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Quand on joue avec le feu…
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Géorgie ! Géorgie ! Une fois encore les orfraies sont sollicitées… Nous craignions de l’inaction pour ce pôvre Bernard-Henry Lévy, nous voila rassurés ! Son nouvel horizon, partagé avec André Glucksmann : La Géorgie !
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Une Géorgie qui se croyait tout permis, affichant au cours des cinq dernières années une croissance de 9,7% - moyenne -, une Géorgie lancée dans des réformes structurelles de taille, une Géorgie parée de yeux de Chimène pour recevoir les capitaux étrangers… Et tel un château de cartes l’édifice semble s’être effondré… Le miracle géorgien ? Exit !
Miracle géorgien ? Bien avant l’entrée des troupes russes, rappelons que l’agriculture qui pèse 30% du PIB était déjà en perdition. Rappeler aussi que c’est la Russie qui achetait près de 90% de la production agricole… A-t-on oublié la crise de 2006 et l’embargo qui a été alors décrété par la Russie ?
Qui nous rappelle que la Russie était, il y a peu, le premier investisseur étranger en Géorgie !
« Même s’ils sont souvent cachés derrière des sociétés offshore, les Russes ont acheté le réseau électrique et la distribution d’eau de Tbilissi et cherchent à mettre la main sur le gazoduc qui descend vers l’Arménie » Sage rappel de Dmitri Lortkipanidze, député de l’opposition géorgienne.
Rappeler aussi les nombreux investissements russes dans les infrastructures et l’immobilier…
Jeux serrés dans cette région que bien des Français ignorent. Jeux croisés qui ont permis au Kazakhstan, allié de la Russie, d’acheter le port pétrolier de Batoumi et du distributeur de gaz « Tblissi-Gaz ».
Gonflé par l’ « Europe » et les Etats-Unis, le président Saakachvili s’est jeté dans une aventure dont il devra payer le prix…
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G.W. Bush et Mikheil Saakachvili |
Oublions nous la crise de septembre 2007 ? Qui se souvient que pour résoudre la crise politique qui frappait alors la Géorgie, le chef de l'Église orthodoxe proposait le retour à une monarchie ? Qui se souvient qu’une partie de l’opposition se rangeait alors à cette proposition et que le parlement se déclarait prêt à en débattre ? Nous étions en octobre 2007 !
La suite ?
Le 7 novembre 2007, le président géorgien Mikheil Saakachvili décrétait l'état d'urgence à Tbilissi, la capitale, puis dans l'ensemble du pays, pour 15 jours, en réaction au mouvement de contestation qu'il considérait comme une tentative de coup d'État…
Le très diplômé de l'Institut International des Droits de l'Homme à Strasbourg, diplômé de l'Ecole de Droit de Columbia en 1994, et Doctor of Laws (Docteur en droit) de l'école de droit de l'université George Washington l'année suivante, grâce à une bourse du département d’Etat des Etats-Unis, le président Mikheil Saakachvili, a voulu mettre au pas les Ossètes du sud qui souhaitent se retrouver avec les Ossètes du nord au sein de la Russie... Un Ossète ne vaut pas un Albanais du Kosovo…
Maintenant toujours des liens étroits avec la classe dirigeante américaine, le président Saakachvili n’a eu d’yeux que pour les Etats-Unis n’oubliant pas de doubler le contingent des troupes géorgiennes en Irak, faisant de la Géorgie l’un des plus grands contributeurs à la coalition militaire en Irak, laissant aussi ses troupes au Kosovo et en Afghanistan…
Un bon valet.
Et les valets se soutiennent. Messieurs Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann ont répondu présents… « S.O.S. Géorgie ? S.O.S Europe ! »
http://www.liberation.fr/rebonds/345021.FR.php
Toujours la même complainte…
Et lire la « surprenante » réponse d’Alain Minc qui n’est pas habituellement, notre tasse de thé… Réponse que nous saluons !
Portemont, le 21 août 2008
Alain Minc essayiste.
QUOTIDIEN : lundi 18 août 2008
Ainsi nous criant «SOS Géorgie ? SOS Europe !» nos meilleurs esprits, André Glucksmann et Bernard-Henri Lévy, rejoignent-ils, par un étrange détour, la position des néoconservateurs américains, dont l’inculture historique a été à l’origine de si nombreuses erreurs ? Eux connaissent pourtant l’Histoire, sa densité, ses complexités ; ils savent qu’il existe des problèmes sans solution et que l’intelligence collective consiste parfois à vivre avec eux. Leur analyse oblige à rappeler quelques vérités de bon sens :
1. «Qui a tiré, cette semaine, le premier ? La question est obsolète», écrivent-ils. Etonnante affirmation. Comment faire abstraction du faux pas du président Saakachvili, déclenchant une opération militaire en Ossétie du Sud ? Ses meilleurs avocats prétendent qu’il est tombé dans un piège, les Russes l’ayant poussé à agir en lui faisant miroiter leur non-intervention. Piètre excuse. Quant on dirige un Etat à l’ombre de l’Empire de Pierre le Grand et de Vladimir Poutine, on se méfie et on ne prend pas pour argent comptant les propos amènes des représentants du tsar. Le président géorgien aurait dû chercher ses modèles du côté de l’exemplaire démocratie finlandaise, qui a su préserver ses libertés et son indépendance à portée de tir de l’Union soviétique : les principes et la retenue ne sont pas incompatibles. Ce peut être même la quintessence de l’art politique.
2. Depuis 1992, un compromis bancal prévalait vis-à-vis de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. C’était la réponse à un problème sans solution. Revenir au manichéisme et à une position tranchée est à la portée de Goliath et non de David. Or, c’est David qui a oublié cette règle de base. Il était pourtant le mieux placé pour imaginer que Goliath sauterait sur l’occasion et agirait avec d’autant plus de violence et de brutalité qu’il se retenait contre son gré depuis quinze ans. Comment pouvait-il faire semblant d’ignorer que la Géorgie avait été plus longtemps russe que la Floride n’est américaine, et que les frustrations se cristalliseraient au moindre prétexte ?
3. Que répondre aux Russes quand ils nous jettent à la face le Kosovo ? Nous avons fait prévaloir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes sur l’intégrité territoriale de la Serbie. Celle-ci était certes plus formelle que réelle, à l’instar de la situation de la Géorgie vis-à-vis de ses deux provinces irrédentistes. Encore que l’histoire était plus favorable aux Serbes qu’aux Géorgiens, le Kosovo leur appartenant depuis la nuit des temps alors que l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie ont été rattachées à la Géorgie par le régime stalinien, le tout à l’intérieur d’un empire où les «républiques socialistes soviétiques» étaient des «Etats Potemkine», c’est-à-dire de carton-pâte. Quel argument avons-nous pour refuser aux Ossètes et aux Abkhazes le droit à l’autodétermination ?
4. Croire que l’entrée de la Géorgie dans l’Otan aurait évité le drame est une naïveté. Encore plus sûr de lui, le président Saakachvili aurait tenté le même coup de main. Qu’aurions-nous fait ? La guerre, au nom de l’engagement de défense mutuelle, fondement de l’Otan ? Non, naturellement, de sorte que le pire serait arrivé : les Russes auraient découvert que lePacte atlantique est un système à géométrie variable et qu’il existait sur ses frontières une zone floue qu’il aurait été de plus en plus tentant pour Moscou de venir titiller.
5. Arrêtons de rêver : le monde n’est pas angélique. La Russie n’a jamais été une démocratie mais toujours un empire. Comment croire que le chromosome impérial va disparaître et que le pays deviendra une gigantesque Confédération helvétique ? Face à cet empire, l’Occident est obligé de mener une stratégie subtile, fût-elle moralement insatisfaisante : transiger le moins possible sur les droits de l’homme, faire participer la Russie à la gouvernance mondiale sans se leurrer sur ses intentions, gérer une relation mêlant indissolublement la confiance et la prudence, le dialogue et la méfiance, hiérarchiser les enjeux dans un troc malheureusement inévitable.
6. Dans ce contexte, avoir obtenu des Russes la reconnaissance de la souveraineté géorgienne n’était pas une évidence et avoir protégé la légitimité démocratique de Saakachvili, indépendamment de son erreur de jugement, a montré aux Russes où était la ligne rouge à ne pas franchir. Un Kosovo à l’envers peut s’envisager ; un coup de Prague, non.
7. L’Europe est un orchestre compliqué. C’est une machine à réduire les désaccords et à éviter les drames. Sans elle, un affrontement - certes non militaire - gravissime se serait produit entre l’Allemagne de Kohl procroate et la France de Mitterrand pro- serbe. Faite de dialogues et de compromis, la machinerie bruxelloise est un antidote aux bêtises. C’est un miracle que, dans cette affaire géorgienne, la France ait pu bâtir un compromis entre des Etats qui ont connu le joug soviétique, une Allemagne tiraillée elle-même entre l’atlantisme d’Angela Merkel et l’héritage de l’Ostpolitik des sociodémocrates, une Italie historiquement prorusse par mercantilisme, et un Royaume-Uni comme toujours inflexible sur les principes et empirique dans le quotidien.
Demander à l’Europe, comme le font nos deux philosophes, une position manichéenne, c’est contribuer à son éclatement, donc offrir aux Russes ce qu’ils attendent. Puissent André Glucksmann et Bernard-Henri Lévy accepter que le bon sens ne soit pas la pire posture philosophique…
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