Son œil regard noir pétillerait de joie à l’annonce de cette belle nouvelle…

Nous savons tous que les Romains n’étaient pas fous.
Au premier siècle avant J.C. ils creusèrent un canal qui reliait de façon intermittente notre bel étang avec la mer.De douce, son eau devint salée et saumâtre avec un remarquable développement d’une faune et une flore spécifique à ce type de milieu.

En 1863, 1874 puis 1925, les hommes approfondirent le canal de Caronte qui le reliait à la Mare Nostrum. Ainsi l’Etang de Berre devenait un paradis nourricier pour les habitants de ses rives et tout particulièrement de Martigues.

Les temps bénis

Ses pêcheurs, dans la plus belle tradition des hommes de cœur et de Foi, priaient pour que leurs pêches soient non pas miraculeuses, mais bonnes, bonnes comme la « Bonne Mère ».

Ils espéraient beaucoup de poissons, afin de pouvoir élever leurs familles et vivre décemment. Ils en attendaient un peu plus aussi, pour pouvoir en donner. Et si dans leurs prières ils insistaient pour en avoir encore plus, c’était afin de pouvoir s’en laisser voler !

Ainsi, l’étang de Berre était un paradis. Le plus grand étang marin d’Europe était un monde à lui tout seul. Loups, rougets, daurades, moules et oursins faisaient la joie des gourmets et la bourse de nos pêcheurs était aussi riante que les petites calanques de l’étang.

L’industrialisation de ses rives commença dès 1929, non sans perturber son milieu. Toujours un homme défendit ses pêcheurs. Vous le connaissez, c’est le « Martegaou » Charles Maurras, et les pêcheurs de Martigues le lui rendaient bien.

Premières alertes

Le développement industriel s’amplifia et vinrent les raffineries…avec son cortège de petites marées noires. Le poisson prit le goût du pétrole et la pêche fut interdite pour l’année 1959.

Les prud’hommies de pêche furent généreusement indemnisées et perçurent plus de 500 millions de francs de l’époque.
Le malheur s’abattit véritablement sur l’étang dans les années 60.

En effet, en 1966, la dérivation de la Durance fut mise en service avec la création du canal EDF de Cadarache, afin de produire de l’électricité grâce à la force hydraulique de ces eaux.


Ce canal EDF après passage dans l’usine hydroélectrique de Saint Chamas déverse, depuis cette date, ses eaux limoneuses dans l’étang de Berre. Le résultat ne se fit pas attendre. Nul besoin d’être très savant pour comprendre que, recevant un volume d’eau douce quatre fois supérieur à son volume d’eau salée, son milieu serait fortement modifié.

Et il le fut… entraînant non seulement un appauvrissement du milieu d’origine, mais bouleversant aussi la vie des femmes et des hommes de la région.
Le malheur avança masqué. En effet, dans un premier temps, l’apport d’eau douce attira les anguilles dans l’étang. Un marché à l’exportation se développa vers l’Italie et les pêcheurs s’enrichirent. Mais au milieu des années 80 les anguilles commencèrent à déserter ces eaux « nouvelles ». De 3500 tonnes par an, la pêche des anguilles s’effondra à quelques centaines de tonnes par an.

Le réveil

En 1990, une amélioration sensible de l’écosystème fut constatée. Très vite les spécialistes identifièrent la cause. Une période de sècheresse avait fortement affaibli le débit d’eau du canal. De 1991 à 1996, l’eau douce se remit à courir de plus belle et notre étang souffrit à nouveau. Il devint un vrai « cloaque » alimenté par les rejets urbains et les pollutions industrielles.

Mais les pêcheurs de l’étang ont défendu leur coin de paradis. Dès 1989, Daniel Campiani, curé et prud’homme de pêche et Jean-Claude Bourgault, un des derniers pêcheurs, créaient la « Coordination des pêcheurs ».
Les fées Courage et Obstination se penchèrent sur le berceau de la Coordination.
E.D.F et les pouvoirs publics proposaient études sur études. Mais nos amis pêcheurs ne se laissèrent pas mener en bateau…et ce d’autant que E.D.F avait fonctionné sans autorisation depuis des décennies !

En 1997, la Coordination engageait une action en justice devant la Cour européenne. Cas unique, la plainte de la Coordination, considérée comme émanant de particuliers, était jugée recevable.
L’espoir au bout du canal ?

Après 7 ans de lutte, le pastis a eu un goût de victoire. La France à été condamné par la Cour de justice des Communautés européennes.
Le ministre de l’Ecologie et du développement durable a donc transmis le 11 février 2005 des propositions pour permettre à notre étang de revenir à un meilleur équilibre écologique.

Les rejets d’eau douce seraient limités à 2,4 milliards de m3 au lieu des 3,6 milliards actuels et ces rejets seraient régulés afin d’éviter des arrivées massives d’eau douce…
Il y a le feu dans la bergerie de l’Etat.

En effet, une deuxième saisine de la Cour européenne n’est pas à exclure. Celle-ci permettrait de condamner la France à de lourdes astreintes journalières, et à ce jour rien ne dit que la Cour ne se satisfasse des propositions du ministère de l’Ecologie et du Développement durable.
Pour la « Coordination des pêcheurs », la solution est simple : Il faut arrêter la centrale E.D.F.

Non sans humour, Jean-Claude Bourgault, pêcheur depuis 1969, précise : « E.D.F. pourra alors demander une autorisation d’exploitation. Mais avant de l’obtenir, il lui faudra apporter de réelles garanties ».
Penser à l’avenir…

Les années écoulées permettent de montrer du doigt l’Etat et E.D.F. qui n’ont cessé de faire des promesses. Alors que « Depuis 1973, les rejets industriels polluants ont été réduits de 97% » et la dernière petite marée noire date de 2001.

Tout le monde conclut à une amélioration de la qualité des eaux de l’étang de Berre, pêcheurs, riverains et plaisanciers.

William Tillet, actuel Premier prud’homme des pêcheurs de Martigues confirme : « des naissains de moule en abondance ». Le directeur du Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre, Monsieur Philippe Picon, constate « des polluants moins nombreux ».

L’étang redevient un réel centre de vie. Une vie de notre temps qui voit se dérouler sur ses eaux des compétitions internationales de planches à voile et de dériveurs. Les « Merveilles de l’étang » sont en cours d’aménagement. Il s’agit d’un sentier « littoral » de 50 Kms qui ravira les promeneurs et les randonneurs.

Des postes d’observations aménagés par les communes qui bordent l’étang permettent d’observer les milliers d’oiseaux migrateurs qui l’occupent.

De Saint-Chamas à Martigues, les pêcheurs de l’étang ne sont pas d’obtus passéistes. Ils apprécient à sa juste valeur la production d’électricité « propre » de la centrale E.D.F.
Ils ne demandent pas la lune, ils demandent à être respectés.
Rendre à l’étang de Berre la vie qui lui revient est un combat politique des plus nobles.

Tous se sont unis dans ce combat : associations, maires et parlementaires. La région Paca, les communes riveraines et le département des Bouches-du-Rhône ont réussi à réunir les 8 millions d’euros que coûtent la remise en état du tunnel de Rove ( canal souterrain) qui traverse l’Estaque et fait jonction entre l’étang et la rade de Marseille. Mis en service en 1927, ce tunnel s’est effondré partiellement en 1963. Pour attaquer ce chantier, il ne reste plus que de créer un syndicat mixte afin d’assumer la maîtrise d’ouvrage.

La renaissance de l’étang de Berre est un symbole fort pour toute la Provence, et sans ses pêcheurs, l’étang ne serait plus l’étang.

Nous félicitons chaleureusement Michel Deuff pour sa double page dans l’hebdomadaire : « le marin », du vendredi 18 février 2005, numéro 3006. auquel nous avons beaucoup emprunté !

Nous conseillons à tous nos amis de lire cet excellent journal qui nous informe de « l’économie maritime » trop négligée par la grande presse.

« le marin » 13 rue du Breuil, CS 46305
35063 Rennes cedex
Abonnement France 90 euros. Courriel c.langrand@infomer.fr
si vous ne pouvez le trouver au numéro (2 euros)…

Pour découvrir l’étang de Berre, de nombreux sites « Internet » vous instruiront.
Flâner sur Google…

Les bibliophiles avertis rechercheront :

L'ETANG DE BERRE
De Charles Maurras. Illustrations d'Albert André.
Le Musée du Livre, Paris 1927.

Vous pouvez commander cet ouvrage en vous rendant sur le site : www.pelican-noir.com

Simon de Quoisiry, le 7 juin 2005.

 



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