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Etre à l’abri ?

A l’abri de qui, de quoi ? Protéger, se protéger ?
Porter assistance à son prochain, relever celui qui est tombé malencontreusement à terre, protéger le plus faible…

© DR. Victime de la maladie dite de Minamata

C’est dans notre société un défi permanent. Nous ne devons et nous ne devrons jamais nous détourner de ce défi. Nous devons le prendre à bras le cœur.
Aider son prochain, c’est aussi parfois le secouer un peu. Tout ne vaut pas tout.
Mais ce combat sur nous-même – c’en est un !- n’est pas affaire du « Tout Etat »…

Et si l’Etat s’occupe de tout c’est que nous lui avons cédé la place, parfois en y trouvant notre compte. C’est bien souvent plus confortable…

Instruire, informer, veiller à ce que le plus fort n’abuse pas du plus faible c’est l’affaire de tous. L’Etat a sa place et elle n’est pas mince. Faudrait-il encore qu’à la tête de l’Etat l’autorité soit indépendante…

Aujourd’hui devant nombre de nos craintes qui sont légitimes, l’Etat s’insinue chaque jour un peu plus dans nos vies. Et reconnaissons que de nos peurs, l’Etat fait un fonds de commerce…Un équilibre délicat est à trouver.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas de la jungle du marché que viendra la solution…
Le principe de précaution inquiète. Il répond à l’attente de nombre de nos contemporains.

S’il pose quelques problèmes de taille, est-ce en raison du ralentissement qu’il provoquerait… Ralentissement de quoi ? Du progrès ! Bien médiocre réponse…
Les agissements de nombre de groupes sévissant dans l’agroalimentaire, la chimie et j’en passe, nous ont montré que les contrôles et les précautions ne sont pas vains. Tout libérer ? S’en remettre à notre infaillible bon sens pour savoir ce qui est bon de ce qui est mauvais ? Foutaise ! Que cela nous plaise ou non, il faudra toujours quelques autorités de contrôle quand bien même seraient-elles frileuses.

Nous n’entendons pas hisser le risque zéro sur un piédestal. Le culte du risque zéro est malsain et fausse la réalité de la vie.

Mais notre monde étant conduit par des impératifs de rentabilité, de profit, de conquête de marché, l’homme y étant devenu une ressource et non pas une richesse, mieux vaut encore frilosité qu’inconscience.

L’Etat abuse comme il se doit de la situation. Pas de plus belle clientèle que la « clientèle qui veut-de-l’air-pur », qui fait abattre les platanes agressifs sur les bas-côtés des routes… La liste est longue… Mais la liste des victimes de la fureur du « Marché » et du moindre coût est bien plus longue encore. Les enfants de Minamata auraient bien aimé être protégés par un principe de précaution…

Changeons de régime, oui. Si nous voulons nous prendre en main c’est la condition « sine qua non ».

Mais dans le monde actuel « zéro » confiance au « Marché »…Et c’est bien lui qui est en embuscade dans l’éditorial d’Eloi Jutteau du dernier numéro de « ligne droite »…

Portemont, le 7 septembre 2007

Principe de précaution ou de destruction ?
Éloi Jutteau

Le principe de précaution a été introduit en préambule de la Constitution Française en 2004. Il figure à l’article 5 de la Charte de l’Environnement.
Le principe de précaution est le nom moderne du parapluie; pas celui qui protège des intempéries, mais celui sous lequel s’abritent tous ceux qui ne veulent surtout pas se mouiller. Quelles que soient les intentions des législateurs, le principe de précaution pourrait se transformer en principe de destruction.

                    
Les avancées scientifiques et techniques nous permettent de connaître une vie plus sereine et un confort matériel que n’ont pas connu les générations précédentes. Par ailleurs, grâce aux progrès de la médecine, notre espérance de vie a considérablement augmenté ces dernières années.
Ce sentiment d’une plus grande sécurité ne doit pas nous faire oublier que les progrès et les avancées de la recherche sont indissociables d’un certain facteur de risques. Pourtant, ce sentiment de sécurité conduit certains esprits frileux à entretenir la dangereuse illusion du « risque zéro », puis à inventer le « principe de précaution » qui va ralentir toute volonté de progrès.
L’institutionnalisation du principe de précaution trouve son origine dans:
• Les évènements largement médiatisés à la suite desquels la société ressent le besoin absolu de trouver des boucs émissaires ou des coupables.
• La dérive permanente de notre pays vers une société hyper protectrice, dans laquelle nous sommes manipulés par ceux qui affirment que nous sommes incapables de nous prendre en main, et nous devons attendre que le Service Public bienveillant nous apporte la santé, l’éducation, le logement, le transport, la sécurité, le travail, et bientôt nos femmes ou nos maris !
• Nous évoluons également dans une société de plus en plus aseptisée, une société uniforme, qui ne laisse plus de place à la fantaisie, et dans laquelle il ne faut surtout pas s’aventurer en dehors des standards.

Cet état d’esprit nous conduit à évoluer d’un État qui devrait représenter uniquement le bien commun et défendre l’harmonie entre les citoyens, vers un État qui veut protéger chacun jusqu’à trouver partout le danger. La loi nous oblige à subir un bombardement d’avertissements sur les dangers de la cigarette pour les poumons, du sucre pour les kilos, des graisses pour le cholestérol, de l’alcool pour le foie, du Loto pour le portefeuille, et de temps en temps des excès d’antibiotiques, des téléphones portables, des huîtres, … et peut être de la télévision qui abêtit.
Ces avertissements ne doivent pas nous empêcher de vivre même si notre vocabulaire doit évoluer comme dans une bande dessinée de Geluck où on voit "Le Chat" qui, se trouvant dans son bar préféré, demande au barman:
« Aurais-tu une boîte de "ne-pas-laisser-à-la-portée-des-enfants" pour que je puisse allumer ma "nuit-gravement-à-la-santé"
Réponse du barman « ok, est-ce que je sers avec un "à-consommer-avec-modération"
Certes nous courrons de graves dangers, mais nous constatons néanmoins que les générations qui ont précédé le principe de précaution n’ont pas été décimées par l’abus d’escalades dans les arbres, de baignades dans les ruisseaux, de cueillette dans les buissons, de bicyclette sans casque et de travail au-delà des 35 heures hebdomadaires.
Aujourd’hui, le principe de précaution devient l’arme absolue de celui qui ne veut pas agir et assumer ses responsabilités. Bientôt, nos enfants refuseront de faire leurs devoirs au nom du principe de précaution, en raison du risque de crampe dans la main ou d’intoxication à l’encre du stylo.
Sinon, il sera bientôt interdit de donner naissance à des enfants qui risquent une mort certaine dans un délai maximal de 123 ans.
Nous verrons alors cette phrase (dont l’auteur est, je crois, Woody Allen) devant les portes des maternités fermées au nom du principe de précaution :
« La vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible ».
Il faut d’urgence faire disparaître le principe de précaution de notre vocabulaire et de nos textes officiels. Il vaudrait mieux apposer sur tous les discours publics cet avis : « L'abus du principe de précaution est dangereux pour la santé mentale et pour le progrès humain. ».

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