mardi 02 décembre 2008

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Quand les langues se délient…

Le Tibet est une épine dans les pieds de la Gauche… Jean-Luc Mélanchon dit tout cru ce que de nombreuses petites pointures du Parti pensent tout bas… Et Bernard Kouchner d’être en phase…

Tout prix Nobel qu’elle soit, Sa Sainteté le Dalaï-Lama, Tenzin Gyatso, reconnu comme le quatorzième de la lignée des Dalaï-Lamas, ne recueille pas une grande sympathie auprès des « élites » de la gauche…

Bien qu’ «océan de sagesse»  et prix Nobel de la Paix en 1989, incarnant le Dharma, Tenzin Gyatso pose problème à la Gauche : « Même si le Dalaï-Lama est un curé sympathique, il ne faut pas perdre de vue qu’il est à la tête d’un système théocratique dans lequel les gens paient des impôts aux monastères, où des enfants ne vont jamais à l’école » tonne le sénateur socialiste Jean-Luc Mélanchon… soutenu discrètement par Bernard Kouchner qui susurre : « Il y a une partie religieuse avec laquelle je ne me sens pas d’affinité… »

Les impôts et l’école ! Il est vrai que Monsieur Mélanchon appartient à un Parti qui, ayant gouverné, nous a subjugué par l’usage fait de nos impôts et par les hauteurs auxquelles nos écoles ont été portées…

Et le sénateur de l’Essonne de développer dans son « blog » : « Je ne partage pas du tout l’enthousiasme béat pour le Dalaï-Lama ni pour le régime qu’il incarne. Pour moi, le boycott des jeux est une agression injustifiée et insultante contre le peuple chinois. »

Extraits :
http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=585

Poursuivant : « Bien de l’amitié pour les tibétains n’est qu’une variante nauséabonde du racisme contre les chinois. Elle se nourrit de tous les fantasmes que l’ignorance favorise. Que la répression ait été lourde est peut-être avéré. Comment l’apprécier ? Les seuls chiffres rabâchés sont ceux du « gouvernement tibétain en exil ». Pourtant le gouvernement chinois, si j’ai bien entendu, annonce lui-même un nombre de blessés et de morts qui permet de comprendre qu’il y a eu une situation grave et sérieuse que les autorités admettent. »

Un parfum de révisionnisme version Mélanchon ?

On ne s’ennuie pas en lisant la prose de Monsieur le sénateur…

« A propos du Tibet. Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle. Lhassa était sous autorité chinoise puis mandchoue avant que Besançon ou Dôle soient sous l’autorité des rois de France. Parler « d’invasion » en 1959 pour qualifier un évènement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. Dit-on que la France a « envahi » la Vendée quand les armées de notre République y sont entrées contre les insurgés royalistes du cru ? »

Ah ! Monsieur le sénateur aurait-il du goût pour les « populicides » ?

Et de jongler avec des chiffres :
« En foi de quoi l’anéantissement des tibétain se manifeste par le doublement de la population tibétaine depuis 1959 faisant passer celle-ci de un million à deux millions et demi »

Omettant comme il se doit de prendre en compte une sinisation forcée et une acculturation constante suite à l'invasion chinoise il y a de cela plus de cinquante ans…

Monsieur Mélanchon est un ami de la Chine. Soit. En bon « socialiste », travestir la réalité est une seconde nature. C’est fort dommage.

La réalité ?

L'oppression se poursuit au Tibet, plus en douceur, par le transfert de millions de Chinois appâtés par de meilleurs salaires ou des promotions. La submersion ethnique ayant présentement lieu est, en fait, la dissolution progressive de la nation tibétaine sous l'effet d'un raz-de-marée de peuplement programmé de colons chinois. À Lhassa, la capitale, la population compte 400 000 habitants dont seulement 50 000 sont tibétains ce qui signifie qu'environ 85% sont chinois!...
Un traumatisme aigu de la population tibétaine dû aux violations des droits de l'homme constitue la conséquence première de l'invasion chinoise au Tibet. On n'imagine même pas ce que ce peuple a dû subir  et ce qu'il subit toujours. Des femmes et des adolescentes tibétaines sont stérilisées de force dans des conditions abominables, des moines et des nonnes sont martyrisés et violés avec des matraques électriques, des prisonniers politiques sont détenus dans des conditions inacceptables, des enfants sont tués, les populations sont affamées. On estime à un million le nombre de victimes de cette “libération”; chaque Tibétain connaît au moins un membre de sa famille décédé suite à la sinisation du Tibet.

Conseiller aussi à Monsieur Mélanchon de réviser un peu son histoire du Tibet…
http://www.revuelabyrinthe.org/document96.html

Extraits des propos de Tenzin  Kunchap :

On parle souvent d’un Tibet traditionnellement fermé à l’étranger ; c’est tout à fait inexact : le Tibet a toujours entretenu des relations plus ou moins étroites avec ses voisins. Avec l’Inde et le Népal pendant des siècles : le cinquième Dalaï-Lama faisait encore venir des pandits indiens à sa cour et connaissait le sanskrit. Avec les Mongols et avec les Chinois : sous les Tang (VIIe-début IXe siècles), le Tibet s’est ouvert à son voisin oriental, puis après avoir adopté le bouddhisme indien s’est détourné de la Chine. Il ne s’y est intéressé de nouveau que sous la contrainte, une dizaine de siècles plus tard. Les dynasties mongole (celle des Yuan, 1271-1368) et surtout mandchoue (1644-1911) ont eu des relations religieuses et politiques avec le Tibet. Pourtant les Chinois n’ont réussi à instaurer une sorte de protectorat au Tibet qu’à partir du début du XVIIIe siècle. La mise en place de ce protectorat ne changeait rien à la vie des Tibétains puisqu’il n’y avait qu’une petite garnison chinoise postée à Lhassa et un amban, représentant l’empereur de Chine au Tibet. Les Tibétains continuaient à gérer leurs propres affaires. Mais en définitive, progressivement, à partir de la fin du XVIIIe siècle, les empereurs de Chine en sont venus à considérer que le Tibet, ce pays frontalier qu’ils administraient, fût-ce de manière indirecte et distante, faisait partie de l’empire… Certaines cartes chinoises du XIXe siècle incluaient le Tibet.

D’une façon générale, toute l’histoire de la Chine a visé à assimiler les barbares qui l’environnaient : Les Mongols, les peuples turcs (Ouighours, Salars, Kazakhs), les Miao-Yao, les Zhuang, les Yi, etc. Un mythe très ancien, selon lequel les Tibétains ont toujours été des barbares dangereux, jalonne l’histoire des relations entre la Chine et le Tibet. Il est vrai que les Tibétains ont à plusieurs reprises mis en péril le pouvoir chinois ; notamment au IXe siècle où ils sont parvenus à prendre la capitale de la Chine de l’époque Chang’an (l’actuelle Xi’an) et à y installer un empereur. Ils n’y sont restés qu’un mois, mais ont constitué une réelle menace pour les Chinois.

Cette vision des peuples voisins perçus comme de dangereux barbares qu’il faut civiliser est un lieu commun très profondément ancré dans la conscience chinoise, qui se transmet de génération en génération. Je crois qu’il ne faut pas en sous-estimer la portée sur le plan historique. Pour les Chinois, ces barbares tibétains ont finalement été inclus dans l’empire mandchou, les Mandchous étant eux-mêmes des barbares assimilés. Notons que les autorités chinoises vont jusqu’à dire que le Tibet appartient à la Chine dès le VIIe siècle au moment des relations entre les Tang et l’empire tibétain. C’est une façon à peine croyable de retourner l’histoire. On pourrait très bien dire, au contraire, qu’au IXe siècle, la Chine appartenait au Tibet, puisque la cavalerie tibétaine prend la capitale chinoise et que l’empereur Trisong Detsen exige comme tribut une princesse chinoise ! On voit ici à l’œuvre, par ce retournement total, l’extraordinaire négationnisme chinois.

Comme on le voit d’après ce qui précède, les raisons de l’intérêt que la Chine porte au Tibet ne sont pas tant économiques ou territoriales ou même stratégiques, qu’idéologiques et historiques. Dans ces conditions, on ne peut pas s’empêcher de penser que « l’attachement » de la Chine au Pays des Neiges comporte une dimension irrationnelle. Le caractère obsessionnel de la propagande chinoise avec sa phraséologie quasiment inchangée depuis 50 ans sur l’appartenance du Tibet à la Chine vient renforcer cette hypothèse. La télévision chinoise programme des émissions sur le Tibet pratiquement toutes les semaines, alors que les Tibétains représentent moins d’un pour cent de la « population chinoise ». Imaginez que l’on diffuse quotidiennement à la télévision française des émissions sur le pays basque !

Et Monsieur Kouchner dans cette affaire ? Le caméléon porteur de sacs de riz  n’a toujours eu qu’un seul souci : le souci de son image. A la différence du sénateur Mélanchon…

Pour un clin d’œil de caméra Monsieur Kouchner a toujours épousé toutes les causes…

En 1990, alors secrétaire d’Etat à l’Action humanitaire d’un gouvernement de gauche, il provoquait la colère de la Chine en recevant à Paris, le Dalaï-Lama, qui avait reçu un an auparavant le Prix Nobel de la Paix… Que n’avait-il pu être sur la photographie le jour de la réception…

Et de  critiquer par la suite la politique démographique de la Chine au Tibet, avouant son "effroi", et estimant que cette situation relevait d’une "situation coloniale".

L’apôtre du droit d’ingérence n’avait alors de cesse, lors de visite d’un responsable français en Chine ou d’un dirigeant chinois en France, de dénoncer la politique chinoise au Tibet, sachant déployer son art pour faire pleurer dans les chaumières :  "Se souvient-on que le Tibet est un pays envahi et qu’on y stérilise les femmes ?", lançait-il en 1996, lors de la visite officielle en France du Premier ministre chinois Li Peng…

 Ne manquant pas la même année de  lancer un appel pour la création d’une radio tibétaine indépendante : - « Cette voix de la démocratie permettra au Tibet de s’ouvrir sur le monde alors que la Chine tente de l’enfermer dans ses frontières" faisait-il valoir...

Toujours vigilant quant à son image, il veillait à être présent dans le public- fausse modestie - , en 1993, lors d’ une émission politique télévisée dont l’invité était le Dalaï-Lama…

Aujourd’hui, les masques tombent. Et les Tibétains continuent de payer le prix fort…

Simon de Quoisiry, le 18 avril 2008

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