Qu’en pensent nos doctes climatologues ?

Le temps n’est plus ce qu’il était. C’est entendu ! Pour un peu cette plainte ressassée prendrait valeur d’Evangile. Mais mesurons nous bien ce qu’il en était au « bon vieux temps » ?
Incursion dans le pays de Jeanne la Lorraine…

Sarreguemines sous les eaux

En ces temps reculés point de pollutions industrielles. La couche d’ozone n’était attaquée que par les flatulences bovines…

Et le temps semblait bien avoir perdu la tête. Qu’en pensait le paysan lorrain ? Punition du Ciel ? Messes et processions étaient les seules réponses des hommes de ce temps lesquels n’en doutons pas se lamentaient en disant : « Le temps n’est plus ce qu’il était »…

Du climat Lorrain, une belle découverte du « grand éveillé » Manfred, infatigable chercheur que nous remercions.

Portemont, le 4 juillet 2007

Du climat Lorrain

L'histoire du climat en Lorraine de 1312 à nos jours : inondation à Metz et Nancy, canicule, température en hivers, crue de la Moselle et de la Meurthe et hauteur d'eau,tremblement de terre, intempeteries.

1312  La Meuse déborde à Verdun. On secoure les bourgeois de la ville basse en barque [11].
1314  On ressent un tremblement de terre en Lorraine; il est accompagné de pluies torrentielles, de tempêtes qui déracinent les arbres et renversent les maisons [11].
1316  « En laquelle année, et aussy l'année devant, furent les grandes pluyes par toutte France, lesquelles continuerent par l'espace de deux ans : pour laquelle chose fut si grant chier temps que, à celle cause, y eult grant peuple et grant bestial qui moururent » [16].
1399  Le 5 Avril, les eaux de la Moselle montent tant que « estoient si grandes, les yawes (eaux) au champ Naimmeray qu'elles montoient aux baisles des murs de la cité, par dessus les cresnaux ». Les eaux entrent par la porte Mazelle [11].
1421  Innondation à Metz; Du 4 au 13 Décembre, l'eau entre dans la ville basse par dessus les murs de la ville [11].
1434  L'hivers commence le 4 décembre par quantité de neige. La gelée dure trois mois trois jours. L'eau qui découle des linges mouillés placés devant le feu pour sécher gèle en tombant; les charrettes traversent la Moselle sur la glace près de Metz. Quantité d'oiseaux et de bêtes sauvages périrent [11].
1442  Du 25 Novembre au 5 janvier, la couche de neige atteind 3 pieds d'épaisseur à certains endroits, et 6 pieds d'épaisseur à d'autre endroits [11].
1458  Il ne pleut presque pas d'Avril à la mi-Octobre.
1469  « Moult grand hivers et moult froid qui dura 19 sepmaines,
jusqu'à la première sepmaine de maye » [11].
1471  A la Madelaine, les raisins sont mûrs entre le 22 et le 31 Juillet [11].
1473  A la Saint Pierre, les raisins sont mûrs le 8 Juillet [11].
1476  « La chaleur fut si grande qu'on ne pouvait durer; certains prés ressemblaient à des terres labourables » [11].
1480  L'eau gèle dans les puits, le vin dans les celliers, les arbres se fendent dans les vergers. Il a fallu couper les vignes sur pied.
1482  A la Saint Pierre, on vend des raisins mûrs le 2 Juillet sur la place de Metz [11].
1483  Des raisins mûrs sont vendus au marché le 21 Juin [11].
1490  La neige ne cesse de tomber de la Toussaint au 30 Janvier. Cet hivers porte le nom d'hivers des grandes neiges. Les loups et autres bêtes sauvages viennent jusque dans Metz. A la fonte des neiges, et à la déblacle des glaces, il y eut de nombreux sinistes; à Pont-à-Mousson, quantité de maisons écroulées [11].
1493  Chaleur extrème en Juillet et en Aout [11]. La sécheresse est telle qu'à Metz, la Moselle n'est plus qu'un ruisseau.
1498  Au 15 Mai, les raisons sont en fleurs. Des grappes sont même cueillis le 17 Juin [11].
1501  Des pluies presque continuelles, qui commencent à tomber en Novembre 1500, et se prolongent jusqu'à la fin 1501, produit une grande famine. Le resal de blé atteind la somme de 10 livres, et la queue de vin, d'ordinaire à douze sous onze deniers, se vend jusqu'à quatre
livres cinq sols huit deniers [13].
1514  Il n' y eu ni pluie ni rosée du 12 Février au 12 Mai [11].
1516  Eté très chaud d'avril à Octobre : jamais on ne vit les rivières si basses [11].
1524  L'année du « Grand desluge ». Au commencement de Janvier, les eaux passent par dessus les murs de Metz. Dégâts immenses à Pont-à-Mousson, Saint-Nicolas, Varangéville, Thionville et Sierck. Les rivières furent si grandes «  qu'on ne les avoit jamais vues si hors des rives » [11].
1540  Année dite « chaude année », la moisson se fait le 15 Juin, et les vendanges en Aout.
1607  L'hivers est surnommé « Le Grand Hivers », qui dure 2 mois et pendant lesquels quantité de personnes et d'animaux périssent [11].
1615  Le 5 Juin, « grêlons prodigieusement gros, larges comme de petites assietes, ceps de vignes et grosses branches d'arbres coupés, toits de maisons enfoncés, porcs et autres animaux tués » [11].
1631  Le 24 Décembre, "En ceste saison la Mozelle estoit sy débordée qu'il falloit, grande brigée (bruit), prendre la royne et aussi son bagage a Longeville, et en chemin, l'eau estoit toute au large" (arrivée de la reine à Metz) [15].
1634  « Cest année fut aussy debordée la rivière de Muzelle (Moselle), le jour de la Madellaine, dont oultre le Pont au Loup (bâti en avant du Pont-des-Morts en 1445 et détruit en 1750) on ny sceut passé, deux deniers il fallait payer au bastelier. Trois jours et trois nuits il tomba sy grand pluye, que tous, grands et petits, se trouvoient bien esmenée. Cest oraige ny fit bien que tout grand arrieraige, tant en vignes comme en bledz et aussi en herbaige » [15].
1635  Le 8 Janvier « En la Muzelle un grand inondation deau y survint venant des neiges; les glaces descendant sy effroyable quen cen ans on n'en avoit vu la semblable. Drès la Vosges et aussy Liverdun tous glassons sestoient tout mis en ung, sen vindrent devallé comme une armée en fille (à la file) entre pont de Mollin et aussy de Longeville. (...) Ilecq ils s'assemblèrent tourtous en un monceaulx, par foy en vérité, bien cinq cent mil tumreaulx (tombereaux) estant tout lun sur lautre comme on Metz des gassons sans bord ny menty de la hauteur du pont (...) Alors enthièrement lespace de trois semaines chars ny haulte charette ny aussi leur domaine ny purent charier au Loup dessus le pont falloit prendre le detour proche maison Dorron. » [15].
1644  Le 24 Avril « tomba du ciel du feu comme une comette à heure de neuf heures du soir. En sortant de l'air elle donna telle clairté aux gens qui estoient encoure assis devant leurs logis entre nuit et jour qu'ilz en prindrent telle épouvante qu'ils se retirèrent en leurs logis (...) Le monde disoit que c'estoit quelque présaige de malheur, ce qui fut vray (...) » [15].
Le 2 Mai, « il tomba de l'air un bruict de verglace au travers des montaignes et collines qui s'épencha sur les vignes d'alentour, de telle sorte que l'épaisseur de la glace estoit sur le feuillage qui estoit vert, la hauteur d'un dos de cousteau. Il gela en neige drès le 28 Avril jusqu'au 13 Mai (...) la neige estoit en aulcune contrée à la hauteur d'un pied, la glace qu'on ne la pouvoit briser (...) C'estoit la plus grande pitié que l'on vist jamais » [15].
Après la Saint Jean : »Il vint une telle véhémente chaleur qu'on ne
pouvoit durer ès champs ny en vignes, et plusieurs gens moururent au milieu des champs et aultres lieux de ceste chaleur (...) Enfin il faisoit si extrêmenent chaud que l'ont ne sceut ouwrer que le matin et à vespres, sy ce nestoit les pauvres gens qui leur estoit force » [15].
1646  « En ceste année y fut peu de cerises, encore furent elles la moitié gastées de la chaleur qu'il y faisoit. On a commença la moisson quinze jours après la saint Jean, il se fist une telle chaleur et sy véhémente qu'il y avoit plus de vingt ant qu'il n'avoit faict. Fut neuf sepmaines enthières, sçans pleuvoir qu'une petite bruine qui survint une seule fois, tellement que plusieurs moururnt de ceste chaleur au moisonner et en la vigne, tesmoin un pauvre jeune homme, nommé de Molin, qui estoit soldatz, qui mourut à Tury ès champs et une filles de Lessy qui mourut en ouvré de la vigne nommé Briate Bouvier et bien d'aultres di costé du Sablon » [15].
1649  « Il sy fit un sy maulvais tempts que l'hyver commença dès la vendange 1648 l'an passé. Il ne cessa de geler et de faire froyd, jusqu'à la mitte du moys de may 1649, tellement que la trois partie des semences des bledz des champs furent déracinés et perdu. C'estoit grande
pitié à voir cela, au moy de may on ne voyait rien de vert ès champs »
[15].
1709  Un hivers terrible débute le 5 Janvier. Le 15, les rivières sont gelées sur 2 pieds et demi d'épaisseur. Arbres fendus, blés perdus. Sur le parvis de la cathédrale de Metz, on trouve plus de 200 chauves souris. Le froid dure 6 à 8 semaines. Les horloges ne fonctionnent plus, quantité de personnes furent gelées sur les routes, de cerfs et de sangliers dans les forêts, de pigeons dans les colombiers.
1719  L'été est si chaud que la terre desséchée est comme de la cendre, les grains brûlent sur pied, le vent dessèche tout [11].
1740  Les 16 et 17 Octobre tous les cours d'eau montent à une hauteur extraordinaire. A Mirecourt, les eaux montent à plus de 10 pieds dans la rue Basse, à Neufchâteau, jusqu'aux chambres du 1er étage. Le 21 Décembre la moitié de la ville de Verdun est submergée. A Metz, la Moselle monte jusqu'à 15 ou 16 pieds dans la partie basse de la rue du Champé [11].
1757  Sécheresse extrème en Juillet, qui crevasse profondément la terre, fait tomber les feuilles des arbres comme en Automne, dessèche les raisins et ruine la vendange [11].
1765  On relève +40°C [11].
1766  Le 10 Janvier, on relève 10°. La neige tombe jusqu'à fin Mars. Des innondations ont lieu en Juillet. Température minimum : -10°C le 10 Janvier, Température maximum : +24°C
le 9 Juillet [2].
1767  Du 6 au 22 Janvier, froid rigoureux et neige abondante. Plusieurs rivières sont gelées à fond, et la chaleur ne revient qu'en Mai; elle est extrême jusqu'en Septembre. Innondation en Juin, Octobre et Novembre [2]. On relève +39°C les 25 Juin, 20 Juillet, 9, 10, 14 Août. Certainement l'un des étés les plus chaud du siècle, car Mai et Septembre furent
également chauds [11].
1771  « L'intempérie des saisons nuisit encore plus aux récoltes que l'année précédente; elle occasionna une grande misère et des maladies putrides » [2].
1772  « Il y eut de fréquentes innondations pendant l'hivers, les maladies putrides continuèrent leurs ravages. Récoltes précoces et abondantes » [2].
1773  Vignes gelées le 7 Mai, et de la neige et de la grêle quelques jours après [2].
On relève +39°C.
1775  La fin de l'hivers fut remarquable par des ouragans et des innondations très rare dans cette saison. Il neige le 20 Mai, d'une épaisseur d'un demi pied. Température le 10 Juillet à 1 heure de l'après-midi : + 28,5°C [2].
1776  Froid et rigoureux pendant la dernière quinzaine de Janvier. La quantité énorme de souris et sauterelles dans les prairies empêche la « recrue de la deuxième herbe ». On relève - 18 °C le 1er Février à 7h et demi du matin [2].
1778  Durant la nuit du 25 au 26 Octobre, une « innondation prodigieuse fit un dégât énorme dans toute la Lorraine » [2].
1779  « Le 30 Juillet il tomba à Nancy un grêle dont les moindres Grains étoient de la grosseur d'une noix, et beaucoup de celle d'un oeuf. Le même jour, une trombe s'éleva près de la Moselle sous la forme d'une haute tour noire, du sommet de laquelle sortoit un feu sombre; elle passa la rivière à Bayon, emporta les toitures d'un village à deux lieues de là, déracina de gros arbres sur sa route, et disparut après avoir desséché une grosse mare » [2].
1782  « La température fut généralement très-mal-saine cette année ». Un printemps très orageux et un été humide occasionnent beaucoup de maladies et firent périr les blés sur pied. Les autres grains, les pommes de terre et les fruits furent aussi très rares [2].
1783  « L'horizon, depuis le 11 Juin jusqu'à la fin Aout, parut constamment couvert d'un brouillard très sec, qui s'élevoit peu dans l'admosphère, mais que les grands vents ne dissipoient pas .Il ne permettoit pas de fixer le soleil, et lui donnoit une couleur de sang.
Les fièvres intermittantes fut presque générales (...) La terre étoit si peu échauffée, que les gelées ont commencé dès le mois d'Octobre. » On compte 67 jours de gelée [2].
1784  « Depuis le 27 Décembre jusqu'au 27 Février,La terre a été couverte de neige à une épaisseur de 15 pouces et demi (...) Les routes étoient impraticables, même pour les voitures (...) aussi l'hivers a été très rigoureux; et la gelée a duré sans intervalle depuis le 3 Janvier
jusqu'au 22 février, s'est prolongée jusqu'à la fin mars et au commencement d'avril. Le printemps a été très froid pour la première partie et très chaud pour la seconde. Il n'y a presque pas eu de foin à cause de la sécheresse des vingts premiers jours de mai (...) Les pluies ont été si abondantes, qu'elles ont refroidient l'air au point qu'il a gelé les 10 et 11 Août (...) Les gelées du 16 et 17 Octobre dépouillèrent les arbres de leurs feuilles. La neige commença à tomber le 26 de ce mois, et elle couvrit la terre depuis le 11 Décembre jusqu'au 11 Janvier." On relève -18 °C le 31 Décembre. On compte 110 jours de gelée, et 127 jours de pluie ou de neige [2].
Dans les vosges, Mr Thiriat, de Gerarmer raconte : "Les rochers, les arbres et un grand nombre de maisons furent enfouis. On fut obligé de pratiquer des tunnels, des ouvertures vis-à-vis des portes et des fenètres. Les pauvres gens ne pouvait qu'élaguaient la cime des arbres dans les bois. On raconte qu'un bûcheron habitait au milieu du bois de Sapé. Ne retrouvant pas sa maison, tout à coup la neige lui manqua sous les pieds, et il tomba dans la cuisine par la cheminée, où sa femme était occupée à cuire des beignets ». Il est évident que cette anecdote ne se raconte que pour illustrer la grande quantité de neige tombée cette année là [11].
1786  La neige recouvre le sol du 3 au 16 Mars, et réapparait du 27 au 30. Il aurait gelée les 6, 7 et 9 Juillet [2].
1788  Neige du 21 Novembre au 20 Janvier. On relève - 19°C le 31 Décembre [2].
1816  Année dite de « la Mauvaise année ». L'été fut excessivement pluvieux : 90 jours de pluie sur 115 journées d'été. Du 21 au 26 Août, boruillard et gelées blanches. Le 2 septembre, arrive une giboulée de grésil et de neige. Le lendemain, les blés, qui n'avaient pu être
moissonés, couchés et plein d'herbe, sont recouverts de neige. Le blé vieux se vend 80 francs/hl, et l'année suivante, 120 à 125 francs/resal. On se nourrit de pain d'orge, d'avoine, d'herbe, d'écorce. Quantité de gens meurent de faim [11].

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