L'Europe
des Vikings
Il n'entre pas dans mes intentions
de jouer les commentateurs des tournois de balle au pied, d'autant que
mes préférences vont résolument du côté
de l'Ovalie.
Mais je ne résiste pas au plaisir de relever quelques lignes
de l'un des quotidiens les plus politiquement corrects de la place de
Paris, j'ai nommé l'Équipe (et non pas l'Épique,
ce qu'il était un peu à l'époque d'Antoine Blondin…).
Nous y apprenons que le héros du 18 Juin ne s'appelle pas Wellington,
le seigneur de la morne plaine, ni Giscard, le seul académicien
affirmant contre toute raison avoir entendu en direct l'appel venu de
Londres, ni Prodi, l'euromane dont la constipation est née dans
la tunique, mais un Suédois, qui a réussi l'exploit d'égaliser
face aux Italiens.
Ce grand Viking blond ne se nomme pas Gustavsson ou Johansson, mais
Ibrahimovic. Voilà qui rend vraiment mesquine l'Europe des 25.
Nous avons affaire, comme son nom l'indique, à un Mouchlimane
pur jus, un descendant de ces Slaves des Balkans jadis islamisés
par les Ottomans et de ce fait prioritaires dans l'obtention des charges
publiques. Chassez le Turc par la fenêtre, il rentre par la Sublime
Porte.
Donc, ce Bosniaque est un Suédois. Un pauvre réfugié,
fuyant les persécutions, sans doute ? Je l'ignore, mais s'il
joue dans l'équipe de Suède, il réside à
Amsterdam où son employeur, l'Ajax, lui verse chaque mois plus
de 100 fois notre SMIC. Ce qui ne l'empêche pas d'être un
vrai Suédois. L'Équipe nous le confirme. Car il se trouve
que si la rencontre qui doit suivre entre Suédois et Danois se
terminait sur un score nul de deux à deux ou davantage, les Italiens
termineraient troisième de leur poule et seraient éliminés
de la compétition. Et voilà les journaux transalpins à
deux doigts d'imaginer qu'au nom de la "solidarité scandinave",
leurs deux adversaires arrangeront leur affaire pour se partager les
deux premières places qualificatives et renvoyer la malheureuse
Squadra Azzurra à ses macaronis.
Ibrahimovic le bon Viking s'insurge : non seulement cette insinuation
malveillante est attentatoire à son honneur de joueur professionnel,
mais en plus, elle témoigne chez les Italiens d'une ignorance
profonde des réalités nordiques. "C'est d'autant
plus absurde, explique Ibrahimovic, qu'une rivalité séculaire
nous oppose aux Danois et que ce sont nos pires adversaires, ceux auxquels
nous ferons le moins de cadeaux !"
Décidément, ces Vikings sont intenables. A peine croit-on
que ça y est, que les hommes se sont tous transformés
en agneaux, qu'il n'y a plus de loups et donc même plus besoin
de bergers, les voilà qui reviennent sur leurs drakkars à
tête de dragon, prêts à remettre nos terres à
feu et à sang. Merci à Ibrahimovic de nous avoir rappelé
quelques bonnes vieilles vérités immuables. Même
si l'Équipe ne risque pas de les comprendre.
PS : Euro 2004 Suède –
Danemark 2 à 2…
Charlotte Corday,
dimanche 20 juin,
en ce 3ème dimanche après le Pentecôte, a.d. 2004.