SOUVENEZ-VOUS
DE CETTE PHOTO
A droite y figurent les deux naufrageurs de l’industrie
aérospatiale française. A gauche, aux dépens
de la France, les trois bénéficiaires : le chancelier
Schröder, Jünger Schrempp, président de Deutsch
Aerospace et Jean-Luc Lagardère.
Le gouvernement Jospin a cru bon, aux dépens
de l’intérêt national, de faire deux somptueux
cadeaux :
- A J.L. Lagardère, en contrepartie d’une
somme dérisoire, plus de 30 % du capital de la Société
nationale Aérospatiale. L’Aérospatiale était
en quelque sorte l’aboutissement des bureaux d’études
qui avaient conçu et permis la commercialisation de la
Caravelle, du Concorde, d’Airbus, mais aussi des Nordatlas,
des Vautours, des hélicoptères, des engins balistiques
et tactiques, des satellites, alors que la DASA n’était
qu’un modeste sous-traitant mais qui, fusionné avec
l’Aérospatiale bradée à Lagardère
(Matra) et après privatisation, devait former EADS.
- Aux Allemands la fusion accordait 30 % du capital,
le gouvernement français n’en gardant que 15 % (et
J.L. Lagardère également 15 %). Mais la nouvelle
société possédait 80 % du capital d’Airbus,
l’entreprise placée sous contrôle allemand
par l’intermédiaire de la participation de Daimler-Chrysler,
l’industrie automobile allemande devenant aussi aérospatiale.
Autre cadeau partiel, EADS siégerait en Hollande et serait
une société de droit hollandais, la France perdant
le fleuron de ses « ex-activités » aérospatiales.
Sans doute sur ordres « d’en haut »,
l’affaire fut présentée comme une «
victoire (française) nette et sans bavure » par le
Nouvel Observateur (du 21 octobre 1999). Il fallait tromper les
Français et leur faire croire au génie politique
de leurs dirigeants alors que l’accord conclu à Strasbourg
le 14 octobre 1991 est pour eux catastrophique. Elie Cohen, chercheur
au CNRS, fut à peu près le seul, à avoir
dit la vérité : « Le seul point fort de la
spécialisation industrielle de la France, qui était
l’aéronautique, est en train d’être bradé
» (Libération). Mentant outrageusement, le Nouvel
Observateur (daté du 21-27.10.1999) titrait ainsi son article
: « Comment la France a raflé la mise », alors
qu’en réalité, la mise c’était
notre industrie aérospatiale qu’elle livrait aux
profits du secteur privé et à une firme automobile
allemande. Six ans plus tard, Pascal Aubert dans la Tribune (29
juin 2006) écrira que EADS, « cette magnifique entreprise
est, en réalité, une pétaudière ».
Le Nouvel Observateur, désireux d’amplifier
encore sa dithyrambe, citait les propos naïfs et, depuis
infirmés par les faits de Lionel Jospin : « (EADS)
un outil puissant de la construction d’une Europe forte,
solidaire et maîtrisant pleinement son avenir… (approuvant)
le caractère équilibré de l’actionnariat,
stable et de long terme, du nouveau groupe puissamment et durablement
ancré à l’Europe ». Autant de stupides
contre-vérités. Messieurs Lagardère et Bishoff
se sont empressés de vendre une part de leurs actions tandis
que Noël Forgeard cédait ses stocks options au bon
moment et que les Britanniques cherchaient à vendre leur
participation… Autant de témoignages de la «
stabilité » de l’actionnariat » vantée
par Lionel Jospin, avec D.S.K. pour complice.
Pour la France et pour la soi-disant « construction
européenne », l’accord créant EADS a
de bien plus graves conséquences que la seule avidité
financière et de carrière de ses dirigeants.
- D’abord, n’ayant aucune idée
des exigences d’une entreprise scientifique, technique et
commerciale aérospatiale, les politiciens français
se sont « fait berner » par leurs homologues allemands,
mais ils ont mis sur pied une sorte de monstre politico-administratif
qui ne pouvait aboutir qu’à l’échec
: direction binationale, multiplication des niveaux de responsabilité,
recours à un nombre trop élevé d’implantations
industrielles, à une pléthore de sous-traitants
de nationalité, de culture technique et de méthodes
de travail différentes. Résultat : six années
de chamailleries au sommet, de rivalités nationales, de
spéculations financières douteuses, de coups bas
dont l’affaire Clearstream n’a révélé
que quelques aspects. Ceci au détriment de l’intérêt
national délibérément bafoué par le
pouvoir politique français.
- La France détenait plus de la moitié
du marché mondial des avions de combat, marché gagné
au cours des années 50 et 60. Elle l’a totalement
et irrémédiablement perdu au profit des matériels
anglo-allemands et américains (F.16, F.18 hier, J.35 demain)
: Coût : plus de 200.000 spécialistes et 2.000 ou
3.000 ingénieurs conduits à se « reconvertir
» ou à relever de l’ANPE et disparition d’un
fort potentiel de science et de technicité.
- Si les bureaux d’étude de EADS ont
mis cinq ans pour calculer et réaliser la prototype d’un
avion de très gros tonnage (plus du double de celui des
appareils antérieurement commercialisés), l’industrialisation
du projet A 380 est un échec. Le calendrier des livraisons
aux entreprises de transport aérien ne sera pas tenu ;
il faudra indemniser les acquéreurs et subir le discrédit
d’une firme à la direction équivoque, incapable
de tenir ses engagements. Résultats : une « restructuration
» de l’ensemble, euphémisme pour annoncer des
économies sur l’emploi de la contribution d’EADS
au chômage. La société d’entretien technique
SOGERMA en a déjà été la victime,
la contraction du nombre des sous-traitants en fera beaucoup d’autres.
« L’outil puissant de la construction de l’Europe
» de M. Lionel Jospin est en quenouille.
- L’avion A.350 de EADS devait concurrencer
le 787 de Boeing. Autre échec. Le dossier de l’A.350,
critiqué par les utilisateurs, est abandonné. Il
faut redessiner un autre appareil, laissant le marché correspondant
à Boeing et exigeant une dépense imprévue
de quelque 8 milliards d’euros (pour un avenir problématique
de la formule nouvelle d’EADS).
- Dès le début des années
90 le remplacement des avions-cargos militaires (Transall) était
un besoin urgent. EADS prenant le relais devait dessiner et construire
le nouvel appareil. Quinze ans plus tard, le A. 400 M n’a
toujours pas effectué son premier vol. Les Américains
en profitent, plaçant en Europe leurs avions-cargos.
Ainsi que l’écrivait le Nouvel Observateur
(du 21-27.10.1999) : « La France a accepté…
de partager avec l’Allemagne une entreprise qui réalise
plus du tiers de son activité dans le secteur militaire
et construit notamment les missiles de la force de dissuasion
nucléaire ! Victoire de l’Europe ? Nul ne peut en
douter …»
Les politiciens français ont, en réalité,
travaillé à détruire la France pour construire
l’Europe politique. Avec EADS, c‘est à la fois
la France et leur Europe qui sombrent.
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