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Une décapante réflexion…

Seb, Danone et Schneider ont connu et connaissent quelques « misères » en Chine, entraînant procès et tout dernièrement pour Schneider, condamnation à une très forte « amende »… Manfred le Grand Veilleur, fort de quelques certitudes, s’interroge…Toute drapée dans sa fierté d’être l’atelier du monde, la Chine a d’autres visées…

Et le tapis rouge ne semble plus être déroulé aux investisseurs étrangers comme auparavant…

Pour les spécialistes, le virage a été pris en 2006.

La Chine veut maintenant être le laboratoire du monde, comme elle l’a défini dans son dernier plan quinquennal annoncé à la mi-mai 2006 par la Commission Nationale pour le Développement et la Réforme. Elle entend diriger les investissements étrangers vers  certains secteurs d’activité (l’industrie high-tech, de service, R&D, industrie  de protection de l’environnement, etc.) tout en protégeant ses futurs champions nationaux.

Rappelons que les « étrangers » ne bénéficieront plus d’une fiscalité privilégiée à compter du 1er janvier 2008.

En Chine, le nationalisme économique est applaudi des deux mains…

Notre ami Manfred de s’interroger, à sa manière : Toujours décapante !

Léon Areva, le 21 octobre 2007

 

Comment les capitalistes chinois mangent les capitalistes occidentaux

Le conflit entre Danone et Wahaha illustre bien quel est l’avenir du capitalisme occidental en Chine. Pour commencer les capitalistes occidentaux, quand ils auront livré leur savoir-faire aux Chinois, disparaîtront de la Chine; mais ce n’est pas le pire. Le pire est qu’à domicile, dans les pays d’origine, le savoir-faire aura disparu, il y aura des millions de chômeurs qui ne sauront plus rien faire et auront même perdu l’habitude d’un travail régulier, et les Chinois rachèteront ce qui reste de l’économie occidentale. 30% de la fourniture de la sauce tomate en Italie provient de Chine. Et dès le départ de Chirac de la présidence, l’usine chinoise d’Airbus a commencé de fonctionner : en 2008 sortira le premier A350 en Chine. Ce qui veut dire que la production cessera peu après en Europe.

Nihil sine ratione, tout a une cause, avait rappelé Leibniz, élève des Grecs. Seulement voilà, la science des causes est une branche de la philosophie, une branche qui disparaît aussi en Europe. On ne sait plus pourquoi les événements se passent. C’est le hasard, ou alors le marché, ou un autre facteur sur lequel on pense ne pas pouvoir agir. La connaissance des causes est une composante importante d’une science qui devrait s’appeler, par exemple, culturologie (pas la seule composante; d’autres composantes seraient l’énumération des éléments d’une culture, la comparaison avec des éléments d’autres cultures, la classification et, in fine, l’action sur la culture et l’éducation, la paideia des Grecs).
La culturologie ne s’est jamais vraiment développée et semble avoir complètement disparu aujourd’hui. Personne ne sait donc expliquer pourquoi les Chinois gagnent, et les Occidentaux perdent.

Les progrès des Chinois semblent d’autant plus difficiles à expliquer qu’il semble y avoir, en Chine, une énorme corruption, à laquelle aucun pays européen ne survivrait, même pas l’Italie, fortement mithridatisée, et qu’un échange verbal avec des Chinois est loin d’avoir la clarté, la simplicité et la netteté d’un débat entre Occidentaux.
 On pourrait même émettre l’hypothèse qu’un accord avec un Chinois se passe entre les lignes et entre les mots.
Et pourtant des choses se font, des satellites sont envoyés en l’air, des avions se construisent, des villes fusent. Et le plus grand mystère règne sur la manière dont la Chine est gouvernée.
Le régime chinois ne correspond à aucune définition occidentale.
Et pourtant la Chine est à mes yeux le pays actuellement le plus intelligemment dirigé de la terre. Il a osé s’attaquer à l’un des péchés capitaux de l’humanité, selon Conrad Lorenz, la surpopulation.
Alors que l’Europe se dépeuple par les effets de la loi du marché — et le marché, si on le laisse faire, tue — qui a livré les lieux habitables à la spéculation, que l’Afrique se dépeuplera peut-être par des maladies et la désertification, deux maux auxquels participe la main de l’homme, la Chine se dépeuple par une volonté politique (et en même temps la Chine envoie des surplus humains partout dans le monde; les Chinois de Paris ont conquis bien plus que le XIIIe arrondissement, il y a des quartiers chinois dans les villes italiennes, des Chinois font en Algérie des travaux que les Algériens ne veulent plus faire et il y en a de plus en plus en Afrique; dans les universités américaines, des Asiatiques occupent les premières places).

Le succès des Chinois dans le monde s’explique aussi en partie par certains défauts bien visibles des démocraties occidentales : le suffrage universel amène des médiocres, les kakoï, au pouvoir, ceux qui sont au pouvoir installent des pairs dans les institutions comme l’université; les grands capitaines d’industrie ne sont pas les plus intelligents, mais les plus voraces, des gens ayant l’oeil vissé sur le succès immédiat, non pas d’une vie, ni même plus d’une année, mais trimestriel et maintenant mensuel.

Et il y a un autre facteur dont personne n’ose plus parler : la disparition du sentiment de solidarité nationale, faussement appelé nationalisme. Des destructeurs ont imputé au nationalisme les deux grandes guerres du siècle dernier, né en Europe, comme des destructeurs ont attribué aux religions se disant issues d’Abraham les guerres les plus sanglantes. Alors que ce sont tout simplement des malfaiteurs qui se sont emparés des plus nobles sentiments pour s’en faire un paravent, un prétexte à leurs prédations, comme aujourd’hui le malfaiteur Bush s’est emparé des symboles de liberté, des droits de l’homme et de démocratie (il fait exactement la même chose que ce bon Roosevelt, sans doute principal agent déclencheur de la seconde guerre mondiale; la seule différence étant que Roosevelt avait l’air d’un gentleman, alors que Bush a très exactement l’air de ce qu’il est).

On peut avoir l’impression que quand un Chinois agit, une partie de son action est destinée non pas à son propre portefeuille, mais à la Chine tout court. Le nationalisme chinois est-il dû à l’éducation ou à l’intelligence individuelle ? Difficile à dire. Il faudrait justement des culturologues pour étudier ce phénomène.

 ms

Lire nos articles précédents :

- Danone se fâche…
- Tout est bon pour le marché de la contrefaçon…
- Le dragon sort ses griffes…

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