Les Epées

 

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Au numéro 16 (juin 2005)

La première de couverture est à la gloire de l’après « 29 mai 2005 ».
Il resplendit, caressé par le soleil qui fait chatoyer la patine de son corps de bronze.
Les eurocrates sont allés se rhabiller…
Lui, resplendit dans sa moqueuse nudité. Vous le reconnaîtrez sans peine !

Nos amis gardent la tête froide à la suite de la victoire du Non.
« Il ne suffit pas qu’une majorité se dégage pour qu’elle ait une signification politique sûre, mais le Non dessine en creux les contours d’un possible sens politique. Plus nébuleux encore que le camp du Oui, celui du Non a entremêlé quantité d’inquiétudes, de reproches et de raison. Ce qui a été pressenti, au-delà des catégories politiques, c’est une dépossession sociale, politique ou nationale, celle que nous n’avons pas cessé de dénoncer depuis 1991. Le Non ne reflète sans doute que très partiellement la réamorce d’un vouloir national. Du moins témoigne-t-il diversement d’un esprit public, d’un attachement au rôle de l’Etat, d’une méfiance envers la barbarie qu’abrite l ‘économie moderne. »

Et nos épéistes ne sont pas dupes : « Au vrai, c’est peut-être moins l’économie moderne qui est à dénoncer que l’ordre contemporain, réellement barbare puisque tout entier tourné, au niveau mondial, au service du plus fort, l’économie libérale sans frein ayant été le moyen d’asservissement… »

« Il ne suffit pas de rejeter une conception erronée de l’Union européenne. Il faut encore avoir la volonté de reconstruire la France à partir d’elle-même, et lui redonner une direction politique véritable, sous peine de s’écrouler dans l’amorphisme qui la guette. »
Que voilà un bel et bon « Edito » à relire à la rentrée…

L’Enfer est souvent pavé de bonnes intentions… En page 4 et 5, Robert Grégoire s’interroge :
« Europe et lobbies une réelle égalité ? »
Le législateur n’est pas le seul à percevoir l’intérêt général. La somme des intérêts particuliers, quand elle est prise en compte, peut aider à cette perception indispensable. Robert Grégoire nous entraîne dans le dédale du lobbying et des dispositions qui ont été prises par le Parlement européen pour le réglementer. Découvrez avec lui ce monde très « anglo-saxon »…
Un numéro entier des Epées n’aurait pas suffi pour rendre hommage à Jean-Marc Varaut.

Antoine Clapas nous rappelle avec élégance et justesse tout ce que nous devons à « Jean-Marc Varaut avocat du Roi ». De ce gentilhomme à l’immense culture, au savoir sans faille et à la fidélité inébranlable, retenons une de ses leçons : « …le temps, par-delà les clivages, recompose les idées et le sens des choses. »

Et son jugement n’avait pas été pris en défaut lors de la « naissance » des Epées. Jean-Marc Varaut présidait la réunion de lancement de la revue…
Privilège de la liberté vraie qui se nourrit du talent, Jacques Vergès ne se renie pas en saluant son grand confrère. Deux combattants contre la pensée unique… Mais retenons aussi l’espérance qui pointe dans les derniers propos de Jacques Vergès : « Mais pour autant demeure, y compris chez les plus jeunes de nos confrères, un véritable attachement à la Défense, celui que Jean-Marc a toujours manifesté au plus haut point. »

Il faut bien clore cet hommage. Qui ne pouvait mieux que Nicolas Kayanakis, dire « A Dieu, Jean-Marc, donc au revoir. » ?

Privilège de l’amitié plus qu’un bien maigre droit d’aînesse. Les années militantes à l’A.F., les combats sur tous les fronts, les joies et les peines partagées… C’est tout cela que nous rappelle Nicolas Kayanakis en évoquant « Jean-Marc Varaut Un cavalier français ».
Un cavalier de Cœur. Merci Nicolas.

Quand la culture s’habille de bas résille tissés par une araignée déjantée, quel résultat s’offre à notre regard ? Une cage pour les « bons enfants »
Ainsi se sont parés les bâtiments des nouveaux locaux de la direction de la culture. Eric Arnodin s’en donne à cœur joie : « …l’architecture contemporaine se développe sur l’ancienne comme un champignon sur du bois mort. Cet art parasite se signifie sur le ministère en façon de mycose : maladie mycélienne d’un ministère milicien… » Tout est de la même veine ! Il faut hélas souvent s’éloigner loin de la capitale ou loin de France pour découvrir une authentique architecture contemporaine rayonnante…

Deux pages essentielles. Elles sont d’Antoine Clapas et dédiées à Jeanne d’Arc : « Vouloir le roi »
Pour mise en bouche : « Le lien qui unit le peuple à son roi est un dialogue secret et pourtant sensible, qui demande une certaine tenue de l’être auprès de l’histoire humaine, une forme de confiance, voire d’amour, qui dépasse l’ordre de l’opinion. Une volonté politique qui ne commence pas et ne se termine pas dans cette amitié n’est pas aimable, et cette absence d’amour nous semble l’une des raisons principales de la fuite contemporaine hors de la politique. » A apprendre par cœur. Nous développerons cet article-clef dans un prochain texte…

Il est toujours incisif, sans excès, mais avec pertinence. Frédéric Rouvillois s’interroge :
« 29 mai 2005 : révolte ou révolution ? » C’est « L’inimaginable non ».
Grâce au Professeur de droit public à l’Université ParisV – René Descartes, bien connu des lecteurs des « Epées », goûtons aux délices du « référendum négatif »

« En l’occurrence, c’est en étant absolument certains que la réponse serait positive que le Président et le gouvernement avaient décidé d’y recourir : afin de donner un petit supplément d’âme au traité, et de profiter de l’occasion pour se refaire une légitimité élective, celle-ci ayant été fortement malmenée par les régionales de 2004. »
Le référendum, finira-t-il par être rangé « au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze ».
C’est une autre manière de casser le thermomètre quand il nous dit que nous sommes fiévreux… Ne boudez pas l’article de Jacques Rouvillois.

Un beau dossier nous est offert de la page 16 à la page 20. « Entretien avec Paul Thibaud ».
Rares sont les philosophes à avoir autant affûté une critique percutante de la construction européenne et de son idéologie. Faisons-nous plaisir. En réponse à l’affirmation forcenée des « principes démocratiques », Paul Thibaud reste inébranlable : « Oui, mais c’est une démocratie des individus et non des citoyens. Ce n’est pas celle de la responsabilité, de la décision collective, de la délibération ouverte. C’est une démocratie du consommateur de droits et de produits. » Et toujours des belles notes d’espérance : « Sur la synthèse entre la démocratie et la nation, l’émancipation et l’organisation collective, sur l’équilibre entre le côté politique et le côté utopique de la démocratie, notre histoire offre des exemples qui sont des ressources encore disponibles. » Ce n’est pas nous, ni nos amis qui vont le contredire…

Il ne pense plus qu’à « ça ». Il s’est jeté corps et âme dans la bataille. Le souverainisme ou la mort… Il n’a pas tort en se référant à Bodin : « le souverainisme est le principe de gouvernement qui affirme le primat du pouvoir légitime sur l’ensemble des pouvoirs illégitimes ». Paul-Marie Coûteaux nous présente : « Le souverainisme face à la construction européenne ». Nous lui laissons sa conclusion, en guise de digestif, l’amère potion : la République…

« Au revoir »
C’est ainsi qu’est titré l’article de Jean-Baptiste Barthélémy.
Qu’en est-il après le Non, du « principe gaulliste de la responsabilité politique après un appel au peuple perdu ». Pourquoi s’affliger devant la République décapitée ? Penser à la France, qui ne se reconnaît pas dans la femme sans tête… Du travail, beaucoup de travail. Le plus dangereux est devant nous.

« Le nécessaire rétablissement de la préférence communautaire » Signé : Maurice Allais.

Faut-il vous en dire en plus ? Celle ou celui qui nous demandera : « Mais qui est Maurice Allais ? », gagnera un mois de vacances avec B.H.L. Et inutile de demander « Grâce »

Relisez sans tarder, pour comprendre les enjeux, « La Mondialisation. La destruction des emplois et la croissance. L’évidence empirique ». Clément Juglar – 2000 -

« Comparaison est-elle raison ? »
En filigrane, le 21 avril 2002 et le 29 mai 2005…
« Le 29 mai 2005, ils ont évidemment pensé au 21 avril 2002 mais en jurant qu’on ne les y reprendrait plus… » Qui « ils » ? Les électeurs de « gauche ». Patrick Longuet analyse le chemin parcouru.

Robert Hubert, correspondant à New-York, se souvient que les Hollandais ont « fondé » la Grosse Pomme… Il porte son regard sur le « non » d’Amsterdam : « Aventure de deux « non » les Hollandais pourfendent l’Eurobot. » Le regard de Robert Hubert est perçant. C’est peut-être le « non » hollandais qui est la véritable gifle à Jacques Chirac…
Parfum de la Rome éternelle avec Danielle Porte : « Auguste le gant de velours »

Toujours garder le lien avec Rome. Danielle Porte nous y invite avec conviction.
Un brin de rêve avec Olivier Tournafond qui nous présente « Les limousines de la Cour d’Angleterre ». Admirateurs de la « Logan » s’abstenir… Gloire aux Rolls-Royce, Bentley et n’oublions pas les monumentales Daimler.
Nostalgie quand tu nous tiens…

Elle s’exprime à deux voix. Deux voix libres : Gabriel Matzneff et Mac Cohen évoquent « L’idiot ». Bien sûr l’écharpe blanche de Jean-Edern volette au-dessus de leurs propos...
Les vieux rebelles sont labellisés. « L’idiot » ou « le canard déchaîné »

Nostalgie bis… Christophe Boutin nous fait la lecture de l’ouvrage de Frédéric Chapier « Génération Occident », sous le titre :« Pour un désordre nouveau »
La taille des manches de pioche ou des barres de fer est souvent inversement proportionnelle à… Nous ne dirons pas de méchancetés. Nous avons goûté aux fraternelles joies de cette époque décalée et goûté aussi aux « arguments » de la droite dite radicale et de la gauche extrême, tous confondus… Non, pas de nostalgie !

« In lumine tuo : Louis XVI, brillant parmi de pâles lumières »
Il faut d’embler féliciter Robert Hubert de sa lecture en parallèle du « Louis XVI » de Jean-Christian Petitfils et de « Roads to Modernity » de l’historienne Gertrude Himmelfard.

Gertrude Himmelfard a soulevé le couvercle des « sarcophages » des locataires du Panthéon de Souflot… Voltaire est en bonne place et avec lui les Lumières françaises : « les philosophes ne sont ni plus ni moins que des fétichistes de la raison, adeptes d’un culte mortifère et inhumain. » Une belle découverte que la lecture de Robert Hubert.

Et pour conclure, une belle suite de bonnes lectures qui devrait vous inciter à bricoler votre bibliothèque pour fin d’agrandissement…
Les bons numéros se suivent et ne se ressemblent pas. Encore bravo !

Portemont, le 15 septembre 2005.



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