mardi 02 décembre 2008

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Dès le retour de leurs universités d’été, tous nos politiciens vont nous jouer du violon…

Avant de vous conseiller de vous boucher les oreilles, nous vous offrons un brin de poésie et avec vous nous en tirerons les leçons…
Le lys d’or que nous décernons à la famille Despiau et à tout le personnel de la S.A.R.L. Chevalets Despiau est bercé par un grand nombre de violons, de violoncelles et de contrebasses jouant aux quatre coins du monde.

Vous devinez que les chevalets qui sortent de l’entreprise sise à Gimont dans le Gers, ne sont pas destinés à supporter le portrait de belle-maman.
Ils supportent les cordes des beaux instruments que nous vous avons énuméré.

C’est peu de chose qu’un chevalet. Un petit bout de bois d’érable de 4 centimètres de largeur pour 5 de hauteur et d’une épaisseur de 5 millimètres… Ça ne pèse pas lourd !

En maintenant les cordes surélevées au-dessus de la caisse de son instrument, il transmet les vibrations des cordes à la table de l’instrument. Et ainsi, il intervient pour un quart dans la production du son…

Jean-Louis Despiau n’est pas l’héritier d’une longue lignée de fabricant de chevalets. Marius, son père, lui a légué sa scierie. Mais la Muse des Arts s’était penchée sur son berceau qui sans nul doute devait être de bon bois… Titulaire d’une licence d’histoire de l’art, altiste amateur de l’orchestre de chambre d’Auch, il recueille la scierie familiale à l’âge de 24 ans.

Amoureux de baroque, il recherche la perfection et voulait améliorer son instrument. Tout « naturellement », en 1975, il étudie, seul, les chevalets. La vie fait son œuvre et en 1984, Jean-Louis transmet à son fils Pierre-Jean la scierie qu’il tenait de son père afin de se consacrer aux chevalets… Ne croyez pas qu’alors sa vie fut une symphonie tranquille : « J’ai galéré pendant dix ans, mais je savais qu’un jour les luthiers se rendraient compte que mon produit est bon ! Yehudi Menuhin et l’altiste toulousain Gérard Caussé m’ont dit qu’il améliorait leur instrument. »

Le succès ne pouvait pas attendre indéfiniment au coin du bois. Jean-Louis avait trouvé, sans passer par une école de lutherie, « …la loi physique de la transmission du son par le bois. »

En 1992, son fils Pierre-Jean ferme la scierie et le rejoint. Valise en main, Jean-Louis fait le tour de l’Europe et la reconnaissance se manifeste. D’artisan-artiste Jean-Louis devient artisan-entrepreneur. En 1997, il achète deux machines de découpe à commande numérique pour monter d’un cran. Auparavant, il sous-traitait la découpe se contentant de dessiner ses chevalets tellement chéris.

Aujourd’hui toutes les opérations sont faîtes dans l’entreprise qui emploie 16 personnes où 3 de ses 5 enfants travaillent… Pierre-Jean, maintenant âgé de 38 ans, conçoit les modèles qui sont au nombre de 850… Jean-Louis, à 62 ans, parcourt la Bosnie pour y choisir sur pied des érables de 200 ou 300 ans. Le savoir faire réside tout d’abord dans le choix du bois… A Gimont, la maîtrise du dessin des courbes et des trous prend la relève. « Il faut sentir la musique quand on le dessine ! »

Et s’enchaînent les opérations : fendre le tronc de bois en suivant minutieusement le fil du bois : « Le fil doit être droit. En regardant les stries du bois, nous savons si l’on en tirera des chevalets de violon, de violoncelle ou de contrebasse. »

Découper des couronnes, puis des plaquettes de la taille du chevalet. Et laisser sécher deux ans…
Ponçage en suivant le fil, avec application, découpe à la machine numérique fière de sa précision au dixième de millimètre. A nouveau ponçage et finitions…
Le verdict sera alors donné par Nicolas, un autre fils Despiau, au contrôle de qualité.

Plus tard, plus loin, parfois très loin, le luthier prendra la relève. Il creusera les encoches qui recevront les cordes, il affinera l’épaisseur du bois selon le son recherché, et il posera le chevalet, le petit « Despiau » sur la table de l’instrument ; simplement posé, pas collé !

Quatre fabricants de chevalets se partage le monde, deux sont en France et les deux autres sont en Allemagne. La Maison Despiau est un de ses quatre… exportant 83% de sa production.

Aidée de sa fille Jane, directrice commerciale, la maison « Despiau » a vendu 120 000 chevalets de par le monde. Jean-Louis, à juste titre, peut être fier.
Le plus tard possible, quand il écoutera le « Baroque Céleste », Jean-Louis Despiau pourra dire : « J’ai accompli une belle œuvre ».

Un Lys d’or ? Non ! Une brassée de lys pour toute la « Maison Despiau » qui témoigne de par le monde, du génie français. Mais n’oublions pas que ce génie est le fruit d’une passion, de l’obstination et du travail d’un homme et qu’il a su transmettre toutes ces qualités autour de lui et aux siens…

Portemont, le 30 septembre 2005.

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