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Au numéro 15
(mars 2005)
Autant vous le dire tout de suite
: il s’agit d’un numéro d’exception. Nous l’avons
lu et le relisons avec à la fois une grande joie et beaucoup
de gravité. Nous tenons à vous faire partager l’excellence
de cette réussite. Nous vous présenterons donc ce numéro
en deux parties.
- I -
En couverture, Pieter Bruegel l’Ancien
est appelé en renfort. L’illustration qui nous est offerte
a pour fondation un Non jamais démenti. L’Europe qui nous
est proposée n’a pas meilleure mine que la Tour de Babel.
A lire l’Edito, vous acquiescerez : La « République »
n’est guère plus vaillante…
Au royaume de l’imposture, les jours se suivent et se ressemblent.
Un Michel Onfray remplace un BHL.
Et l’avenir s’annonce déjà comme le creuset
de mille renoncements. Nos collèges, eux aussi, rivaliseront
avec la Tour de Babel, et ce grâce au fameux « bloc »
des connaissances.
L’histoire devient une matière optionnelle.
« La haine du passé (surtout
national) est en revanche obligatoire… En France, on ne doit pas
dire que la République est née dans la Terreur et la persécution
des catholiques… ».
Le constat est à retenir : Aujourd’hui,
la « République » n’est d’ailleurs
plus rien du tout : une ombre historique, un résidu
de principe, un procès perpétuel à la vie nationale,
un rouage de l’intégration étatique. Elle n’a
rien pour attirer la confiance, encore moins pour susciter l’amour…
Et comme le notait Gustave Thibon, le conformisme a changé de
camp, « il est passé du côté
de la négation des valeurs spirituelles et morales qui ont fait
notre civilisation. »
Pas besoin de vous faire un dessin…
Nous aimons beaucoup !
Nous avons oublié de vous avertir
que « Les Epées » ont pris du poids. Ce
numéro est lourd en main. Ce n’est pas dû à
une surcharge de plomb – bien que le nombre de ceux qui ont besoin
de plomb dans la tête ne cesse d’augmenter -, mais 75 pages
vous attendent !
« La construction communautaire
: un coup d’Etat permanent »
Tout commence décidemment bien grâce à Patrick Longuet.
Nous avons droit à la version condensée d’une communication
présentée au colloque : « Le
coup d’Etat, recours à la force ou dernier mot du politique »
qui se tenait à l’Université de Caen-Basse-Normandie
en décembre 2004.
Entamant par quelques brefs rappels historiques, l’auteur nous
conduit à une évidence : l’Europe se construit
par une succession de coups d’Etat au profit de quelques-uns.
En effet pour faire un coup d’Etat nul besoin de violence. Patrick
Longuet nous aide à comprendre que la véritable cible
de ce coup d’Etat permanent, n’est ni plus ni moins que
le politique. Et de conclure : « Si,
dans un Etat comme la France, le oui devait l’emporter, le politique
serait effectivement sur le point de rendre son dernier souffle ; en
revanche, si le non devait être majoritaire au soir du referendum,
on pourrait alors parler à juste titre d’un spectaculaire
retour du politique dans la construction européenne, voire d’un
coup d’Etat démocratique. »
Que demande le peuple ? Vous
lirez et relirez ce condensé. Les Actes de ce colloque seront
publiés prochainement chez François-Xavier de Guibert.
Avis aux amateurs !
« Le double effet du
NON »
Jean- Baptiste Barthélémy voit double, magistralement !
Il définit sobrement ce que serait une Europe digne de ce nom
: « …une Europe constituant
une communauté organique des nations, une Europe dont les membres,
parce qu’ils ont en commun la géographie et l’histoire,
parce qu’ils partagent des éléments d’une
homogénéité substantielle, peuvent envisager de
coopérer durablement et, surtout, souverainement, c’est-à-dire
sans avoir besoin de recourir à la contrainte fédérale.
Et dans cette Europe-là, la Turquie n’a pas sa place. »
L’Europe fédéraliste,
elle, est épinglée : « Construite
sans les peuples, contre les nations mais par et pour des élites
mondialisées, cette Europe artificielle ne repose sur rien de
concret ou de tangible, si ce n’est les intérêts
partagés de minorités agissantes. »
Jacques Chirac le Fossoyeur n’est
pas oublié, rassurez-vous ! Mais le « Non »
à la Constitution européenne sera aussi un Non à
l’entrée de la Turquie.
Parfois les victoires sont plus difficiles à gérer que
les débats. Si Jean-Baptiste Barthélémy nous rappelle
qu’ « un referendum n’est pas une consultation
électorale à vocation gouvernementale », il
entrevoit que la question du renouvellement du personnel gouvernemental
sera clairement posée, majorité et opposition confondue.
Et de conclure, histoire de nous motiver tous : « En
cas de victoire du Non, on ne fera évidemment pas l’économie
d’une profonde remise en cause de notre vie politique. Le troisième
effet du Non en quelque sorte… » Jean-Baptiste
Barthélémy voit triple ! Pour notre plus grand plaisir…
« Plaidoyer en forme
de paradoxe »
Frédéric Rouvillois se tient à la barre et nous
offre une plaidoirie capétienne du meilleur tonneau. Il n’est
pas dupe de la volonté des François Bayrou et de toute
leur smala de bâtir une Europe démocrate-chrétienne…
Dans cette Europe, la Turquie qui empêcherait la naissance d’un
peuple européen, n’aurait aucune place. Et si Frédéric
Rouvillois comprend les motifs électoraux des souverainistes
qui les font refuser « parfois
très violemment, une telle adhésion »,
il conclut en s’appuyant sur une déclaration de Kissinger
« L’entrée de la
Turquie, si j’étais européen, je serais contre.
Mais je suis Américain, alors je suis pour. »
Etant Français, avant d’être Européen, je
suis pour également.
Son plaidoyer allie talent, clairvoyance et grand sens politique. Rouvillois
le Capétien , c’est autre chose que Chirac le Fossoyeur !
Et Chypre dans tout cela ? Notre
ami Elie Hatem était tout désigné pour nous rappeler :
« La question Chypriote : un obstacle européen
à la Turquie ? »
La bergerie est byzantine à souhait. Il y a certes un loup tout
désigné, mais les coyotes ne manquent pas… La situation
géographique de la troisième île de la Méditerranée
– par la taille – lui cause bien des soucis et
cela ne date pas d’hier ! Il y a deux façons de regarder
Chypre : par le petit bout de la lorgnette et par le grand
bout… Elie Hatem, lui, nous fait regarder Chypre dans toutes les
largeurs… sans Elie Hatem vous n’y comprendrez rien, et
nous avec ! Un vrai cours de géopolitique.
« La charité
ou la mort »
Tout le monde n’a pas Sharon Stone sous la main…
Laurent Dandrieu s’en donne à cœur joie. Tous se bousculent
devant l’objectif pour que leur charité soit gravée
dans nos mémoires. Etre « People » impose
d’être généreux et rien ne vous empêche
de dénoncer les pingres. Et nous alors ? Nous qui avons
appris que la charité vraie devait respecter le principe évangélique : « lorsque
la main droite donne, la main gauche elle-même doit l’ignorer. »
Nous sommes menacés de camp de rééducation. Et
en prime nous ne pourrons même pas afficher dans notre cellule
un poster de l’héroïne de « Basic Instinct ».
En deux mots l’Enfer !
« Ere du vide ère
de la transparence »
ou « Liberté, légèreté, transparence
»
Article décapant de Serge Degrim. Décloisonner !
Tel est le mot d’ordre.
« L’habitat moderne se doit
d’être aussi ouvert, modelé dans des matières
aussi transparentes que son habitant. L’habitat béant et
l’habitant béat, le même courant d’air doit
pouvoir les traverser. » extraits pour la mise en
bouche ! Après lecture prière de se retirer sous
sa tente…
« Laïcité
»
Le « Sévillia » nouveau est arrivé, il y a
quelque temps, et nous révélait « Quand les
catholiques étaient hors la loi »… Mais nos
amis se devaient de s’en faire l’écho. Ils ont donc
séquestré Jean Sévillia le temps d’un entretien.
Tournons nous vers l’avenir : « Je
ne crois pas aux théories de Marcel Gauchet sur le désenchantement
inéluctable du monde. Dieu est maître de son Eglise. Il
n’y a pas de fatalité à la disparition du christianisme
en France… quand j’avais 18 ans on n’aurait pas trouvé
100 000 jeunes Français pour se rassembler avec le Pape. C’est
un signe d’espoir, une chrétienté qui se reconstruit. »
Rien n’est inéluctable…
« Les conséquences
économiques du Tsunami »
Un lourd bilan humain, mais un impact économique globalement
limité.
Robert Grégoire nous trace les grandes lignes de ce bilan sous
l’angle de l’économiste. Rien à redire.
« Parenté incertaine,
parents douteux… »
Alain Raison tente de cerner les contours incertains de la parenté.
Pour être bref et vous donner envie de lire ce sujet fort bien
traité « C’est le
désir qui unit et sépare les couples, c’est le désir
qui rend une grossesse « normale » ou « accidentelle »,
distingue l’enfant souhaité de l’embryon indésirable. »
Alain Raison ne néglige aucun aspect de ce sujet qui est un véritable
enjeu de société. Il passe au crible « Métamorphoses
de la parenté » de Maurice Godelier (Fayard). Nous
ne le savions pas : Nous sommes enfin libérés
et la famille n’est pas le fondement de la société
: « Nous avons été
si naïfs de croire en un ordre naturel : mea culpa ».
Aussi nous ne pouvons que nous ranger à la conclusion d’Alain
Raison « Le lien social risque
d’être érodé par un pluralisme aussi radical
quant aux principes fondamentaux de la nature humaine. Il va falloir
que les défenseurs de la famille en prennent acte. La question
des mœurs est étroitement liée a la question des
institutions. La défense de la famille appelle une refondation
politique, une autre forme d’Etat… » Si
vous n’avez pas compris…
Et cerise sur le cadeau, c’est
Michel Rouche, professeur d’histoire à la Sorbonne, directeur
de la revue Alliance ainsi que de l’Institut de la famille du
diocèse de Paris qui vient à la rescousse :
« L’altérité dans le couple est un
progrès récent à défendre »
Vous comprendrez que : « Si l’amour
n’est pas choisi librement, s’il n’est pas acceptation
de l’autre dans sa différence alors il n’est qu’une
illusion égotique. L’hypertrophie du sentiment amoureux
masque une régression de l’amour : on est tellement
persuadé que le sentiment amoureux doit être toujours présent
qu’à force de le magnifier, dès que survient une
petite « panne », une crise dans le couple, on
considère qu’on ne s’aime plus et qu’il faut
se quitter. »
« La survalorisation du désir
individuel et du sentiment amoureux fait de nous des analphabètes
du cœur : on préfère être porté
par la passion plutôt qu’aimer librement c’est-à-dire
aimer l’autre en vérité, pour ce qu’il est
dans sa différence et non pour les satisfactions sentimentales
éprouvées à sa vue. » Toujours
rappeler nos fondamentaux… Bravo pour cet entretien !
Sans transition : «
Images terroristes » par Marie-Gabrielle Petit.
Les images sont une arme de guerre et il convient de les utiliser avec
mesure, quitte à les cacher. Et quand la guerre est « terroriste » ?
Ce sujet est abordé avec sensibilité, non sans raison
garder.
« La justice et la colère
: du bon usage de l’indignation »
Dans ce numéro, les surprises ne manquent pas. Jean-François
Mattéi est reçu par Stéphane Giocanti. Membre de
l’Institut universitaire de France et philosophe enseignant à
l’Université de Nice-Sophia-Antipolis, le professeur Mattéi
nous surprend encore avec son dernier essai « De l’indignation »
(La Table Ronde – Collection Contretemps)
Tout tourne autour de la dignité, de cette soif, jamais assouvie,
de justice. Mais les dérives actuelles nous éloignent
du cœur du sujet :
« …je tente d’établir
que l’indignation est le sentiment premier, à ce titre
irréductible à tout autre affect, qui révèle
l’existence de la justice. »
« L’indignation ne peut
révéler la dignité d’un être, soumis
à une injustice, que lorsqu’elle se dresse immédiatement,
sans calcul, devant l’indignité infligée à
un homme singulier. Il ne peut y avoir d’indignations collectives
sinon celles du ressentiment, comme l’a montré Nietzsche.
La seule indignation qui donne un sens à l’exigence de
justice est cette indignation naturelle qui, selon le mot de Bernanos
dans « Les enfants humiliés », est le cri
spontané d’une conscience outragée par le scandale. »
Un grand merci professeur et merci Stéphane.
Baptême d’une nouvelle
rubrique au nom évocateur de « Place Royale »…
« Le discours réactionnaire a-t-il un avenir ?
»
David Foubert et Antoine Clapas ouvrent le feu. A tout seigneur tout
honneur…
Tous les pièges sont démasqués, les borgnes sont
pris pour ce qu’ils sont : des borgnes. Les paresseux
n’échappent pas à l’inventaire et les faux
jeunes « réacs » drapés dans les
chiffons des mythes ne sont pas épargnés. Enfin une pensée
claire et joyeuse ! Rarement les mots ont sonné aussi juste :
« … il vaut mieux prendre
le risque, trouver la bonté d’un engagement qui est la
liberté même, et s’inscrire dans le paysage… »
« A contrario, nous ne haïssons personne ; sans tomber
dans l’angélisme, nous sommes enclins à reconnaître
chaque Français comme un frère et à considérer
chaque homme comme image de dieu à qui l’on peut s’adresser.
Noter œuvre est d’amour : La France que nous voulons défendre
n’est pas le rempart de notre résidence secondaire. Nous
ne sommes pas des réactionnaires ; nous nous efforçons,
tout au plus, d’être des politiques, et des serviteurs loyaux. »
Le chant final de nos amis ne faiblit
pas :
« Dans quelles affres de tourments
l’on risque de plonger la jeunesse qui s’interroge, si du
réel nous ne lui faisons connaître que le désastre
et le dégoût ! Que deviennent les mots patrie, honneur,
loyauté, légitimité, ces antiques vertus devenues
chrétiennes et qui nourrissent séculairement la morale
commune de la France, si nous ne les accordons pas aux conditions de
ce temps ? Il n’y a pas de tâche plus urgente, ni plus belle. »
Nous vous laissons le temps de «
digérer » toutes ces premières pages.
Nous vous présenterons la suite sous huitaine…
Bravo à toute l’équipe des Epées !
Portemont, le 7 mai 2005.