« Alors que le MoDem s’organise peu à peu dans l’indifférence médiatique -situation bien connue des courants de pensée Royalistes-, il est permis, précisément, de s’interroger sur le peu d’intérêt manifesté par ces derniers envers un mouvement donc l’animateur continue de susciter la sympathie de nombreux français du « pays réel ».
Chacun s’accorde à dire que François BAYROU a de façon tout à fait surprenante manqué de peu une élection qu’il pensait pourtant n’avoir aucune chance d’emporter, convaincu d’entamer un second tour de chauffe avant 2012.
Son succès relatif trouve sa source dans plusieurs facteurs: un manque de crédibilité de la candidate socialiste, un candidat conservateur inquiétant par bien des aspects, une image personnelle de simplicité et d’honnêteté, et le désir malicieux de nombreux électeurs de défier les système sans pour autant succomber aux sirènes vieillissantes de l’extrémisme.
Son échec final tient probablement à deux facteurs principaux: n’avoir pu démontrer qu’il disposerait d’une majorité pour gouverner (bien qu’il eût fort bien pu, comme il l’avait assuré, remporter les législatives), et incarner une voie raisonnable au moment où l’électorat exaspéré d’immobilisme était au contraire disposé à prendre les risques les plus grands, "pourvu que ça bouge".
Vu sous le prisme Royaliste, le peu de soutien qu’il a obtenu de la part de nos amis laisse tout à fait perplexe. L’Action Française a certes reconnu qu’il incarnait une conception tout à fait Royaliste lorsqu’il appelait à la réunion des meilleurs hommes autour des meilleures idées, mais pour aussitôt l’accabler de reproches pour s’être déclaré Républicain lorsqu’il avait reçu le Prix Hugues Capet de l’Unité Capétienne pour son « Henri IV »... Avant d’appeler à soutenir Jean-Marie Le Pen, qui s’est déclaré Républicain à Valmy!!
La Nouvelle Action Royaliste, elle, s’est montrée farouchement hostile à François Bayrou, là encore pour des raisons obscures: on a certes cru comprendre qu’il était « le pire » des candidats et le plus lié à « l’oligarchie », mais sans bien saisir la justesse du propos, alors qu’il dénonçait précisément avec vigueur les rapports incestueux du pouvoir, des médias et de la finance...
Enfin, l’ultime reproche qui lui fut fait par nos amis Royalistes fut d’être pro-Européen... vaste rigolage, quant on sait qu’il était le seul des principaux candidats à être ouvertement favorable à un référendum sur un nouveau traité, là ou, précisément, le candidat Sarkozy voulait absolument en faire l’économie... avec le succès ultérieur que l’on sait, puisqu’y compris Laurent Fabius paraît à présent rallié au « Mini-traité », qu’elle qu’en soit l’extrême complexité, dénoncée par plusieurs de nos partenaires de l’Union.
Quel sera, demain, l’avenir de François Bayrou? Il est trop tôt pour le dire, sauf à souligner que, très paradoxalement, le Président élu lui rend actuellement un très beau service, d’abord en s’abstenant de toute ouverture sérieuse au centre (il n’est que de voir la réaction du groupe UMP devant la timide tentative d’autonomie fiscale du Nouveau Centre), ensuite en pillant le Parti Socialiste de quelques caciques plus ou moins vieillissants... Expédier D.S.K. à Washington et démonétiser Jack Lang est un beau cadeau à Ségolène Royal... Et faciliter la prochaine candidature de Ségolène Royal un sacré cadeau à François Bayrou!
François Bayrou disposera, en 2012, d’un mouvement qu’il aura cette fois eu le temps de structurer autour de ses idées et de sa stratégie; l’introduction probable d’une « dose » de proportionnelle lui assurera la fidélité des cadres de son parti, assurés de ne pas succomber au couperet du scrutin d’arrondissement... (voir à cet égard deux articles parus dans « Le Nouvel Observateur » du 20 au 27 septembre 2007, page 72, et « Le Monde » daté du 27 septembre 2007, page 10) Reste cependant que, s’il échoue à figurer au second tour des prochaines Présidentielles, la question des alliances se posera avec plus d’acuité encore: ce serait mal connaître la nature humaine que d’imaginer les cadres d’un parti politique échappant à tout jamais aux sirènes des maroquins ministériels... On murmure déjà que certains font l’objet de sollicitations pressantes de l’Elysée... (voir l’article du "Monde » daté du 18 septembre 2007, page 12, évoquant le sénateur Michel Mercier, animateur de l’UDF-MoDem à Lyon).
Bref: contrairement à ce que l’on lit ou entend à foison, le MoDem n’est pas mort-né: un étiage de huit à dix pour cent est certes envisageable, mais c’est avec les marges que les blocs font les victoires... Et la condescendance avec laquelle on le traite aujourd’hui peut lui servir encore: ainsi considéré, le MoDem demeurera réceptacle naturel des mécontents des deux bords, auxquels s’ajouteront naturellement une partie des ennemis éternels du système.
Les errements économiques du nouveau pouvoir, les déchirements socialistes (cinq ans pour cicatriser, c’est bien court!) et l’affaiblissement du Front National pourraient bien rallier progressivement les électeurs au panache d’un Béarnais bien longtemps moqué pour sa mollesse comme sa prudence de ménagère...
Les Royalistes seraient bien inspirés de réfléchir sérieusement à ce creuset: n’en laissons pas le monopole au Prince Napoléon, qui n’a pas tardé à sentir le vent ! (1)
Franz Quatreboeufs, Douai.
Novembre 2007
(1) Rappelons pour mémoire que le Prince Impérial Charles Napoléon a recueilli 8,76 % des suffrages au premier tour des élections législatives du 10 juin dernier, dans la deuxième circonscription de Seine-et-Marne (Fontainebleau-Nemours), où il était candidat sous l’étiquette du MoDem. Voir à ce sujet le site http://www.charlesnapoleon.com/, et particulièrement l’hilarante tournée électorale de la « Napomobile »...
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