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« Autopsie d’une pégoulade
triste pour une vieille Europe »
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Nos amis sont poètes… Et nous tenons à partager
avec vous notre plaisir !
Pas question de vouloir remuer le couteau dans la plaie du CPE,
mais…
Même les Anars ne sont plus ce qu’ils étaient…Grand
merci à Michel Robardey.
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Manifestation anti-CPE |
Prendre un petit peu de temps. Comme
il nous paraît lointain le temps des manifestations contre le CPE…
Heureusement, à Nîmes, il reste la Feria !
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« Sortant cet après-midi d'un bureau du centre de Nîmes,
j'ai vu passer un cortège coloré (en rouge et, un peu,
en noir) et bruyant (un peu).
Quelques instruments exotiques (Djembés du Sénégal,
Cornemuse d 'Armor, klaxons compression dont tout le monde sait que
depuis 1956 au moins ils sont italiens, etc.) tentaient d'animer une
foule désabusée.
En tête, à tout seigneur tout honneur, marchait le cortége
de la C.G.T. Beaucoup de drapeaux rouges mais peu d'idées neuves
! La majorité des marcheurs (des déambuleurs plutôt
vu l'allure - je n'ai pas écrit déambulateurs !)
avait la tête chenue. Manifestement on avait rappelé
la vieille garde de mai 68, voire celle de 1936... Ils avançaient
doucement , et tristement, avec le sentiment confus de s'être
trompé de siècle, avec l'air de ceux qui ont vécu
trop vieux et ne veulent pas savoir que le mur de Berlin est tombé
et que la lutte des classes est morte avec lui. En tête, j'ai
cru apercevoir, mais peut être était-ce une illusion,
Staline, Thorez, Duclos et Ceaucescu. Marchais n 'était pas
là : lui au moins on l'aurait entendu crier.
Derrière venait la CFDT, trois fois moins nombreuse mais un
peu plus jeune. Là aussi beaucoup de pancartes avec écrit
dessus CFDT ... et rien d 'autre, comme si ces quatre lettres étaient
en soi une revendication. Est-ce parmi eux que j'ai remarqué
un groupe cacochyme que surmontait fièrement un calicot : Maison
de Retraite de Quissac ! Les anciens craindraient-ils que leur prochaine
embauche soit précaire ? Qu 'ils se rassurent, ils s'acheminent
vers un bail qui sera bien plus qu'amphithéotique !
Derrière encore venaient les gens de F.O.! Légèrement
moins marqués par l'idéologie que leurs prédécesseurs,
ils laissaient échapper une pancarte criante de sincérité:
C.P.E. = Comment Perdre les Elections ! Car c'est bien là le
noeud du problème : la précarité, c 'est grave
assurément , mais perdre les élections, ce serait dramatique
!
Plus loin, au delà de divers syndicats tels que Sud, trop récents
pour que je les connaisse, j’ai aperçu les vrais, les
seuls pour qui, depuis 68, j'aurais presque de la tendresse : les
Anars ! Portant beau leur maigreur famélique (sans laquelle
il n'a pas de révolte sincère) sous un catogan du meilleur
goût, ils n'étaient qu'une poignée à accompagner
du bout des lèvres ce cortège de gueux embourgeoisés
qui réclamaient davantage de sécurité !
Les anars défilant pour protester contre la précarité:
je suis content d'avoir vécu jusque là pour voir ça
! Mention particulière pour un mini
cortège (CFDT je crois) qui revendiquait fièrement
de regrouper des personnels travaillant aux impôts. Il leur
fallait d'autant plus de courage pour affronter les quolibets des
spectateurs qu'on ne peut pas dire qu'ils aient vraiment à
craindre pour eux mêmes une quelconque précarité.
S'ils n'en restent que quelques uns.....
Rejoignant ma voiture, prudemment garée dans une petite rue
(on ne sait jamais, avec tous ces casseurs) j'ai dérangé
une jeune couple fort sympathique qui ne cherchait pas son avenir
ailleurs que dans les yeux de l'autre. Ils étaient beaux !
Je les ai félicités !
J'ai quitté le centre ville content : on s 'y embrasse encOre
dans les petits coins !
Aujourd'hui, à Nîmes j'ai vu deux jeunes
gens ! »
Michel Robardey, le 19 juin 2006.
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