Vive la France
!
Ce matin, je traversai le marché,
de ces marchés couverts qui, pourtant dédiés au
commerce, font la joie des yeux et des oreilles. Je captai la harangue
d’un quinquagénaire au sourire rieur :
- « A ce prix là ma bon’dame,
ça vaut pas le coup d’aller sans culotte »
(il vendait des culottes) ! …
- … « L’affaire est dans
le sac ! »
Je conclus in petto qu’il venait d’exprimer un saisissant
raccourci de l’Histoire :
- Au prix de la révolution, valait-il
le coup de suivre les sans culottes ?
- Il est vrai, les affaires des bourgeois
étaient dans le sac !
En remontant, je croisai deux petits bonhommes de cinq à six
ans, l’un brûlé au soleil du maghreb, l’autre
roux comme un épagneul. Ils descendaient une rampe d’escaliers
sur leur fond de culotte. Tout deux semblaient aux combles de la félicité.
Le premier déclara :
- « C’est bien la France, hein
? »
Poil de carotte répondit :
- « Pourquoi tu dis ça ? »
- « Parce que. C’est bien la
France ! »
J’eus envie de les serrer dans mes bras.
Rentrée à la maison, je trouvai Céline, amie de
mes filles, belle comme une déesse : « Nigra sum sed
formosa, filii jerusalem »…
A table, discussion sur l’évolution. Nous sortons «
l’Escritoire », numero de juin, pour relire les déclarations
de Voltaire :
« Il semble évident que les
Américains et les peuples de l’ancien monde, les Nègres
et les Lapons ne sont point descendus du même homme. La constitution
inférieure des Nègres en est une démonstration
palpable » (« Elements de la Philisophie de Newton
») ou
« Leur laine noire ne ressemble point
à nos cheveux, et on peut dire que si leur intelligence n’est
pas d’une autre espèce que notre entendement, elle est
fort inférieure. Ils ne sont pas capables d’une grande
attention ; ils combinent peu, et ne paraissent faits ni pour les avantages
ni pour les abus de notre philosophie. Ils sont originaires de cette
partie de l’Afrique, comme les éléphants et les
singes » (« Essai sur les mœurs et l’Esprit
des Nations »).
Nos filles sont estomaquées. Céline, en classe de première
au lycée public, part armée pour un prochain cours de
français, d’histoire ou de sciences…
Elle, je la prends dans mes bras : Il paraît que nous sommes aussi
les héritiers des Lumières, puisque français…
Et là, je sais que j’ai beaucoup à me faire pardonner.
Hildegarde, le 31
août,
en ce jour de la Saint-Raymond Nonnat, a.d. 2004