| Mordicus
juillet 2006
Liban :
la force de la faiblesse
L’étude de l’Histoire enseigne
que durant certaines courtes périodes s’accumulent
les signes annonciateurs des grandes tourmentes qui, par la
suite, vont bouleverser durablement les rapports de force entre
les peuples. Ce pourrait être le cas de ce mois de juin
2006.
En effet, tandis qu’étaient réunies
les conditions de la guerre qui ravage à nouveau le Liban,
sur l’autre versant du monde, le 15 juin, Moscou et Pékin
célébraient le 5ème anniversaire de la
mise sur pied de l’Organisation de Coopération
de Shanghai. Cette OCS rassemble aussi quatre des républiques
musulmanes ex-soviétiques d’Asie Centrale et intéresse
l’Iran et l’Inde, le Pakistan et l’Afghanistan
qui participaient à la réunion en candidats à
l’adhésion ou en observateurs. Ainsi, quelque 60
ans après la signature du traité de l’Atlantique
Nord, voici qu’à l’initiative de Pékin
et de Moscou, se constitue une organisation politique antagoniste,
le monde d’Asie-Pacifique se préparant à
affronter le monde Euro-Atlantique. Affrontement politique,
économique, social et aussi culturel, les deux civilisations
ayant été, séculairement, très différentes.
Ce gigantesque heurt sera dominé par les trois facteurs
déterminants du siècle : la disponibilité
des ressources énergétiques indispensables au
développement, l’accès aux matières
premières nécessaires à la frénésie
de production et de consommation, enfin, la faculté d’être
en état d’innovation scientifique permanente.
Il s’agit là, d’hypothèses vérifiables
au cours des prochaines années. Aujourd’hui, au
Moyen-Orient, ce sont les faits qui commandent.
Une série d’événements
relativement mineurs si on les compare à leurs terribles
conséquences aurait exacerbé, localement, les
tensions latentes, déclenché l’explosion
et la montée aux extrêmes au moment que les deux
adversaires ont jugé opportun. Voici les faits :
1° Le 15 juin, Damas et Téhéran,
par l’intermédiaire de leur ministre de la Défense
respectif, signent une sorte de pacte de sécurité
commune. Une commission mixte est mise sur pied pour veiller
aux multiples applications du traité. Son contenu n’a
pas été révélé mais il doit
constituer une nouvelle « feuille de route » pour
les deux gouvernements alliés contre deux ennemis communs
: l’Etat d’Israël et les Etats-Unis, le sunnisme
syrien s’accommodant du chiisme iranien. Si l’Iran
s’engage à poursuivre le renforcement de la puissance
militaire de la Syrie, à lui fournir des missiles offensifs
et défensifs, de l’artillerie, des chars d’assaut
et aussi à financer les achats d’armes que Damas
pourrait acquérir ailleurs en Russie par exemple ? en
échange, l’aide syrienne au Hezbollah libanais
doit être discrètement accentuée afin que
l’Iran consolide son implantation chiite à la frontière
septentrionale de l’Etat d’Israël, atout pour
la diplomatie iranienne dans les négociations avec les
Occidentaux. La mention officielle de cession de missiles offensifs
(Katioucha, Scud et Frog modifiés, Shalin iraniens et
éventuellement aussi des matériels balistiques
russes, place l’Etat d’Israël dans une position
de vulnérabilité nouvelle).
Dérisoires sont devenus les grillages et les centaines
de kilomètres de mur de béton ; même à
courte portée des engins tels que les roquettes tiennent
sous leur menace l’habitat israélien. Et sur des
zones de plus en plus étendues avec l’accroissement
de la portée. Aux imprévisibles kamikazes palestiniens
succèdent les imparables Katioucha et la vulnérabilité
des cités israéliennes est substituée aux
attentats urbains suicidaires. Même des engins imprécis,
rudimentaires, mais utilisés en nombre – plusieurs
dizaines de milliers ? peuvent faire beaucoup de mal. En quelque
sorte, le traité du 15 juin officialise cette menace.
En octobre 1989, les accords de Taëf avait imposé
le désarmement des milices libanaises mais, prétextant
la présence de forces israéliennes au Liban sud,
le Hezbollah avait conservé, et même accru sa panoplie
(notamment avec des roquettes). En mai 2000, Israël se
retire du sud du Liban (peuplé majoritairement de chiites
qui forment approximativement le tiers de la population libanaise).
Ce retrait était une victoire pour le Hezbollah et aussi
pour lui le moyen de transformer en camp retranché cette
zone-tampon (dépôts d’armes, bunkers, postes
de commandement souterrains) d’où, aujourd’hui,
le Hezbollah peut frapper le nord de l’Etat d’Israël
et demain, avec des engins de 200 ou 300 kilomètres de
portée, au-delà de Tel Aviv. (Menace dont Téhéran
se réserve sans doute l’emploi dans le cas où
l’Iran serait la cible des armes américano-israéliennes).
Il faut bien admettre que le traité du 15 juin, consacrant
les déclarations du pouvoir des mollahs constitue un
sérieux péril pour l’Etat d’Israël.
2° Le Monde daté du 22 juillet nous
apprend que, le 25 juin, le premier ministre israélien
Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas, président palestinien
ont eu un entretien à Pétra en vue de reprendre
la négociation OLP-Israël. La rencontre aurait eu
lieu à l’initiative du roi de Jordanie, probablement
à la demande du Département d’Etat.
3° Le même 25 juin, le caporal israélien
Gilad Shalit a été capturé par des commandos
palestiniens opérant dans la bande de Gaza, tandis que
des roquettes tombaient sur le nord de l’Etat d’Israël.
S’agissait-il de négocier avec Israël la libération
de prisonniers palestiniens en échange de la liberté
rendue à Shalit ? Ou, dans le même temps que se
déroulait la rencontre de Pétra, était-ce
le moyen de mettre fin à ce début de dialogue,
le Hamas violemment anti-israélien ayant eu les faveurs
de l’électorat palestinien ?
4° Le 27 juin, Tsahal intervient à
Gaza sanctionnant la capture de son caporal. Le gouvernement
israélien refuse d’échanger 1000 Palestiniens
incarcérés contre la liberté de Gilad Shalit
(3 juillet) et ré-occupe militairement un secteur nord
de la bande de Gaza.
5° Le 12 juillet, escarmouche à un
poste frontière entre le Hezbollah et une petite formation
israélienne. Trois soldats de Tsahal ont été
capturés et huit autres tués. Le lendemain, Tsahal
réagit fortement par des bombardements visant, au Liban,
le déploiement du Hezbollah et en pratiquant le blocus
terrestre, aérien et maritime du Liban. Un mois après
la signature du traité Irano-Syrien une nouvelle guerre
israélo-arabe commence et, le 15 juillet Haïfa est
la cible d’un tir d’engins Katioucha.
Moins d’un mois après le déclenchement
des hostilités, ses conséquences – aux répercussions
quasi-mondiales ? sont bien malaisément discernables.
En revanche, les événements contemporains constituent
autant de constats dont l’avenir tiendra compte.
1° D’abord ceux qui ont directement
trait à la victime, le Liban, théâtre de
cette nouvelle guerre israélo-arabe.
Ses quelque 4 millions d’habitants sont fractionnés
en une vingtaine de communautés ethniques et confessionnelles,
autant de partis politiques, eux-mêmes dominés
par des mouvements tels, dans la majorité musulmane,
le Amal de Nabib Berri maintenant associé au Hezbollah,
le parti de Dieu, dirigé par Hassan Nasrallah, formations
farouchement anti-sionistes et anti-américaines.
Le retrait des forces syriennes, le respect de la souveraineté
libanaise (selon les exigences de la Résolution 1559
du 2 septembre 2004) n’ont pas été suivis
de la formation d’un gouvernement fort, en mesure de forger
une unité nationale en maîtrisant ces diversités
ethniques et confessionnelles. C’est ainsi que les modestes
formations de l’armée « nationale »
libanaise seraient bien en peine de désarmer le Hezbollah,
d’autant qu’elles comptent une majorité de
chiites. En revanche, le parti de Hassan Nasrallah, né
de la résistance à l’occupation israélienne,
est devenu le champion de la lutte contre l’Etat d’Israël,
et, à ce titre, il recueille le soutien d’une large
fraction de la population des pays de l’Islam. D’où
l’éventuel envoi d’une force armée
internationale, fournie par l’OTAN (déjà
engagée en Afghanistan, en Irak, sollicitée pour
le Darfour, voire le Caucase) et qui, occupant le territoire
libanais, paralyserait le Hezbollah et serait sans doute victime
d’attentats semblables à ceux de 1983 tout en renforçant
la résistance à la présence de forces étrangères.
Il n’en demeure pas moins que, bien que participant au
gouvernement du Liban, le Hezbollah a délibérément
provoqué la destruction de l’infrastructure de
son pays. Il devait bien se douter que l’Etat d’Israël
ne pourrait admettre de vivre sous la menace d’une avalanche
de roquettes imparables et qu’il saisirait le moindre
prétexte – par exemple la capture d’un de
ses militaires ? pour intervenir massivement.
Le « parti de Dieu » se serait aussi comporté
comme s’il voulait démontrer qu’un Liban
souverain n’était pas viable et que seule une présence
syrienne rétablirait l’équilibre entre Israël
et un ensemble Libano-Syrien, la Syrie puissamment armée
incitant Tsahal à composer avec Damas, donc avec Beyrouth
protégé par Damas
2° Passons aux pays de l’Islam considérés
dans leur ensemble.
Grande, également, est leur diversité,
300 groupes ethniques et 120 langues, selon le recteur Gérard
François Dumont*. Aux divisions internes, d’ordre
religieux : sunnisme, chiisme, wahhabisme, ismaélisme,
etc…. s’ajoutent les clivages créés
par la politique pétrolière des Etats-Unis et
par leur soutien inconditionnel du sionisme. Si une certaine
unanimité anti-juive rallie les populations musulmanes,
leurs gouvernements ont des positions plus nuancées.
Tous déplorent l’existence de l’Etat d’Israël
là où il est mais certains s’en accommodent,
ce qui leur permet d’être en bons termes avec la
superpuissance, de bénéficier de ses subsides
et de commercer avec l’Occident industrialisé.
A cet égard la réunion de la Ligue arabe du 15
juillet, au Caire, est significative. Les événements
du Moyen-Orient ont mis en évidence la différence
des politiques gouvernementales : si l’Arabie Séoudite,
l’Egypte, la Jordanie, le Koweït, Bahrein, le Maroc
et… l’Irak se sont élevés contre les
agissements du Hezbollah, capturant des soldats israéliens
et provocant les représailles israéliennes, l’Algérie,
le Soudan, la Syrie, le Yémen et, naturellement, la Palestine,
ont soutenu l’action du Hezbollah. Tous ont réclamé
un cessez-le-feu immédiat et la compensation, par l’Etat
d’Israël, des destructions subies par le Liban…
Autre source d’oppositions, le vieil antagonisme entre
arabes et perses matérialisé par les gouvernements
des pays sunnites, largement majoritaires et les chiites, essentiellement
iraniens. Les guerres d’Irak et le recours des Etats-Unis
aux chiites irakiens d’une part, les déclarations
fracassantes du président Ahmadinejad d’autre part,
ont fait redouter l’expansion du chiisme, ses empiètements
sur le sunnisme, et les Etats-Unis comme l’Etat d’Israël,
spéculent sur cette discorde chez les adversaires ainsi
durablement affaiblis.
En revanche la passivité de l’Etat d’Israël
devant l’armement du Hezbollah est surprenante. Les travaux
de fortification du sud Liban, le transfert d’Iran en
Syrie, puis au Liban, des armes balistiques ne sont pas des
opérations aisées à dissimuler. Le Mossad
ne pouvait ignorer ces préparatifs qui, dévoilés,
auraient du moins alerté l’opinion et peut-être
déclenché l’intervention de l’ONU.
3°. La Syrie.
Damas occupe une position stratégique et il entend bien
en tirer parti. Contraint de reconnaître l’indépendance
et la souveraineté du Liban le gouvernement syrien ne
s’y résigne pas. Désigné à
la vindicte publique par les Etats-Unis, la Syrie à majorité
sunnite s’est ralliée à la cause iranienne,
chiite, afin de demeurer incontournable dans toute question
relative au destin du peuple du Moyen-Orient. Damas n’admet
pas que le Département d’Etat continue de l’ignorer,
constatant que son gouvernement n’a même pas été
invité à la conférence de Rome relative
à la crise israélo-libanaise bien qu’il
détienne la clé de l’armement du Hezbollah
par Téhéran. Se voulant constructif, le président
Bashar al Assad estime que la solution recherchée réside
dans une négociation globale, le cessez-le-feu général
et l’échange des prisonniers, dispositions qui,
en réalité, ne sont pas à la mesure de
l’ampleur du différend.
4° L’Iran.
Le soutien financier et militaire fourni au Hezbollah par le
gouvernement de Téhéran est de notoriété
publique. On comprend que le régime des mollahs, en quête
d’indépendance politique et stratégique
entretienne l’atout que représente pour lui le
fait d’avoir une sorte de relais militant à la
frontière septentrionale de l’Etat d’Israël.
Si les forces américaines sont présentes aux approches
occidentales (Irak) et orientales (Afghanistan) de l’Iran,
celui-ci par Hezbollah interposé, tient l’Etat
d’Israël sous la menace de ses engins à courte
et moyenne portée. Il ambitionne d’inspirer une
politique anti-américaine et, comme on l’a vu précédemment,
il souscrit aux non-dits du pacte de Shanghaï.
Le Hezbollah bénéfice de l’audience que
lui confère le fait que non seulement il tient tête
à Israël mais qu’il l’attaque, détruisant
ses agglomérations. Il rivalise, ainsi, dans l’anti-
sionisme et l’anti- occidentalisme, avec Al Qaeda, l’emportant
sur Amal, son allié du moment. On conçoit que
les gouvernements musulmans majoritaires - Sunnites - en arrivent
sinon à admettre la victoire de l’Etat d’Israël
du moins à souhaiter l’affaiblissement des mouvements
chiites.
5° Les Etats-Unis.
La politique énergétique de Washington, la quête
et l’appropriation des sources d’énergie
fossile et de ses voies d’acheminement ont amené
les Etats-Unis à pratiquer un bellicisme dont il leur
faut, maintenant, payer le prix.
Occuper et détruire l’Irak y a créé
le chaos et, en ce qui nous concerne ici, fait le jeu de l’Iran
débarrassé d’un adversaire entreprenant.
De surcroît Téhéran peut avoir une certaine
influence sur la majorité chiite irakienne formant –
démocratiquement ?le gouvernement de Bagdad ce qui ne
laisse pas d’être inquiétant pour les Etats-Unis.
Pour Washington, les représailles exercées par
l’Etat d’Israël présentent l’avantage
de viser – et d’obtenir au moins partiellement ?
le désarmement du Hezbollah et, par conséquent,
de battre en brèche la politique de l’ennemi iranien
au Moyen-Orient. Le rejet, par la Maison-Blanche, du projet
de cessez-le-feu devait laisser à Tsahal le temps de
détruire l’infrastructure du « parti de Dieu
» et consacrer l’échec à la fois de
l’Iran et de la Syrie. Double succès pour Washington.
Mais la « communauté » internationale, ou
du moins les gouvernements qui prétendent la représenter,
tenus par leurs opinions politiques respectives, ne tolèrent
pas le matraquage du Liban et exigent un cessez-le-feu, lequel
interviendrait avant que Tsahal ait achevé son entreprise
de démolition et de neutralisation définitive
des capacités offensives du binôme Iran-Hezbollah.
Dès son arrivée à Beyrouth Mme Rice avait
laissé entendre qu’elle tiendrait compte de l’opinion
quant à l’urgence d’un cessez-le-feu.
6° Union européenne.
Au crédit de cette partie du vieux monde il faut porter
la rapidité avec laquelle ont été organisées
et pratiquées les évacuations des populations
fuyant les bombardements. En revanche, « l’Union
Européenne puissance » a adopté un profil
bas, ne sachant guère que parler pour clamer les banalités
sur les épreuves de la guerre, l’obligation d’y
mettre un terme, l’évaluation des dégâts
etc…Ce fut également une occasion de se faire apprécier
par l’électorat en tenant des propos généreux
et en apparaissant le plus souvent possible sur les écrans
de la télévision. La politique intérieure
commande et cette guerre offrait une occasion à ne pas
manquer.
Certes, l’envoi d’une force d’interposition
est une solution, au moins temporaire à laquelle il est
facile – et commode ?
de se rallier. Mais rares sont les gouvernements prêts
à fournir les contingents nécessaires. Les événements
de 1983 et les attentats visant
les soldats américains et français incitent à
la prudence. Les gouvernements de l’Union Européenne
rechignent à intervenir militairement, ce qui reviendrait
à prendre parti aux dépens des Palestiniens. Aussi
invoque-t-on de nombreux obstacles :
D’abord être sollicité par l’Etat libanais
et par l’Etat d’Israël, obtenir un mandat précis
des Nations Unies, avoir l’accord de Mons (OTAN) et de
Bruxelles (UE) et tout cela en dépit des réserves
de Washington qui a déjà annoncé ne pas
vouloir participer à cette force d’interposition.
Le double échec de la mission Rice (délibéré)
et de la rencontre de Rome est un succès pour Washington
qui entend laisser à Israël le temps d’éliminer
le Hezbollah affronté à terre au sud Liban (d’où
la « bavure » dont a été victime la
Finul).
En ce qui concerne l’activité verbale, diplomatique,
la France a déployé de louables efforts. Mais
force est de constater que ses créations politiques,
celles qu’elle avait agencées après une
victoire chèrement payée, ses créations
ont la vie courte. Le gouvernement de M. Mitterrand pour plaire
à l’ami Kohl a fortement contribué à
démanteler la Yougoslavie , l’Allemagne s’est
chargée de « casser » la Tchécoslovaquie
– et de deux, tandis que l’Iran mettait, par Israël
interposé, le Liban à feu et à sang. Et
de trois ? Dans ce domaine également, la Vème
République est devenue une entreprise de liquidation
des acquis du passé national.
7° L’Etat d’Israël.
On a vu précédemment que la transformation du
Sud Liban en camp retranché par le Hezbollah semble avoir
échappé à la vigilance des services de
renseignements israéliens, ce qui est surprenant. Comme
est surprenante la passivité des Nations Unies devant
l’armement du Hezbollah, la non-observation des prescriptions
de la Résolution 1559 et le trafic d’armes Iran
- Syrie qui ne pouvait être dissimulé.
Les manœuvres de Washington visant à accorder à
l’Etat d’Israël près de deux semaines
supplémentaires de bombardement pour neutraliser le Hezbollah,
ont encore accru l’opposition des populations musulmanes
aux agissements de la superpuissance. Et fortement embarrassé
les gouvernements arabes qui entendent composer avec elle.
Mais, surtout, les événements qui ont à
nouveau ensanglanté le Proche-Orient bouleversent de
fond en comble les conditions de la sécurité –
et même de la survie ? de l’Etat d’Israël.
Jusqu’à ces derniers jours, terrorisme
islamique mis à part, les guerres israélo-arabes
avaient été conduites, de chaque côté,
avec les armes classiques du combat aéro-terrestre :
chars, canons, avions. L’irruption de l’engin balistique,
fût-il rudimentaire, crée pour l’Etat d’Israël
un terrible péril. A courte et moyenne portée
ces engins sont imparables et leurs effets dévastateurs
insupportables. Si les adversaires voisins de l’Etat d’Israël
venaient à les utiliser en nombre, Tsahal n’aurait
d’autre recours que l’invasion et l’occupation
permanente des territoires d’où ils peuvent être
lancés (géographiquement, l’Egypte et la
Syrie, la Jordanie etc….) ce qui n’est pas, politiquement,
concevable. Si bien que, dans l’avenir, la survie de l’Etat
d’Israël en viendrait à dépendre des
relations – financières et politiques ? que Washington
entretiendrait avec les gouvernements de ces voisins potentiellement
capables d’atteindre le vieil objectif du monde arabe
en ce qui concerne l’Etat israélien.
A ce titre, la démarche iranienne n’est
pas limitée aux propos iconoclastes du président
Ahmadinejad.
Elle risque d’instaurer un ordre nouveau
au Proche-Orient.
Général Gallois
*J. Dupâquier – Yves-Marie Laulan. L’avenir
démographique des grandes religions.
F.x. de Guibert. Paris. 2005. p. 34
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