Faut-il
de tout pour faire un Monde ?
C’est bien connu, l’argent
n’a pas d’odeur. C’est surtout vrai quand il est en
boîte.
La boîte purifie et magnifie tout. Ce dimanche 28 mars 2004, en
matinée vers huit heures, la chaîne de télévision
Arte vous a permis de mesurer l’attrait irrésistible d’une
petite boîte contenant 30 grammes d’une matière miraculeuse.
Il s’agit d’une petite boîte de conserve faisant partie
d’une série de 99 exemplaires. Toutes les boîtes
sont numérotées et signées. Elles sont datées
de 1961. Toutes sont le fruit des entrailles de Piero Manzani, artiste
italien décédé jeune.
Manzani « conserva » de sa matière fécale.
Dans le monde de l’art contemporain tous les collectionneurs,
les experts, les galeristes et les musées connaissent les 99
boîtes de conserves de la Merde de Manzani. C’est ainsi
qu’il faut appeler l’œuvre.
Il s’agit d’art conceptuel. Dans l’art conceptuel,
gardez bien à l’esprit que l’idée prime sur
la réalisation. Il n’y a pas d’appréciation
sur les qualités esthétiques de l’œuvre.
Ces petites boîtes font courir les grands collectionneurs. Elles
mettent en effervescence les conservateurs des grands musées.
A la « Tate galery » de Londres, une boîte est exposée
dans la salle des objets subversifs. Son conservateur l’ a fait
acheté dans une grande vente aux enchères. Il a eu un
terrible cas de conscience : « Etait-ce- un usage approprié
de l’argent public ? »
Sa réponse est oui. Il nous dit avoir fait preuve de courage.
Pour l’actuel directeur de « Beaubourg », c’est
un acte civique que de détenir, dans un musée, une boîte
de merde de Manzani. Pour des spécialistes éclairés,
la boîte de Merde de Manzani, va dans le sens du marché
de l’Art.
Ces petites boîtes « empoisonnent » la vie des assureurs
et des directeurs de musées.
Le conservateur d’un musée danois en sait quelque chose.
Il s’était vu confier une petite boîte pour une exposition.
La boîte s’est mise à fuir. Après bataille
d’expert, procès du propriétaire et peut-être
même des crises métaphysiques, le musée a racheté
la boîte qui avait perdu les 2/3 de son contenu, pour l’équivalent
de 250.000 Frs.
Un proche de Manzani peut témoigner aujourd’hui du rêve
de l’artiste. Manzani de son vivant, après la mise en boîte
de sa matière si précieuse, rêvait d’un jour
où toutes ses boîtes exploseraient… Aujourd’hui
il y a un expert spécialiste dans l’évaluation des
fuites que certaines petites boîtes subissent. La puissance de
la Merde de Manzani est extraordinaire. Les experts ont pu déterminer
qu’il y avait en fait deux boîtes. Une plus petite dans
la plus grande… C’est la petite qui contient « l’or
de Manzani ».
Aujourd’hui, une petite boîte de Merde de Manzani «
vaut » environ l’équivalent de 200 000 à 300
000 Frs. L’artiste français Bernard Bazile était
détenteur d’une petite boîte. Bernard Bazile l’a
donc ouvert avec un ouvre boîte, faisant apparaître la deuxième
boîte. Cette boîte ouverte, contenant la petite boîte
de Merde de Manzani, vaudrait maintenant l’équivalent de
400 000 Frs. J’espère que Bazile a précieusement
conservé l’ouvre boîte. Combien peut valoir l’ouvre
boîte qui a ouvert, de la main de Bernard Bazile, la boîte
qui enferme la boîte qui contient de la Merde de Manzani ?
J’attends avec impatience un élan de courage de la part
du ministre de la Culture. Afin « d’enterrer » Jack
Lang, il devrait nous offrir l’exposition du millénaire
: Exposer le plus grand nombre possible de ces petites boîtes
sur les colonnes de « Buren », au centre, trônant
la petite boîte ouverte… La Providence, j’en suis
sûr, mettrait la main à la pâte…Toutes les
petites boîtes de la Merde de Manzani, exploseraient lors de l’inauguration,
à la face des « officiels et des invités »
de ce moment qui représenterait un des sommets de la Culture.
Simon de Quoisiry,
le mercredi 31 mars,
en ce jour de la Saint-Amos et Saint-Benjamin.