'engager en Afghanistan, c'est déjà un objectif démesuré pour les Etats-Unis. La France est une puissance moyenne et l'Amérique une puissance déclinante. Paris existait terriblement à l'époque de Villepin : après son discours à l'ONU contre l'engagement de la France en Irak, nous rayonnions! Mais sous Nicolas Sarkozy, il arrive à la France ce qui est advenu de l'Angleterre sous Tony Blair : si l'on devient le caniche des Etats-Unis, on disparaît. Si on s'aligne, si on perd son indépendance, on disparaît. De Gaulle l'avait compris : la France n'existe à l'échelle mondiale, ne peut justifier son siège au conseil de sécurité de l'Onu et sa possession de l'arme nucléaire, que lorsqu'elle représente un acteur autonome. Le monde n'a rien à faire de la France de Sarkozy.
La lutte contre le terrorisme légitime aussi l'engagement du gouvernement dans ce conflit.
E.Todd : Les occidentalistes se pensent en situation de légitime défense. Le terrorisme existe, il devrait être contré par le contre-espionnage et par des forces policières, mais sûrement pas par des guerres à l'étranger. La première attaque contre l'Afghanistan était légitime, il s'agissait de déloger Ben Laden; d'ailleurs, les Russes nous y avaient aidé. Mais l'irakisation de l'Afghanistan participe d'une agression du monde musulman par le monde occidental. L'occidentalisme est une doctrine d'extrême droite en émergence. La France va être du côté du mal : en exposant des troupes françaises et en participant aux bombardements de la population civile afghane. Et, grâce à Sarkozy, nous risquons même ce qu'ont subi la Grande-Bretagne et l'Espagne à la suite de la guerre en Irak.
Vous parlez des attentats de Londres et de Madrid qui ont eu lieu suite à l'engagement de nos voisins en Irak. Mais là, il ne s'agit que d'envoyer quelques centaines d'hommes dans un pays où la France a déjà des troupes…
E.Todd : Mais justement ! Rappeler leur faible nombre, comme le fait le gouvernement, c'est avouer qu'il s'agit bien d'une action symbolique ! Les quelques bateaux qu'on va mettre dans le golfe persique vont faire rire les Iraniens. Mais nous nous positionnons dans une construction idéologique, contre le monde musulman. Cette posture est d'ailleurs très cohérente avec le sarkozysme en politique intérieure.
Vous pensez que Nicolas Sarkozy est dans une logique de guerre avec le monde musulman ?
E.Todd : Ce qui a fait son succès dès le premier tour de l'élection présidentielle, c'est le ralliement d'une partie des électeurs du Front National. Il a pu avoir lieu à cause des émeutes en banlieues, qui ont été un facteur de traumatisme. Mais c'est Sarkozy, ministre de l'Intérieur, qui a provoqué cet évènement. Dans la logique du sarkozysme, il y a la combinaison d'une incapacité à affronter les vrais problèmes et à désigner des boucs émissaires. C'est classique : quand une société est en crise, elle a le choix entre résoudre ses problèmes économiques et ses pathologies sociales, ou créer des boucs émissaires. Sarkozy recherche toujours un ennemi, il est dans l'agression. Cela s'observe même dans son comportement ordinaire avec les habitants de banlieue ou les marins pêcheurs.
En s'impliquant plus en Afghanistan, la France participe donc à déclencher un clash des civilisations?
E.Todd : L'analyse d'Huntington sur le clash des civilisations est fausse, mais un gouvernement peut essayer de la rendre vraie. Je pense que les gens qui nous gouvernent seront tenus pour responsables de ce qu'ils font. La guerre, c'est la pédagogie du mal. Les peuples en paix pensent sainement. On entre parfois en guerre pour de bonnes raisons, mais peu à peu, on glisse insensiblement dans la violence pour la violence. C'est ce qui aurait pu arriver en Espagne, si les Espagnols avaient mal réagi aux attentats : ils auraient pu s'enfoncer dans le conflit des civilisations. Je crois que cette stratégie conflictuelle va échouer aussi en France. La recherche de boucs émissaires, l'émergence d'une idéologie islamophobe et hostile aux enfants d'immigrés… ce n'est pas dans la nature de la France. Au final, les Français préfèrent toujours décapiter les nobles que les étrangers. |
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Organigramme de la chaîne de commandement de l'OTAN, de ses quartiers généraux en Belgique jusqu'en Afghanistan. 2007 |
Aucun pays ne peut se satisfaire du fait que des membres d'un bloc militaire auquel il n'appartient pas se rapprochent de ses frontières. Nous sommes mécontents de la situation en Ukraine et en Géorgie. Nous estimons que c'est un facteur extrêmement déstabilisant pour la sécurité européenne" a déclaré le nouveau président russe Dmitri Medvedev dans une interview accordée au Financial Times.
Du 2 au 4 avril doit avoir lieu un sommet de l’OTAN à Bucarest. Les pays membres de l’organisation doivent y étudier la demande d’adhésion de ces deux voisins de la Russie que sont l’Ukraine et la Géorgie. Ces deux pays souhaitent rejoindre le Plan d'action en vue de l'adhésion (MAP), considéré comme la dernière étape avant l’adhésion.
La Russie voit d’un très mauvais œil ce rapprochement de ses deux anciens satellites avec l’alliance atlantique très proaméricaine. Cependant, tous les Etats-membres de l’OTAN ne sont pas d’accord sur cette éventuelle adhésion, soutenue par Washington.
L’Ukraine a cherché à rassurer la Russie, affirmant que "l'Ukraine veut construire les meilleures relations possibles avec la Russie, parce qu'elle est notre voisine, notre deuxième partenaire économique, et que nous avons vécu dans le même pays pendant plus de trois cents ans," comme l’a annoncé le ministre des affaires étrangères ukrainien, Volodymyr Ogryzko. T.D. |
Encourager Kiev et Tbilissi… patience, tout n'est pas joué…
Après avoir apporté son soutien au projet de bouclier antimissile américain, les pays membres de l'OTAN ont invité la Russie, dans la déclaration finale du sommet de Bucarest, jeudi 3 avril, à y relier ses propres systèmes de défense. "Nous encourageons la Fédération russe à profiter des propositions des Etats-Unis en matière de défense antimissile et nous sommes prêts à explorer [ces] possibilités (...) au moment qui sera approprié", ont déclaré les vingt-six membres de l'OTAN.
Par le passé Moscou avait vivement critiqué ce projet, et n'a pas encore répondu officiellement à l'idée. Le président russe, Vladimir Poutine, est arrivé jeudi à Bucarest pour participer au Conseil OTAN-Russie qui a lieu vendredi, dernier jour du sommet.
L'accord conclu, jeudi, entre Washington et la République tchèque pour l'implantation sur le sol tchèque d'éléments du bouclier antimissile américain apparaît comme une victoire pour le président américain George Bush, qui défendait le projet. "Cet accord est un pas important dans notre effort pour protéger nos nations et nos alliés de l'OTAN de la menace grandissante posée par la prolifération de missiles balistiques et d'armes de destruction massive", explique le communiqué commun des deux pays.
AUGMENTER LE CONTINGENT EN AFGHANISTAN
Les autorités tchèques avaient insisté pour que les dirigeants de l'OTAN donnent leur soutien à ce projet avant de donner leur accord. Après la signature définitive du document, en mai, une station radar pour détecter le lancement de missiles balistiques sera construite en République tchèque. Elle sera couplée à dix intercepteurs lance-missiles qui seront, eux, implantés sur le sol polonais. Les négociations entre Varsovie et Washington doivent encore durer plusieurs semaines. Le premier ministre polonais, Donald Tusk, a espéré que Moscou et Washington parviennent à s'entendre pour apaiser les "réactions émotionnelles" suscitées par le projet.
Les dirigeants de l'Alliance atlantique se sont par ailleurs mis d'accord pour accroître leurs effectifs en Afghanistan. L'OTAN, qui commande les 47 000 soldats de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF), a promis d'augmenter son contingent "très substantiellement". Cette décision a été saluée par Washington, qui a confirmé les engagements d'une douzaine de pays pour cet effort de guerre. La France, qui a promis d'envoyer un bataillon de 700 soldats qui sera déployé dans l'est du pays, a été le seul pays explicitement mentionné par les responsables de l'OTAN.
Enfin, la Géorgie et l'Ukraine n'ont pas rejoint la Croatie et l'Albanie comme nouveaux candidats officiels à l'OTAN, leur adhésion ayant été repoussée à une date ultérieure. Les deux pays ont néanmoins obtenu l'engagement des vingt-six membres d'intégrer "un jour" l'organisation. Ce compromis, négocié après de longues discussions et défendu notamment par la France et l'Allemagne, qui ne souhaitent pas froisser la Russie, n'a pourtant pas été du goût de Moscou.
L'ENTRÉE DE L'UKRAINE ET DE LA GÉORGIE, "UNE GRANDE ERREUR STRATÉGIQUE"
Le vice-ministre des affaires étrangères russe, Alexandre Grouchko, cité par l'agence Interfax, a prévenu que l'intégration des deux anciennes républiques soviétiques serait "une grande erreur stratégique (...) qui aura les conséquences les plus sérieuses pour la sécurité de l'Europe". En revanche, la Géorgie a salué une avancée "historique". Le dossier des deux pays sera examiné en décembre par les ministres des affaires étrangères, a précisé le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer. D'ici là, Kiev et Tbilissi ont été encouragés à maintenir leur candidature au "plan d'action pour l'adhésion" (MAP), première véritable étape avant l'intégration.
Autre recalée : la Macédoine, dont l'adhésion a été mise en échec par un veto grec. Athènes refuse que la Macédoine intègre l'OTAN sans avoir changé de nom, car c'est également le nom de la province la plus septentrionale du pays. Ce différend a provoqué le départ précipité de la délégation macédonienne en signe de protestation. L'OTAN a déploré ce blocage mais s'est dit confiante qu'une "solution mutuellement acceptable" soit trouvée.
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L'Affaire ne date pas d'hier…
Par Audrey DONADEY
Le 01/11/1999
Le 12 mars dernier, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque ont ratifié leur adhésion à l’OTAN. Cette extension à l’Est, faisant de l’OTAN la garante de la sécurité en Europe, est mal acceptée par la Russie, qui la ressent comme l’avancée d’une menace potentielle.
Loin d’envisager une réduction du rôle de l’Alliance Atlantique et de son organisation militaire, les Etats Unis cherchent à l’accroître. La politique américaine tend à consolider et à étendre son champ d’action en Europe en affirmant son leadership par une extension des zones où l’OTAN peut avoir les moyens d’agir et par une intégration renforcée de ses structures militaires.
Les risques d’une paix froide
Pour les dirigeants russes, l’OTAN reste une réalité hostile. La Russie n’est pas susceptible d’être attaquée, mais elle fait preuve de méfiance et préfère tenir la puissante organisation à distance. D’autant qu’il a fallu attendre mai 1997 pour que l’OTAN déclare officiellement que la Russie cessait d’être un adversaire.
Au moment de la réunification allemande, la Russie a annoncé son opposition au projet d’élargissement de l’OTAN vers l’Est. Elle redoutait alors qu’en dépit de l’effondrement du bloc communiste et de la disparition du Pacte de Varsovie, les besoins de sécurité de l’Europe Occidentale restent inchangés. Cette crainte a été confirmée par la survivance de l’Alliance Atlantique. Par son existence même, l’OTAN semble toujours considérer la Russie comme l’ultime vestige de la menace soviétique. Son extension suscite méfiance et rancœur chez les dirigeants russes, qui n’hésitent pas à qualifier leur relation avec l’OTAN de “paix froide”.
Boris Eltsine a particulièrement insisté sur les risques occasionnés par cette nouvelle donne: “Notre attitude vis-à-vis des plans d’élargissement de l’OTAN, et notamment de la possibilité que les infrastructures progressent vers l’Est, demeure et demeurera invariablement négative. Les arguments du type: l’élargissement n’est dirigé contre aucun Etat et constitue un pas vers la création d’une Europe unifiée, ne résistent pas à la critique. Il s’agit d’une décision dont les conséquences détermineront la configuration européenne pour les années à venir. Elle peut conduire à un glissement vers la détérioration de la confiance entre la Russie et les pays occidentaux” [1].
“L’étranger proche”: une zone d’intérêt vital à sauvegarder
Les Russes sont conscients que leur seule opposition à l’élargissement de l’organisation ne suffit pas à en limiter le projet. Une ligne de résistance maximale autour de leur territoire est tracée: la zone de “l’étranger proche”.
Elle correspond à l’ancienne sphère soviétique et concentre encore les préoccupations du gouvernement russe et d’une majorité de la population. Malgré l’accès à l’indépendance des anciennes Républiques Soviétiques, leurs intérêts avec la Russie s’entremêlent toujours. Pour les Russes, “l’étranger proche” se situe dans une zone intermédiaire, une zone d’intérêt vital.
Il leur paraît inconcevable que certains Etats situés entre la mer Baltique et la mer Noire subissent l’influence de l’ancien ennemi et adhèrent à leur tour à l’OTAN. La Russie a donc pris la décision de contrer toute velléité de son “étranger proche” de passer sous la protection militaire de l’Alliance Atlantique.
Dans cette optique, le règlement du différend avec l’Ukraine concernant la flotte de la mer Noire, en mai 1997, a bien révélé la volonté russe de modérer le désir des autorités ukrainiennes de rejoindre l’OTAN [2]. Cette même volonté s’était déjà exprimée lors de la nomination, en mars 1992, d’un vice-Ministre des Affaires Etrangères chargé spécialement des relations avec “l’étranger proche”. Par la suite, dans ce même contexte diplomatique, la doctrine militaire de 1993 avait qualifié toute extension des alliances au détriment des intérêts de la Russie, de danger militaire extérieur.
Le problème posé par la Lituanie semble plus épineux. Le 4 janvier 1994, ce pays a officiellement annoncé sa demande d’adhésion à l’OTAN, provoquant les foudres de Moscou. La potentielle adhésion lituanienne est d’autant plus redoutée qu’elle pourrait faire renaître certaines revendications territoriales baltes relatives à des territoires perdus au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Enfin, si l’adhésion des Lituaniens à l’OTAN devenait effective, la thèse d’une non extension de l’Alliance Atlantique aux anciennes Républiques Soviétiques s’écroulerait, entraînant probablement dans un même élan la demande de l’adhésion de l’Ukraine. Mais c’est sans compter sur l’opposition de la Russie à un tel projet. L’élargissement de l’OTAN aux pays de “l’étranger proche” ne paraît peut-être pas encore réalisable; il n’en reste pas moins que la Russie se sent irrémédiablement isolée.
Le sentiment d’être exclu de l’Europe
Les instigateurs de la nouvelle politique russe pouvaient estimer qu’après avoir renversé le communisme et affirmé leur intention de faire de la Russie un Etat de droit à économie de marché, la coopération avec l’Occident serait, avant tout, un avantage conséquent dans leur objectif de transition démocratique. Or, les Européens de l’Ouest ne se sont pas avérés aussi résolus que les PECO à abandonner les structures de sécurité héritées du passé. Les Russes attendaient probablement trop de l’Occident, et sont finalement déçus de son attitude. Une certaine désillusion règne aujourd’hui, puisque l’Occident n’a même pas reconsidéré le rôle de l’OTAN. La Russie, en dépit de sa volonté, n’est pas estimée comme un allié qui a mis fin au communisme. La chute de l’URSS et l’apparition de nouveaux Etats souverains avaient déjà été perçues comme un vrai drame.
Le nouveau contexte géopolitique a remis en cause l’espace stratégique russe: elle n’a plus qu’un accès limité à la mer Baltique et ne peut plus tirer avantage de la situation stratégique de “fenêtre” sur l’Europe qu’offrait l’Ukraine. L’extension de l’OTAN accentue encore ce sentiment de défaite. Elle attise les penchants paranoïaques des Russes en ravivant la crainte historique de l’encerclement par des puissances adverses. Se reconnaître Européen, n’était-ce pas le moyen d’obtenir une aide substantielle des autres “Européens”, ceux de l’Ouest, au nom d’une certaine solidarité? Or, loin de les accueillir et de réaliser par là la “maison commune” chère à Mikhaïl Gorbatchev, l’Occident semble avoir adopté une politique d’isolement de la Russie afin de se prémunir de tous ses problèmes internes.
Le récent rapprochement russo-biélorusse en politique étrangère et militaire, qui vise à garantir “la sécurité commune” des deux partenaires, peut être considéré comme une contre-mesure, une réponse immédiate au sentiment d’exclusion des Russes. Mais la “crispation” reste vive: toute nouvelle démarche de l’OTAN provoquerait la réaction de Moscou, à savoir des mesures de représailles d’envergure, ou même une reconsidération de tous les concepts de défense. Cette tension russe, qui peut être jugée excessive, s’explique par le fait que la Russie se sent particulièrement faible sur la scène internationale. Dans ce contexte, il s’agit de ne pas faire de gestes qui pourraient être mal interprétés par ce pays: la politique de coopération Russie-OTAN se révèle des plus appropriée.
L’Acte Fondateur Russie-OTAN
Le sommet américano-russe des 20 et 21 mars 1997 à Helsinki a été la première réunion des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’OTAN accueillant un Président russe. A la suite de ces négociations, le 27 mai 1997, l’Acte Fondateur concernant les relations, la coopération et la sécurité mutuelle entre la Russie et l’OTAN a été signé à Paris. Il consacre la fin de l’époque de la confrontation et affirme que “l’OTAN et la Russie ne se considèrent plus comme des adversaires”, qu’elles s’engagent à “construire ensemble une paix durable et exclusive dans la région euro-atlantique” grâce à “un partenariat fort et durable” [3]. L’Acte Fondateur met en place un Conseil conjoint permanent OTAN-Russie. Il doit se réunir au moins deux fois par an au niveau des Ministres des Affaires Etrangères et de la Défense, et traite toute situation où la paix et la stabilité en Europe seraient en danger. Ce Conseil a pourtant un rôle limité dans la mesure où la Russie n’a aucun droit de veto sur les décisions de l’OTAN. De plus, chaque partie garde le droit d’agir librement en cas de désaccord…
Militairement, la Russie, n’acceptant pas que l’OTAN se rapproche de ses frontières, réclame avant toute chose de nouveaux plafonnements d’armements afin de rendre impossible tout transfert d’infrastructures de l’OTAN sur le territoire des nouveaux membres.
[1] Sommet de l’OSCE, Budapest, 5 décembre 1994, discours de Boris Eltsine.
[2] Le Monde, 31 mai 1997.
[3]Le Monde, 28 mai 1997.
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Pourcentage du total des budgets de défense, hors Asie et Moyen Orient. |
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