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Les
vraies questions…
Le mensuel de l’économie
qui a pour titre : « Enjeux Les Echos », illustre avec une
rare qualité les réflexions que nous devons toutes et tous
nous poser. Il n’est pas nécessaire de partager tous les
points de vue qui y sont développés, pour reconnaître
la pertinence des questions soulevées.
Dans le numéro d’avril 2004, la palme revient à François
Lenglet, auteur de l’éditorial.
Le titre, « Le syndrome de Madrid »,
nous impose de regarder la vérité en face.
François Lenglet est pertinent quand il constate que le 11 mars
2004 a été plus efficace que le 11 septembre 2001. «
En l’espace de quelques jours, l’enchaînement déclenché
par les fanatiques a éprouvé la démocratie et bouleversé
la géopolitique européenne. Et pour la première fois,
Al-Qaïda a gagné une élection »
L’éditorialiste nous rappelle le consensus de la plupart
des journalistes et des commentateurs qui se pâmaient devant «
la leçon de démocratie » espagnole. «
En quelques heures, des millions d’électeurs espagnols ont
changé d’avis… »
François Lenglet nous replace devant la réalité :
« Alors que pour la première fois, le vote du peuple a été
utilisé avec un cynisme sans précédent par les terroristes
: la seule leçon qui nous ait été donnée est
celle d’une stratégie meurtrière et efficace, qui
met profondément en cause le fonctionnement de nos démocraties
parce qu’elle fait levier de l’émotion collective des
citoyens face à l’horreur, et la volatilité croissante
des intentions de vote. »
Qui peut s’inscrire en faux devant une telle lucidité ?
L’acuité des propos de l’éditorialiste monte
en puissance, crescendo : « Voilà
déjà longtemps qu’un vote ne témoigne plus
de l’identité sociale ou géographique d’un citoyen,
mais de son désir de punir le gouvernement en place, pour les raisons
les plus variées. »
Nous excellons en France à ce jeu électoral…
Pour François Lenglet, depuis 25 ans, nous sommes dans l’ère
de « l’électeur-stratège ». La stratégie
de cet électeur modèle peut se résumer ainsi : «
sortons les sortants »
Pourtant la réalité est impitoyable : «
les terroristes ont asservi ces millions de stratégies individuelles
à la leur, et nous adressent ainsi une question vraiment inquiétante
: comment nous protéger de la terreur si nos démocraties
et leur fonctionnement la servent ? Comment préserver notre liberté,
si notre libre-arbitre se nie lui-même ? La paix et l’évitement
de l’horreur ont-ils un prix que nous renoncions aux valeurs fondamentales
de notre civilisation ? Où se trouve l’ennemi le plus dangereux,
est-il en dehors de nous ou bien en nous ? »
Un Prince de la Maison de France nous rappelait que, quand nous disions
que les temps étaient difficiles, il ne fallait pas perdre de vue
que ces temps étaient nos temps…N’oublions pas la leçon
!
Les terroristes ont anticipé les réactions qui devaient
s’enchaîner après les attentats de Madrid. A quelques
dizaines d’heures des élections, ils ont anticipé
le « mensonge » du gouvernement Aznar. Ils ont anticipé
les réactions émotives des peuples espagnols…
A ce jour Madrid retire ses troupes d’Irak, les Honduras font de
même ainsi que la République Dominicaine. La Pologne se tortille…
Nous ne partageons pas les folles obsessions de Monsieur Bush ; il nourrit
chaque jour un peu plus le terrorisme. Mais le problème demeure
et va croissant. Souvenez-vous des brillantes déclarations d’un
de ses alliés majeurs. Monsieur Berlusconi, dans son rôle
de pitre, ne déclarait-il pas qu’un tel attentat ne pouvait
pas être l’œuvre de quelques bédouins du désert…
?
François Lenglet ne se départit pas de sa lucidité.
Il ne se laisse pas duper, et nous non plus…
Voudrait-on nous faire croire que la lutte contre le terrorisme est prise
au sérieux par l’Europe ?
L’éditorialiste de conclure : «
Réunis d’urgence à Bruxelles, les gouvernements ont
fourbi leur arme d’airain, dont l’efficacité a été
maintes fois éprouvée sur les sujets les plus divers : ils
ont créé un poste de fonctionnaire communautaire, celui
d’un « Monsieur terrorisme ». Dormez tranquilles, braves
gens, l’Europe veille. »
Des hommes de talent, d’horizons différents, sans se concerter,
posent les vraies questions.
Monsieur Pietri, dans son éditorial de « La Tribune »,
du 10 mars 2004 nous invitait à rêver : «
Histoire de faire le travail, imaginez pendant cinq ans, un Premier ministre
sans ambitions personnelles, sans président de la République…
»
Monsieur Benoît Gousseau dans son éditorial du numéro
18 de « Politique magazine » nous martelait : «
Les meneurs de cette guerre nous connaissent mieux que nous-mêmes.
Ils sortent de nos universités où ils ont tout appris de
nos faiblesses congénitales héritées de 1789. »
Nous ne pouvons les citer tous. A tous ces hommes de presse, de réflexion,
qui ont dominé haut la plume tous les mystificateurs des radios
et des télévisions, nous décernons un « Lys
d’or ».
A nous, toutes et tous de tirer profit des pistes qui se dessinent. Un
Prince de la Maison de France nous le rappelait : «
La France n’est pas née sous X. »
Fort de cette vérité, nous saurons trouver les ressorts
nécessaires pour ne pas renoncer aux valeurs fondamentales de notre
civilisation.
Portemont, le samedi
24 avril,
en ce jour de la Saint-Fidèle de Sigmaringen, a.d. 2004.
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