Ecouter
France-Info, et risquer de se noyer…
Je ne chatouille pas le clavier pour
me faire plaindre. Je transgresse malgré tout la pudeur élémentaire
qu’il convient de toujours garder. Après une nuit de travail,
je regagne le petit havre qui m’abrite. Satisfait du labeur accompli,
je décide de m’octroyer un bon bain, en compagnie d’une
bonne chope de thé. Plaisir d’un solitaire au petit matin.
J’ai rendez-vous avec vous, mille choses à vous conter.
Afin de n’être pas en retard, j’appuie férocement
sur le bouton de la boîte à radios. France-Info m’accueille.
Ne voulant pas rater notre rendez-vous, je laisse les ondes s’exprimer.Le
mérite de France-Info s’est de nous donner l’heure
toutes les quinze minutes, environ. Je prépare le rasoir afin
de tout concilier dans un temps court. J’entends dans mon esprit
la voix de l’ami Peter me culpabiliser : tout cela fait un peu
« samouraï » avachi…Je passe outre. Les ennuis
commencent. Mes ennuis…
Galzin, il s’appelle Galzin, me harcèle de Madrid. Depuis
48 heures nous sommes tous Madrilènes. Dans un autre temps nous
étions tous des Juifs-Allemands.
Galzin de son prénom Antoine – si j’ai tout bien
entendu – assène des vérités terribles :
« La rue a obligé le gouvernement espagnol à réorienter
ses recherches. Maintenant, la piste qui est privilégiée,
c’est Al Quaida. »
Je renverse ma chope de thé dans l’eau du bain. Je reste
calme, le rapport est en ma faveur. Une modeste chope contre 50 litres
d’eau, je ne devrai pas me teindre…
Que les services de la police espagnole aient maîtrisé
les fuites auprès de la presse afin de ne pas passer pour des
demeurés, alors qu’ils avaient déjà appréhendé
5 suspects, tout cela c’est du pipi de « gato » .
Passons. Je fais mon deuil de mon thé. Du « lapsang souchon
». Ce n’est pas du pipi de « gato ». C’est
un excellent thé fumé. Certains tirent sur des «
Havanes » castristes, moi je sirote mon thé fumé.
A la Nième répétition, vantant la vertueuse rue,
grâce à laquelle l’enquête se réoriente,
je manque de me noyer. Je pense à mes amis espagnols, à
mes amis basques espagnols ou espagnols basques. Je pense à Albert
( prononcer Albertttt) « pur » catalan. Nous avons souffert
ensemble 3o jours sur les chemins de Saint-Jacques. Et si la vie ne
valait plus la peine d’être vécue ?
Je me laisse glisser vers le fond si peu profond de la baignoire.
Sarko me sauve. C’est cela la magie de France-Info. Sarko est
en province. Pour lutter contre le terrorisme, il faut voter. Sarko
donne la recette et c’est gratuit. Il prêche la bonne parole
dans une salle quelque part dans la France profonde. Je ne reconnais
pas sa voix. Je suis entre deux eaux et fait des bulles… Soudain
une douce voix féminine, de ces voix qui vous font rêver
dans les aéroports, poursuit le compte-rendu sarkozien. Sarko
est dans le « jet » falcon qui le reconduit vers sa Maison-Ministère
ou son Ministère-Maison. Dans le « jet », je reconnais
sa voix, je me ragaillardis ! Et la douce voix féminine me confie
à moi seul :
« Après cet entretien, dans l’avion, Monsieur Sarkozy
fredonnait un air que l’on pouvait tout à fait reconnaître,
« Quand je serai président », de Michel Fugain !
»
Je ne pouvais plus me noyer…
Aussitôt après, la couenne encore humide, c’est un
homme posé qui parle. Il représente ou est le président
d’une association des Marocains vivant en Espagne. Le corps d’une
petite fille de 13 ans va être rapatrié au Maroc. Elle
est Marocaine. Tous les morts de Madrid sont nos morts. France-Info
poursuit son débit, lobotomie garantie. Il ne parlera pas.
Sa Majesté Juan Carlos ne parlera pas. Elle témoignera
de sa profonde tristesse, Elle portera témoignage de Sa sympathie.
Le Roi parlera avec un autre Roi. Sa Majesté le Roi du Maroc
s’entretiendra avec sa Majesté le Roi d’Espagne,
et nous n’en sauront rien. Et c’est très bien !
Ce que je sais, c’est que tous les Marocains d’Espagne et
tous ceux qui ressemblent « à des Marocains », seront
sous la protection du Roi d’Espagne.
Un jour peut-être, Sa Majesté Juan Carlos parlera. Elle
aura retrouvé la Main de Justice, et si nécessaire de
son autre Main, l’épée, afin que l’Espagne
ne sombre pas dans la barbarie.
Il faudra bien, qu’un jour, la France retrouve elle aussi, cette
Main de justice et que tous les enfants de France puissent enfin profiter
de sa protection. Elle sera pour nous aussi le seul rempart contre toutes
les barbaries.
Simon de Quoisiry,
le 15 mars 2004,
En ce jour de la fête de Sainte-Louise de Marillac.