Discours de SM le Roi Mohammed VI au sommet arabe de Tunis
(Tunis, 22mai 2004)
"Louange à Dieu Prière
et salut sur le Prophète, Sa Famille et Ses Compagnons
Mon honorable frère, Monsieur
le Président Zine El Abidine Ben Ali
Majestés, Excellences, Altesses
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais, tout d'abord, adresser Mes vifs remerciements
à la Tunisie soeur, sous la direction sage et éclairée
de Mon illustre frère, Monsieur le Président Zine
El Abidine Ben Ali.
A Son Excellence, Je tiens à rendre l'hommage
qui sied, pour l'hospitalité généreuse qui
nous a été réservée ainsi que pour
les dispositions prises pour que cette rencontre se déroule
dans de bonnes conditions d'organisation et dans une ambiance
fraternelle propice à la tenue de ce Sommet qui siège
au terme d'une gestation laborieuse et dans une conjoncture régionale
et internationale cruciale, marquée par la célérité
des mutations en cours.
C'est dire que nous mesurons l'ampleur de la charge
qui vous est dévolue, Monsieur le Président, au
terme du mandat de notre cher frère, le Roi de Bahreïn,
Sa Majesté Hamad Bin Issa Al Khalifa, qui n'a, du reste,
épargné aucun effort au service des causes qui sont
celles de notre Nation.
Ces circonstances délicates amènent
nos peuples à nous interpeller par ces interrogations :
Allons-nous nous prévaloir de ce Sommet comme un moment
historique pour procéder à un examen de conscience
? L'occasion n'est-elle pas propice pour nous de proclamer notre
capacité à relever les défis régionaux
et internationaux, tout en demeurant attachés à
notre identité authentique ? Allons-nous nous hisser à
la hauteur de ce tournant décisif et agir en synergie avec
les exigences qu'il induit pour être au rendez-vous de l'Histoire
?
Voici un pari redoutable qui exige que nous nous
investissions, dans un esprit de solidarité arabe et avec
un appui international loyal et sincère, dans un processus
de réformes pour le redressement de la situation dans le
monde arabe.
Cette action rédemptrice constitue, du reste,
la voie judicieuse à emprunter. Elle répond même
à une exigence dictée par notre référentiel
islamique, lequel représente un des éléments
fondamentaux constitutifs du référentiel universel,
d'autant plus qu'il a joué un rôle précurseur
dans la consécration et la défense de la dignité
de l'Homme et de l'égalité entre les humains.
Il fut, en outre, le premier à assimiler
la quête du savoir à un impératif incontournable,
et à souligner l'indivisible lien qui doit exister entre
la liberté et la responsabilité, et le caractère
indissociable de la justice, la concertation, la solidarité,
l'ouverture, la tolérance et l'effort de l'Ijtihad.
Une telle réforme, si elle est aujourd'hui
souhaitable et nécessaire, et si elle s'inscrit dans une
louable tradition islamique, elle ne se conçoit pas, en
revanche, comme un cliché ou un modèle-type prêt
à l'usage. Elle est, bien au contraire, le fruit d'une
interaction spontanée, faisant suite à un processus
long et laborieux et à une construction progressive, volontariste,
constante et en perpétuel perfectionnement.
Par conséquent, il importe, en abordant
les diverses initiatives internationales concernant la région
arabo-islamique, de faire preuve de rationalité et de lucidité
et d'agir dans un esprit ouvert et constructif, d'autant plus
que les valeurs universelles préconisées par ces
démarches sont au coeur même de notre référentiel
islamique.
Nous nous devons, en effet, d'affirmer, par un dialogue constructif,
que nous disposons de notre propre projet, un projet arabe réformiste
et moderniste. Issu de notre volonté commune, et de surcroît,
respectueux des spécificités de chaque peuple et
de son identité nationale, il exclut toute ingérence
ou atteinte au droit de chaque peuple d'emprunter la voie de la
réforme comme il l'entend, en toute souveraineté
et au rythme qui lui convient.
C'est ainsi que nous pourrons apporter notre concours
et assumer la part qui nous revient dans l'effort de construction
d'un nouvel ordre mondial, plus humain, plus solidaire et plus
équitable. Nous devons rester attachés à
l'unité de nos rangs et à notre complémentarité
afin de consolider l'entité que nous représentons
et de nous assurer de pouvoir évoluer en synergie avec
la mondialisation en cours.
Cependant, tout cela reste tributaire des changements
à apporter aux structures et mécanismes désuets
de la Ligue des Etats arabes. Déjà, Mon Grand-Père
et Mon Père, Leurs Majestés les Rois Mohammed V
et Hassan II - que Dieu sanctifie leur mémoire - étaient
parmi les premiers partisans d'une révision de la Charte
de la Ligue Arabe.
Or, la nouvelle réalité que l'on
connaît au niveau du monde arabe et à l'échelle
internationale, et les défis à relever pour assurer
notre développement intégré, font que nous
insistons avec plus de force, aujourd'hui, sur l'impératif
de modernisation des mécanismes et des structures de l'action
arabe commune, et ce, à l'instar des ensembles régionaux
avancés, telle l'Union Européenne qui fait de l'intégration
économique, le prélude et la voie d'accès
à l'unité et à la complémentarité
entre ses membres.
L'Union européenne est, à cet égard,
un modèle d'efficacité dans la construction de l'unité
sur de solides bases économiques.
Cela vaut également pour d'autres groupements
internationaux, y compris en Afrique, qui vient de faire sienne
l'initiative prometteuse du NEPAD. Quant à nous, la réalisation
d'un tel objectif passe par l'assainissement de l'environnement
arabe qui doit être débarrassé de toutes les
divergences et de tous les foyers de tension.
Il faut, en effet, créer les conditions
d'une fraternité effective, en engageant le processus d'une
intégration économique arabe graduelle, fondée
sur des rassemblements régionaux, tels celui de l'Union
du Maghreb Arabe - nonobstant les entraves conjoncturelles qu'elle
connaît - et celui du Conseil de Coopération du Golfe
- avec le parcours particulier qui est le sien - ainsi que les
zones de libre-échange, à l'image de celle envisagée
dans l'Accord prometteur d'Agadir, prévoyant une démarche
concertée, en partenariat entre les autorités gouvernementales,
les Conseils élus, le secteur privé et les associations
de la société civile, le tout conçu dans
un esprit d'ouverture sur tous les partenaires et les acteurs
de la région.
Nous sommes assurément et fermement attaché
à la mise en oeuvre du processus de Barcelone, dans la
mesure où il présente un cadre réaliste et
convenable pour un partenariat adapté à notre environnement,
souple, complémentaire et ouvert aux impératifs
de l'évolution qui requiert la mise en place de nouveaux
mécanismes pour diversifier et élargir ce partenariat.
Si les générations précédentes
ont fait reposer les fondations historiques de la Nation sur le
socle de l'unité cultuelle, linguistique et culturelle,
il nous appartient, aujourd'hui, d'asseoir cette unité
sur son support moderne, à savoir l'intégration
économique sans laquelle notre nation ne saurait se prévaloir
d'une communauté de destin.
Telle est, en tout cas, la voie que le Royaume
du Maroc a empruntée pour édifier un Etat moderne
de droit et des institutions, conforter les acquis démocratiques
qu'il a inscrits à son actif et consolider la culture et
la pratique des droits de l'Homme et les valeurs de citoyenneté
responsable.
D'où l'effort qui a été engagé pour
réviser et moderniser les cursus et les programmes d'éducation
et de formation, promouvoir la condition de la femme, dans le
cadre d'un foyer équilibré et homogène, et
favoriser son intégration dans les différents domaines
d'activité.
Nous sommes fermement déterminé à
aller de l'avant pour conforter et multiplier les acquis démocratiques
et mettre en oeuvre les réformes qui s'imposent pour pallier
les carences dans tous les aspects du développement humain
et combler le déficit social. Pour y parvenir, nous entendons
oeuvrer pour une grande solidarité et pour une célérité
accrue dans la libéralisation, la modernisation et la mise
à niveau de l'économie, afin de favoriser son intégration
dans l'économie mondiale.
Majestés, Excellences, Altesses,
Toute initiative positive qui se propose de moderniser
les structures arabes, doit nécessairement et essentiellement
passer par une action visant à mettre un terme à
l'occupation des territoires arabes et à la colonisation
imposée au peuple palestinien, opérations qui sont,
l'une et l'autre, antinomiques avec la démocratie.
Parce que nous sommes, plus que d'autres, concernés
par la paix, il nous appartient de reprendre et réactiver
l'initiative arabe, dans le cadre des orientations fixées
par le Sommet de Beyrouth, et ce, après l'échec
de tant d'efforts, et la faillite de tant d'initiatives. Nous
nous devons d'emprunter toutes les voies possibles pour le recouvrement
des droits arabes légitimes.
Nous devons poursuivre, sans désemparer, les efforts que
nous avons engagés pour parvenir à une paix juste,
globale et durable, conformément aux résolutions
de la légalité internationale et au principe de
la terre en échange de la paix.
Cela passe également par le raffermissement
et le renforcement de l'unité palestinienne. A cet égard,
nous en appelons, de nouveau, aux puissances internationales influentes
pour qu'elles portent à la question palestinienne tout
l'intérêt qu'elle mérite, notamment en activant
la Feuille de Route et en appuyant les initiatives issues des
bonnes volontés. Nous les exhortons à user davantage
de leurs bons offices pour arrêter la spirale de violence,
et créer les conditions propices à la reprise des
négociations.
Nous tenons à souligner, en Notre qualité
de Président du Comité Al Qods, que Nous ne ménagerons
aucun effort pour faire valoir le droit du peuple palestinien
frère à établir son Etat indépendant,
ayant pour capitale Al Qods Al-Charif, et vivant côte à
côte, dans la paix et la concorde, avec l'Etat d'Israël.
Nous Nous faisons également un devoir de
dire Notre inquiétude face à la situation que traverse
le peuple irakien frère dont Nous espérons qu'il
poursuivra le parcours qu'il a entamé, pour se prendre
en charge et se doter d'institutions nationales démocratiques
garantissant son unité nationale et l'intégrité
territoriale de son pays et lui permettant, ainsi qu'à
tous les peuples de la région, d'accéder au progrès
et à la prospérité dans la liberté,
la sécurité et la stabilité.
Le meilleur message que notre Sommet puisse faire
parvenir à nos peuples frères et au monde entier,
tient à la réaffirmation de nos choix fondamentaux,
à travers des signaux forts faisant valoir que nous sommes
les premiers à entreprendre notre réforme endogène.
Nous devons faire le serment de respecter la voie spécifique
à chaque peuple, d'engager le dialogue avec l'Autre, à
la faveur d'une interaction constructive entre les référentiels
islamique et universel.
Nous réaffirmons également Notre
attachement à une sécurité globale, dans
ses dimensions stratégique, politique, économique,
culturelle et humaine, une sécurité qui garantisse
la souveraineté, l'unité nationale et l'intégrité
territoriale de chaque peuple. Nous appelons, en outre, à
l'adoption d'une stratégie opérationnelle pour ouvrir
une ère nouvelle dans nos relations internes et dans nos
rapports avec notre environnement international.
Cette stratégie devrait permettre de doter
nos jeunes générations de la capacité d'entrer
de plain-pied dans la modernité, en s'imprégnant
des valeurs sublimes telles qu'elles sont reconnues universellement.
Parallèlement, il nous incombe de livrer le combat au sous-développement,
à l'extrémisme et au terrorisme.
Nous affirmons, à ce propos, que Nous condamnons
vigoureusement le terrorisme - sous toutes ses formes - qui s'en
prend à la voie que nous avons empruntée, celle
des réformes tous azimuts. Cette hostilité n'a d'égale
que la volonté qui Nous anime d'oeuvrer inlassablement
pour une coordination stratégique avec nos voisins, nos
partenaires et la communauté internationale.
Il s'agit, à la fois, de combattre les bandes
et les réseaux criminels du terrorisme et d'en extirper
les racines, en protégeant l'Etat et la société
par la démocratie et le développement. Outre une
éducation saine et une information libre et responsable,
il faut oeuvrer pour ancrer dans les moeurs, l'esprit de citoyenneté
moderne qui exige essentiellement que l'on accepte la différence,
en faisant preuve de tolérance et d'ouverture sur l'Autre.
Telle est, en effet, la voie à suivre pour
relever les défis de notre époque. Nous nous y emploierons,
dans toute la mesure du possible, aidés en cela par la
grâce de Dieu et par notre ambition réformatrice.
Wassalamou alaikoum wa rahmatoullah wa barakatouh".
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