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Devant le gouffre…

« Le vide de l’aube à la nuit »
L’indulgence n’exclut pas la rigueur. De la rigueur, notre ami Frantz Quatreboeufs n’en manque pas. Nous le connaissons lecteur nocturne souvent. L’œil pétille et la bouche se fait gourmande au détour d’une belle phrase ou d’un beau et bon raisonnement…

Oui, quelque indulgence sans conséquences à l’égard de l’auteur.

Mais quel effroi devant le « sujet » qui s’interroge…

Merci Frantz.

Portemont, le 18 septembre 2007

SARKOZY par REZA, le vide de l’aube à la nuit

 « On critique beaucoup, particulièrement à Gauche, le récit que Yasmina REZA
consacre au Président de la République, dont elle a suivi la campagne présidentielle en témoin “embarqué”. Pour d’aucuns on n’y apprend rien, pour d’autres l’auteur flatte son sujet, pour quelques uns encore elle parle surtout d’elle-même, en intellectuelle semi-mégalomane ivre de son ego. Qu’il nous soit permis, bien modestement, de nous inscrire en faux.

Certes, l’auteur s’est prise de sympathie pour M. SARKOZY, comme en
témoignent de nombreuses photographies publiées ces derniers jours par la presse, dont celle très étrange les figurant esquissant quelques improbables pas de danse dans une arrière salle miteuse.
Certes, également, l’écriture est très féminine, s’attachant aux détails, aux tenues, aux postures,à mille choses d’ordinaire exclues des reportages politiques, car jugées futiles.

Certes, enfin, l’auteur balaie d’un revers négligent un article du Canard Enchaîné, considéré comme dénué de tout intérêt parce qu’il mettait en lumières quelques étranges pratiques immobilières de sa nouvelle idole... Ce qui lui vaudra une critique acerbe dudit plumitif: dans le monde doré de Madame REZA, l’intégrité financière ne saurait être un critère de sélection d’un candidat aux fonctions électives... On sait d’ailleurs que M. SARKOZY, dont on connaît les affinités avec le monde de l’argent -pour ne pas dire du clinquant- souhaite réserver les foudres de la justice pénale aux voleurs de voitures plutôt qu’à la délinquance financière... BERLUSCONI, quand tu nous tiens...

 Mais au final, pourtant, le portrait qu’elle nous dresse à petites touches de M.
SARKOZY sonne juste, cruellement juste: on voit l’auteur se reconnaître avec délice dans l’aventure de cet homme dépourvu de tout passé, ennemi de toutes racines, l’un comme les autres perçus comme engluant dans l’immobilisme. Rarement aura-t-on enfin décrit avec autant de clarté l’indifférence absolue que M. SARKOZY éprouve pour tout ce qui fait la France, de son histoire à ses villages.

On sent aussi, très justement, toute l’imposture du discours de la rupture: le
candidat nous y est décrit comme ne vivant que l’instant présent, les promesses les plus sincères n’engageant que la minute de leur expression (les personnels de GDF en savent quelque chose en termes de participation de l’Etat au capital de leur entreprise...). Cet homme a besoin de courir, de bouger, de zigzaguer, parce qu’il le dit, l’immobilisme est la mort. Ainsi le voit-on visiter Euro-Disney en famille, non par curiosité, non pas même pour complaire à ses enfants, mais...pour faire quelque chose le week-end!
Il n’a nulle ligne directrice, parce qu’elle serait pour lui une prison dont il lui faudrait aussitôt s’échapper. Ce que n’ont pas compris ses thuriféraires, c’est qu’il est certes homme de rupture, mais de ruptures successives, y compris avec ses propres idées... si l’on peut appeler idée l’impression d’un instant.

Il court et court toujours; il court pour courir, à peine guidé par son mentor Henri GUAINO, personnage inspiré, mais l’on ne sait par quoi. Sait-il où il va? La réponse, ahurissante est dans le livre, et pourtant nul article n’a relevé ce passage qui pétrifie d’effroi comme penché devant le gouffre :

“Y.R.: Ca te paraît long encore?
N.S: Je  n’y pense pas.
Y.R: Tu vis au jour le jour?
N.S.: Oui. Je pense à ce que j’ai à faire chaque jour. C’est bien suffisant.
Silence. Il regarde ses mains. Puis il ajoute:
Pourquoi penser?
YR: C’est une vraie question. Qui vaut pour beaucoup de choses.
N.S.: Oui. Pour beaucoup de choses.”

La messe est dite.

Franz Quatreboeufs
13 septembre 2007.

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