Mordicus
juillet 2006
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Cafouillage
industriel,
oeuvre d’Etat |
En cinq ans, le gouvernement Jospin (1997 - 2002)
a largement ouvert au « privé » le capital
des entreprises qui relevaient de l’Etat. La démagogie
électorale permanente de la Vème République
dévoyée implique l’appauvrissement et l’affaiblissement
de l’Etat. Les médias ont endoctriné l’opinion
afin qu’elle s’élève contre « trop
d’Etat ». Paradoxalement, alors que les Français
veulent « moins d’Etat, ils ne lui ont jamais demandé
de leur répartir autant de ressources et de les assister
dans toutes les activités, de la crèche à
la maison de retraite.
En somme, plus l’Etat est affaibli (par
la « construction européenne ») et
appauvri par les lois du marché (et les privatisations)
plus les Français en exigent les magnificences, largesses
et libéralités dont seul serait capable un Etat
souverain, riche et puissant.
Les gouvernements successifs de la Vème
République se sont révélés incapables
de faire la différence entre les activités nationales
qui gagnent à relever du « privé »
et celle qui assurant un service public essentiel, doivent être
la propriété de tous les Français et donc
dépendre du gouvernement qu’ils se sont donné.
Poursuivant la politique de privatisation des
gouvernements Chirac (1986–1988), des socialistes (de Rocard
à Bérégovoy 1988 – 1993) de la droite
avec Balladur et Juppé (1993 – 1997), le gouvernement
Jospin (1997 – 2002) a non seulement ouvert au privé
le capital d’une demi-douzaine de banques, préparé
la privatisation d’importantes entreprises publiques (France
Télécom, Air France, GDF, EDF, autoroutes du sud
de la France…) mais bradé l’industrie aérospatiale
de la France.
S’il est bien une activité scientifique,
technique et industrielle qui devrait relever uniquement de l’Etat,
c’est bien celle qui conçoit et forge les armes de
la France. Il est d’ailleurs malsain que les armements offrent
au secteur privé l’occasion de réaliser d’importants
profits. Compte tenu de la culture particulière de la France
et de ce qu’attendaient les ressortissants de ses gouvernements
successifs, non seulement les armements mais l’énergie,
les infrastructures terrestres, ferroviaires, maritimes, aériennes,
spatiales – et pourquoi pas, l’eau indispensable à
la vie – devraient être gérés par l’Etat.
Le libéralisme économique, les lois du marché,
devenus en France également prioritaires, ont transformé
ses équilibres politiques, financiers, économiques,
l’Etat, c’est-à-dire la représentation
nationale n’y étant plus qu’une symbolique
représentation du passé.
Au cours des années 1998 et 1999 le gouvernement
Jospin a été emporté par la générosité.
Générosité facile aux dépens des Français.
Rappelons d’abord qu’en 1996 les activités
de la société nationale « Aérospatiale »
dans le domaine des satellites (6 % de son chiffre d’affaires)
avaient été transférées à Thomson
CSF. En revanche, l’Etat cédait à « l’Aérospatiale
» les 45,7 % du capital de Dassault aviation qu’il
détenait. C’était un réarrangement
industriel qui préparait le désengagement de l’Etat,
car au cours des années suivantes, des interventions comptables
auront pour effet de mettre en question la rentabilité
de « l’Aérospatiale »:
augmentation de ses charges de recherche et de développement
et aussi du remboursement des aides de l’Etat, accroissement
des provisions pour aléas de change, Airbus vendant en
dollars mais payant ses factures en euros. Au privé de
s’en accommoder, l’Etat se désintéressant
d’une de ses missions prioritaires : l’armement de
la nation.
En 1999, sa hotte bien emplie le gouvernement
Jospin peut jouer les pères Noël.
En février, Jean-Luc Lagardère est l’heureux
bénéficiaire d’un cadeau fastueux. En échange
de l’apport de « Matra Haute Technologie
» (MHT) il reçoit 31.45 % du capital de la future
entreprise « Aérospatiale Matra ».
Cependant Lagardère verse à l’Etat 850 millions
de francs, soit moins de 2 % du capital de la nouvelle entreprise.
Toutefois, il avait été stipulé dans le contrat
qu’une somme maximum de 1.150 millions de francs, variant
avec les performances boursières évaluées
sur 2 ans pourrait compléter l’apport de « Matra ».
Mais si le cours du titre – après privatisation –
monte de 10 % par rapport à sa valeur au CAC 40, cette
dette serait annulée. (Ce qui fut, parait-il le cas).
Les méchantes langues ont estimé
qu’au nombre des opérations préparant la privatisation
de l’ « Aérospatiale » figurait
un échange de bons procédés : au somptueux
cadeau fait à J.L. Lagardère, celui-ci répondrait
en faisant campagne pour le PS dans les médias qu’il
contrôlait. De surcroît, l’accord du 3 mars
1999 donnait à Lagardère plus de 20 % de droits
de vote de la nouvelle entreprise. Il avait licence d’acquérir
les actions cédées par l’Etat si celui-ci
réduisant sa participation, passait à moins de 20
% du capital. Ce qu’il fit.
Mais en octobre 1999, le gouvernement français
se surpasse. C’est un cadeau impérial qu’il
fait à l’Allemagne. Celle-ci pressait Paris pour
qu’il « privatise » son industrie
d’armement, menaçant même d’exclure la
France de toute entreprise européenne si son gouvernement
ne cessait pas de contrôler les activités nationales
d’armement. Toujours à la remorque de Berlin, Paris
obtempéra.
Le 13 octobre 1999 « l’Aérospatiale-Matra »
privatisée largement et la firme automobile Daimler-Chrysler
annoncèrent leur fusion afin de former un groupe aérospatial
européen capable de rivaliser avec chacune des plus puissantes
firmes correspondantes des Etats-Unis.
La nouvelle entreprise portera une désignation
britannique « European Aeronautic, Defense and
Space », ou « EADS » en abrégé.
Elle rassemble près de 100.000 techniciens et son chiffre
d’affaires devrait être de l’ordre de 22 à
23 milliards d’euros. Elle siégera aux Pays-Bas,
sera de droit hollandais et l’anglais y sera la langue de
travail.
Le gouvernement français a accepté
de réduire de 47,5 % à 15 % sa participation au
capital de l’entreprise. Et dans un élan de générosité
supplémentaire, M. Raffarin annoncera même qu’il
était prêt à renoncer à ces 15% ainsi
que le réclamaient les Allemands, qui avaient admis de
patienter jusqu’en 2003.
Autre cadeau et non des moindres, la nouvelle
entreprise contrôlera à 80 % le consortium « Airbus
Industrie ». Des quatre partenaires du consortium,
la France, l’Allemagne, l’Espagne et la Grande-Bretagne,
les trois premiers acceptèrent la fusion, « British
Aerospace » affichant ses réticences et
se détournant de l’accord de 1997 spécifiant
que France, Allemagne et Grande-Bretagne formeraient une seule
entité aérospatiale et de défense en Europe.
Et voici l’Allemagne un des quatre participants à
Airbus, devenue à demi propriétaire de l’entreprise.
Et le 14 octobre 1999 Lionel Jospin, Dominique
Strauss-Khan et Jean-Luc Lagardère rencontrent à
Strasbourg Gerhard Schröder et Jurgen Schremp, directeur
de la DASA, filiale aéronautique de Daimler-Chrysler –
Dasa étant une bien modeste entreprise au regard de « l’Aérospatiale »
et dont la firme automobile allemande souhaitait se délester
grâce à la création d’ « EADS ».
Aux ordres, les médias célèbrent
l’opération. Le « Nouvel Observateur »
daté du 21-27 octobre présentait cette capitulation
française comme « un retournement inespéré
». A peu près seul, l’économiste Elie
Cohen disait la vérité.
« Le seul point fort de la spécialisation
industrielle de la France qui était l’aéronautique
(voir Annexe) est en train d’être bradé ».
Mais pour le « Nouvel Observateur » à
Strasbourg la « France avait raflé la mise »
et J.L. Lagardère, principal bénéficiaire
et Dominique Strauss- Khan qui avait négocié la
reddition de la France étaient les « gagnants ».
Et Claude Imbert écrivait dans le « Point »
du 22 octobre 1999 : « dans le trousseau de
l’Europe on ne peut trouver plus français ».
Ainsi désinformée, l’opinion française
souscrivit à la démarche de son gouvernement.
On est en droit de se demander par quelle aberration
Paris a accepté, et favorisé, la mainmise à
plus de 30 % du groupe « Lagardère-Matra »sur
« l’Aérospatiale »
Celle-ci a été l’aboutissement des travaux
des bureaux d’études et des usines de Sud Aviation,
Nord Aviation, Centre et Sud Ouest Aviation qui avaient conçu
la « Caravelle », « l’Airbus »
et, en coopération avec les Britanniques, « Auparavant,
ou parallèlement, avaient été étudiées
et construites les séries d’avions de transport militaire
« Noratlas », « Transall »
et une cinquantaine d’appareils subsoniques et supersoniques.
En outre « l’Aérospatiale »
étudia et fabriqua des hélicoptères, des
engins stratégiques et tactiques, des satellites, des systèmes
de défense. On saisit mal à quel titre la très
modeste firme « Matra » obtint officiellement
le droit de détenir la majorité de blocage de «
l’Aérospatiale » privatisée et….
bradée à la DASA allemande, société
ne présentant d’autre intérêt que d’être
une filiale du groupe automobile « Daimler-Chrysler ».
La « Deutsch Bank » détenait à
l’époque, 12 % de son capital, le Koweit, 7 % et
Dubaï 2 %. Quant à la participation de Lagardère
elle demeurait dépendante des attraits politiques et financiers
des techniques de communication et du pouvoir qu’elle exerçait
sur le gouvernement en mettant l’opinion publique «
en condition ».
Le gouvernement français se désintéressant
des armes de la France, et de son avenir spatial, il ne faut plus
compter sur ses cadres politiques pour réfléchir
aux impératifs de sa défense et même de sa
sécurité. Et pour entreprendre les travaux de recherche
fondamentale sans rapport financier immédiat. Désormais
c’est à « la corbeille » de
pourvoir aux besoins de la sécurité du pays.
A l’évidence, ainsi qu’elle venait d’être
structurée « EADS » se souciera comme
d’une guigne de l’intérêt national et
ne recherchera que le profit commercial afin de satisfaire ses
actionnaires.
Comme pour toutes les entreprises menées
en coopération avec l’Allemagne, avec « EADS »
la France perd de sa substance au profit de son partenaire. Elle
lui a apporté l’ « Airbus »,
ses succès en matière d’hélicoptère,
son savoir en engins stratégiques en ce qui concerne les
lanceurs de satellites grâce aux travaux nécessités
par la force nucléaire de dissuasion. Elle lui a aussi
abandonné le marché des avions de combat qu’elle
avait conquis au cours des « vingt glorieuses »
1955-1975. (Voir annexe).
Les média ont encore amplifié les
témoignages de satisfaction en spéculant sur la
complexité de « l’arrangement »
EADS et des cadeaux – ou renoncements nationaux
– qu’il a imposé.
La presse a insisté sur les mérites
d’un groupe industriel censé être capable de
rivaliser avec les firmes américaines. Or, lors de la signature
de Strasbourg, la capitalisation boursière des entreprises
concurrentes d’outre-Altantique atteignait 1500 milliards
de dollars et celle de EADS moins de 10 milliards. L’« effet
de taille » recherché n’était guère
évident. D’ailleurs avec moins de 20.000 cadres et
ouvriers une entreprise aéronautique française avait
gagné plus de la moitié du marché mondial
des avions de combat. Avec des effectifs cinq fois plus nombreux
« EADS » l’a irrémédiablement
perdu. Ce qui réjouit, outre-Atlantique et outre-Rhin.
« La plus récente campagne que
le Pentagone ait menée cette année est celle qui
a forcé les industriels européens de l’armement
à se fondre dans un ensemble transatlantique avec les firmes
des Etats-Unis au lieu de s’en tenir à la notion
de forteresse Europe », a écrit Jim Hoagland
dans le « Herald Tribune » du 25 octobre 1999. A l’
« effet de taille » raté, s’ajoutent
le cheval de Troie américain et la fin du rêve européen,
du moins en ce qui concerne l’aviation militaire définitivement
conquise par les constructeurs d’outre-Atlantique.
Qu’il s’agisse du montage financier
ou de l’organisation fonctionnelle d’EADS
les mesures adoptées en 1999 étaient contraires
à l’intérêt national.
Le montage financier d’abord :
-Daimler-Chrysler et Dasa ont été tirés d’affaire
par la mise sur pied d’EADS. La firme automobile germano-américaine
s’est attribuée 30,2 % de l’actionnariat.
-l’Etat espagnol y figure pour 5,52 %.
-J.L. Lagardère y détient, initialement 11,1 % mais
doit recevoir la participation temporaire de la Banque BNP Paribas
et d’Axa, soit 3,9 %, ce qui portera à 15 %
la part officielle de Lagardère à parité
avec l’Etat français. Plus intéressé
par les médias que par l’aéronautique et l’espace,
Lagardère pourrait céder tout ou partie de son actionnariat
s’il en vient à douter de la rentabilité d’une
organisation administrative et technique défaillante. Ce
qu’il fera, à hauteur de 7,5 % en 2006. Quant au
marché, il était initialement de 34,26 % du capital
et ses variations permettent de modifier les rapports de force
au détriment de la France qui annonce son intention de
se désengager des affaires d’armement, Raffarin dixit.
L’Allemagne l’emporte à nouveau
grâce à une firme automobile en difficulté
et une modeste entreprise aérospatiale, Dasa, la voici
contrôlant l’ « Aérospatiale »
qui, en Europe, détient le secteur des avions de transport
militaires et civils, 80 % du consortium « Airbus
», 100 % d’Eurocopter, 45 % du projet d’avion
de combat « Eurofighter », 37,5 % de la société
de missiles « MBDA. »
Le montage politico-administratif :
I il repose sur un principe défini lors de la création
d’ « EADS » : une stricte parité
franco-allemande devra être respectée. Bicéphale
la présidence du conseil d’administration, bicéphale
également le comité exécutif.
La politique a escamoté l’efficacité et l’on
imagine mal une entreprise aussi ambitieuse qu’ «
EADS » devenue l’objet de rivalités de
personnes, d’intérêts nationaux divergents
alors qu’il eût fallu qu’à sa tête
gouverne une équipe homogène menée par un
« patron » compétent, appuyé par un
gouvernement fort. EADS a été une «
construction européenne » caractérisée,
et ses difficultés de gestion ont démontré,
une fois de plus, les carences de cette politique européenne.
Au cours des six dernières années, les désaccords
sur le partage des responsabilités, les intrigues entre
nationaux et internationaux, les ambitions individuelles et nationales
ont secoué l’organisation, inquiété
les actionnaires, déconsidéré l’ensemble
de l’entreprise.
A l’issue du conseil d’administration
réuni le 29 avril 2005 à Amsterdam, la présidence
d’Airbus a fait l’objet de profonds désaccords
entre Allemands et Français.
Aussi, en Comité exécutif, les Allemands
ont imposé Thomas Enders, l’adjoint de Manfred Bischoff
lorsque celui-ci dirigeait Daimler-Chrysler. On voulait, outre
Rhin, équilibrer ainsi un Noël Forgeard qui avait
dirigé Airbus, qui était devenu le représentant
français au Comité exécutif et qui aurait
volontiers cumulé ses fonctions au Comité et à
Airbus. Ce que les Allemands ne pouvaient admettre, le pacte d’actionnaires
précisant qu’un dirigeant du groupe ne peut diriger
une filiale, Airbus en l’occurrence. (L’année
suivante Mme Merkel exigera l’éviction de Forgeard
et la France s’inclinera).
Quant à Thomas Enders, ancien parachutiste,
membre de la CDU, étudiant la stratégie aux Etats-Unis,
il affiche son « atlantisme » si bien qu’il
est également un gage donné par l’Allemagne
à l’Amérique quant à la gestion future
d’EADS – notamment dans le domaine des activités
militaires que la firme européenne entend développer
afin de moins dépendre des avions de transport commerciaux
–
Airbus, en effet, assurait à EADS
60 % de son chiffre d’affaires et 78 % de ses bénéfices,
ce qui inquiétait le Comité exécutif sachant
que le coût du développement de l’A 380 de
555 places avait augmenté de 1,5 milliard d’euros,
que la série des A 340 subit le choc de l’accroissement
du prix du pétrole au profit du 777 américain tandis
que le nouveau 787 de Boeing surclasse, en consommation le futur
A 350 de EADS. Dès le mois de décembre
2004 la Bourse sanctionne la gestion hasardeuse de la direction
bicéphale d’EADS.
Et au début du mois de mars 2006, il n’est
question que du retrait de Lagardère, cédant partiellement
sa participation (en accord avec le groupe allemand afin de maintenir
la fameuse parité).
Toutefois, le 8 mars 2005, Noël Forgeard
et Thomas Enders annoncèrent les succès commerciaux
de l’année 2005 : une hausse de 8 % du chiffre d’affaires
et un niveau exceptionnel de prises de commandes d’avions.
Mais cet optimisme de commande avait sans doute eu pour objet
de masquer les effets de l’« allègement
» au capital d’EADS , la part cédée
en Bourse pouvant atteindre 6 et même 10 %. Du côté
allemand c’était le redressement de Daimler-Chrysler
(Mercedes et Smart) qui devait justifier ces ventes d’actifs.
Lagardère se tournait vers la « communication »
négociant l’achat de 20 % de Canal Plus et de Time
Warner Book récupérant 3 milliards d’euros
de ses 15 % dans EADS.
Ainsi se prépare la débandade des stock-options
par Noël Forgeard et les chefs des départements techniques
J.P. Gut, Francis Auque et Jussi Itavuori, l’action EADS
perdant près de 8 %, l'ensemble représentant une
perte de 5,8 milliards d’euros.
C’était la sanction d’une avalanche
de mauvaises nouvelles, que n’avait pas effacé le
bilan enchanteur présenté le 8 mars par Noël
Forgeard, la veille de l’affaire des stock-options et qui
rassemblées, inclinaient au pessimisme :
-Désengagements financiers des grands actionnaires.
-Retrait des Britanniques cherchant à céder leur
participation (20 %) dans Airbus.
-Echec commercial de l’A 350 à redessiner et devenant
l’A 370 au prix de 8 milliards d’euros d’études
et de reconstruction.
-Dépassement du coût de l’industrialisation
de l’A 380 de 555 places.
-Retards réitérés des livraisons de l’A
380 aux compagnies aériennes qui en avaient passé
commande. Le 13 juin 2006 les Singapour Airlines apprenaient qu’elles
devraient attendre 6 ou 7 mois la livraison des premiers A 380
(ce qui décide Singapour à acquérir 20 Boeing
Dreamliner pour 4,52 milliards de dollars).
-La certification de l’A 380 n’est pas acquise, outre-Atlantique
l’on s’efforce de compliquer l’ « accueil
» de l’A 380 sur les aérodromes nationaux.
-Les acquéreurs de l’appareil réclament des
réacteurs moins bruyants, plus économes en carburant
et toutes sortes d’installations censées attirer
la pratique et qui exigent des câblages nombreux, d’autant
plus malaisés à connecter que les tronçons
de fuselage sont fabriqués dans diverses usines. D’où
un retard général des fabrications et des livraisons
tardives qui, outre les indemnités réclamées
par les acquéreurs, représenteront un manque à
gagner de 500 à 600 millions d’euros annuellement
jusqu’en 2010/2012.
-Le 12 mai 2006 est annoncée la fermeture de la Sogerma
à Mérignac. Cette société employait
plus d’un millier de spécialistes de l’entretien
des matériels aériens de transport (alors que l’usine
EADS de Dresde croule sous la charge de travail). Relevant
de l’Allemand Gustave Humbert, alors président d’Airbus
la Sogerma fortement endettée est condamnée dans
le même temps que Tom Enders déclarant qu’en
2005 l’industrie aérospatiale allemande avait créé
6000 emplois et que ses revenus avaient augmenté de 6 %.
La CFTC protesta contre le bilan social d’Airbus : «
la filiale allemande dilapide impunément, et sans vergogne
les efforts draconiens d’économie réalisés
par la filiale française ».
Le gouvernement français est indigné
», déclara M. Gérard Larcher, oubliant
que c’est ce gouvernement qui a préféré
passer à une firme portugaise l’entretien des Lockheed
C 130 de l’armée de l’air privant ainsi de
travail les spécialistes de la Sogerma. EADS s’est
engagé à réindustrialiser le site en préservant
ainsi la moitié des effectifs.
Au début de janvier 2006 la presse annonce
que EADS supprimerait 670 emplois dans son département
« Défense Aéronautique »,
cela après avoir déclaré qu’il était
envisagé d’assembler des Airbus en Chine (avec les
suppressions en Europe des emplois correspondants).
On comprend qu’entre le 15 et le 20 mars
les cadres français d’EADS aient vendu quelque 520.000
actions qu’ils détenaient et ce serait en humoriste
qu’Arnaud Lagardère a déclaré au «
Monde » daté du 16 juin 2006 : « Nous avons
été Manfred Bischoff, co-président d’
EADS et moi très surpris par la réaction aux retards,
avec la chute du titre… Notre décision de vendre
7,5 % du capital de EADS a été prise à la
rentrée de 2005… ».
« Nous n’étions pas informés
» plaident les coupables pourtant largement rétribués
pour bien connaître le bilan de leur gestion… EADS
est un exemple de la politique industrielle communautaire à
éviter. Avant que les exigences de la « construction
européenne » conduisent à une pareille
aberration, les industriels de l’armement avaient su concilier
coopération et efficacité. Ils s’en étaient
remis au principe des « maîtrises d’œuvre
croisées ». Un maître d’œuvre
– national – des sous traitants étrangers associés
et, à titre de compensation, d’autres nations assurant
la maîtrise d’œuvre de projets semblables.
Ainsi ont été éliminées les rivalités
de personnes et écartées les prétentions
nationales.
Aux Etats, qui entendaient se désengager
politiquement et financièrement, de venir à la rescousse
d’une entreprise qu’ils ont
mise en perdition.
Annexe
à la note relative à EADS
-Au cours de ces trente dernières années la Vème
République a pratiquement renoncé à exercer
la plus régalienne des ses missions : assurer dans
l’indépendance, la Défense et la Sécurité
de la nation. Elle n’a pas soutenu son industrie d’armement
sans laquelle, dans l’indépendance, il ne peut y
avoir recours aux armes, ou même à la menace d’en
user.
-Elle a démantelé son industrie
aérospatiale en privatisant la « société
nationale aérospatiale » et en la transformant
en une société germano-française, au siège
hollandais, et dont la quête de profit est le principal
objectif.
-Elle a perdu le marché des avions
de combat qu’elle avait quasi mondialement conquis au cours
des « vingt glorieuses » (1955 - 1975).
-Elle a laissé aux constructeurs
d’outre-Atlantique les approvisionnements en matériels
terrestres notamment en réduisant les activités
de GIATT Industries.
Aux origines de ce désengagement en matière de Défense
et de Sécurité se trouvent la « construction
européenne », qui vise à effacer la nation,
des Institutions démagogiques et une surprenante carence
politique et technique du pouvoir.
La crise profonde dont souffre aujourd’hui
EADS est justifiée par les erreurs des gouvernements
successifs ignorant les conséquences du progrès
technique notamment en matière aéronautique, discipline
à évolution rapide, dont les responsables politiques
n’ont su en tenir compte.
Un certain nombre de données techniques
et opérationnelles ont pourtant été déterminantes
:
1° - Après qu’une vitesse double de celle du
son eut été franchie (en juillet 1956, soit près
de 700 mètres/seconde à 15° centigrades) tous
les avions de combat piétinent devant le mur de la chaleur,
la chaleur de friction.
2° - Avant cette performance, chaque année ou presque,
les ingénieurs gagnaient quelques kilomètres/heure
périmant rapidement les appareils moins rapides, la vitesse
étant le critère essentiel au combat. D’où
le nombre élevé des bureaux d’études,
la multiplication des programmes, les générations
d’avions se succédant à une cadence rapide.
3° - Depuis que le « mur de la chaleur » aligne
les appareils sur la même performance de vitesse, la vie
opérationnelle d’un même appareil a été
considérablement prolongée, le progrès visant
l’équipement et l’armement et non plus un gain
de vitesse.
C’est ainsi que conçu en 1956, le Mirage III
est encore en service outre-mer. Soit un demi siècle au
lieu d’une quinzaine d’années de vie opérationnelle
effective.
4° - Hier, entre la conception d’un nouvel avion et
sa mise en service en unité, six ou sept années
de travail étaient nécessaires. Valable dix ou quinze
ans, l’appareil devait être remplacé par un
matériel plus performant si bien que les bureaux d’études
et que les usines ne demeuraient pas sans travail. Aujourd’hui
c’est sur 40 ou 50 ans que se renouvelle le matériel.
5° - Les industriels pallient les inconvénients de
cette nouvelle réalité par une longue gestation
de leurs projets – de plus en plus complexes – et
par l’exportation en spéculant sur l’étalement
des commandes, les gouvernements étrangers ayant des besoins
spécifiques à des moments différents.
En France, dès le début des années 80 il
n’a été tenu nul compte de cette mutation
dans la durée d’utilisation des avions de combat.
6° - Soucieux de donner des successeurs aux familles Mirage
III et Mirage IV, en décembre 1976, M. Marcel Dassault
se rendit à l’Elysée y proposer le lancement
de deux nouveaux prototypes :
-un monomoteur, le Mirage 2000 version très améliorée
des Mirage III et F 1.
-un bimoteur (Mirage 4000) à long rayon d’action
éventuel successeur du Mirage IV.
L’industrie prendrait à sa
charge le développement du monomoteur, l’Etat finançant
les mêmes opérations pour le bimoteur qui eût
été l’avion de la projection de la force à
distance de la nouvelle stratégie française.
M. Giscard d’Estaing inversa la proposition prenant à
la charge de l’Etat le développement du Mirage 2000
et s’en remettant aux ressources de M. Dassault pour réaliser
la mise point et l’industrialisation du bimoteur Mirage
4000.
C’était condamner ce deuxième appareil trop
coûteux pour l’industriel. En dépit de ses
très hautes performances le 4000 sera envoyé au
Musée de l’air, y demeurant à l’état
d’unique prototype.
Prise en 1977, la décision relative
au Mirage 2000 assurait à la France, pendant une quarantaine
d’années – c’est-à-dire jusqu’en
2010/2015 un excellent monomoteur de combat.
Mais en 1981, Charles Hernu devient ministre
de la Défense et cherche à attacher son nom à
un nouveau programme. C’était devancer d’au
moins une vingtaine d’années la satisfaction des
besoins de l’Armée de l’air, c’était
bousculer le projet de MD 2000 en cours de réalisation,
la France n’ayant pas les moyens de conduire simultanément
deux programmes d’études et de fabrication de deux
appareils voisins.
Hernu voulait prendre l’initiative
d’un projet européen avec la participation de l’Allemagne,
de la Grande-Bretagne, du Benelux, voire de l’Italie et
de l’Espagne.
C’était ne pas tenir compte
des réalisations antérieures de l’Allemagne
et du Royaume Uni. Allemands et Anglais voulaient que le nouvel
appareil soit propulsé par les réacteurs de l’avion
« Tornado », réacteurs développés
par les 2 pays et réacteurs à la forte poussée
qui eussent équipé un avion plus lourd jugé
trop coûteux pour les Français. De surcroît,
c’eût été un coup fatal porté
à la SNECMA qui, en liaison avec General Electric étudiait
un réacteur à la mesure du projet français
d’avion Rafale.
Mais Londres et Bonn s’assurèrent
la coopération de Rome et de Madrid, soit la commande de
plus de 600 appareils fabriqués en 3 tranches. Ainsi est
né l’avion Eurofighter anglo-allemand, concurrent
du Rafale commandé en France, en petit nombre, faute de
crédits. De surcroît, EADS fait campagne
pour l’Eurofighter au détriment du Rafale français.
Et l’Etat détient encore 15 % du capital d’EADS
si bien qu’il finance un avion concurrent de celui qu’ont
payé les contribuables français et qui correspondait
aux futurs besoins de l’Armée de l’air.
Ainsi a été perdu le vaste
marché des avions de combat gagné jadis par la France.
Ses matériels aériens étaient utilisés
dans de nombreux pays, cités pêle-mêle ci-dessous
: Allemagne, Afrique du Sud, Argentine, Belgique, Brésil,
Inde, Irak, Israël, Libye, Maroc, Pakistan, Pays-Bas, Turquie
etc…
Ainsi ont été privés de travail des centaines
de milliers de spécialistes et mis en sommeil un des meilleurs
bureaux d’études aéronautiques.
Et EADS et le mythe européen
ne sont pas étrangers à ce sinistre de notre avenir
aérospatial.
Le Rafale a été dessiné en 1982 - 1983. Il
devait être initialement l’ « avion européen »
des années 1995 - 2000. Il avait été défini
comme avion de combat polyvalent (supériorité aérienne
et attaque au sol) remplaçant les versions différentes
du Mirage 2000 lancé vingt ans plus tôt. C’est
dire qu’il se superposait au programme 2000. Le premier
vol du prototype eût lieu en 1991 et il était envisagé
de produire 294 Rafale en 30 ans, 59 ayant été commandés
en décembre 2004. Faute de crédits, la mise au point
de l’appareil aux équipements sans cesse perfectionnés
a été fort longue si bien que l’Armée
de l’air a attendu plus de vingt ans la mise sur pied d’une
première unité de Rafale (mai 2006).
En 2003, le Ministère n’a pu
financer que la fabrication de deux Rafale dans l’année.
Tous les programmes qu’ils soient français ou européens
traînent en longueur.
- Le GPS européen a 30 ans de retard
sur l’américain. Et encore ce sont des fusées
russes qui mettent ses premiers satellites sur orbite.
- Le besoin d’un avion cargo militaire
a été manifesté en 1990. Seize ans plus tard
le premier prototype n’avait pas encore effectué
son vol initial.
- La mise au point de l’avion Eurofighter
n’a pas été aisée non plus (alors que,
d’emblée, le Rafale s’est révélé
particulièrement réussi).
-Les constructions navales travaillent également
au ralenti. Peut-être commandé en 2009, après
des années de tergiversation, le porte-avion destiné
à remplacer le Foch n’entrera guère en service
qu’en 2015 après un chantier de 5 à 6 ans
(et une vie opérationnelle d’une quarantaine d’années).
Il emportera une trentaine de Rafale Marine qui remplaceront les
Super Etandard (dont le prototype remonte à 1957) et qui,
modifiés, auront servi près de deux tiers de siècle.
L’armée de terre n’a pas été
mieux servie.
La triste déconfiture de GIATT Industries accompagne le
renoncement en matière aérospatiale.
A partir de 1990 le gouvernement entama
la liquidation de GIATT Industries : arrêt des commandes
d’artilleurs, réduction de production annuelle des
chars Leclerc (de 100 à une vingtaine), baisse des commandes
de munitions.
-Liquidation de Métal Europe.
-Mainmise norvégienne sur Alstom
- St Nazaire.
-Contraction d’Eromet et d’Embert
et Duval (alliages spéciaux).
-Mainmise sur Péchiney par Alcan,
de Mittal sur Arcelor.
-Suppression de 3750 emplois à GIATT
Industries et de 1000 emplois chez Schneider Electric.
-3000 emplois en moins chez S.T Micro Electronique
qui délocalise en Chine
-En 10 ans la France a perdu 60.000 emplois
dans la chimie.
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