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Fin de règne…
Nous connaissons assez bien ce qui peut s’appeler « L’Amérique profonde » et plusieurs « Amériques », tant ce pays est « divers »… Mais sa classe politique a des mœurs qui ne sont pas les nôtres… Question d’histoire et de civilisation. N’allez pas croire que nous plaçons notre régime républicain sur l’autel de la vertu… mais il nous reste – il nous restait ?- encore, un bel héritage. Ne le jetons pas aux orties. Bien au contraire. Ne devrions-nous pas avoir le bon sens de renouer avec les principes qui nous l’ont légué ? Un régime présidentiel, dans des habits neufs tissés pour durer cinq ans, déchaînera passions, sombres calculs… Et bien pire. Des politiciens « éminents », des politiciens qui ont eu ou qui détiennent encore de grandes responsabilités, illustrent les dangers qui nous guettent. Les nôtres – nous insistons- ne sont pas plus vertueux par nature, mais notre « tradition », notre « héritage » nous ont avec plus ou moins de bonheur, protégé tant bien que mal…et protégé les hautes sphère de l’Etat. La tête de l’Etat doit être avant tout une tête arbitrale et incarner l’unité de la nation, à l’abri des débordements affairistes… Quelques portraits du modèle américain… Alberto Gonzales Ce n’est pas rien d’être ministre de la Justice. Chez nous, il est aussi Garde des Sceaux ! Tenez vous bien, c’est depuis 1203 que cette dignité existe. Dans le temps, notre ministre de la Justice s’appelait le Chancelier de France. Les grandes dignités quand elles ont été tenues par de grands hommes, ça vous tient parfois des successeurs plus fragiles…
Alberto Gonzales est un homme méritant et intelligent. Sa biographie nous dit qu’il est le cadet d’une famille de huit enfants, fils d’émigrés mexicains, né en 1955 au Texas. Son père était ouvrier du bâtiment. Une belle « success story » s’est ouverte devant le jeune Alberto : Il s’enrôle dans l’armée de l’air des Etats-Unis en 1973 et sert 2 ans en Alaska. Une belle épreuve pour un enfant du Sud ! Brillant avons-nous dit, il entre à l’Académie militaire en 1975. Il obtient une licence de sciences politiques en 1979, et en 1982 une licence en droit de l’université d’Harvard ! Avouez que ce parcours a de la gueule. Alberto n’est pas fils de « wasp » bostonien…Et il aime son Texas natal. Peut-être a-t-il était impressionné par la série « Dallas » ? Dès 1982 il entre comme avocat chez « Vinson and Elkins », cabinet juridique de Houston, qui représente également la société « Enron ». « Enron », ça doit bien vous dire quelque chose, non ? Brillant, intelligent avons-nous dit, il est nommé en 1994 conseiller juridique du nouveau gouverneur du Texas. Le nouveau gouverneur du Texas est, lui, un « fils à papa » né du bon côté du « derrick » et dont le papa était déjà né du bon côté. Le papa d’Alberto, lui, était né du mauvais côté du manche de pioche… ’est la vie ! Ah ! J’allais oublier, le nouveau gouverneur c’était « George W. Bush ». Alberto fait très vite du bon travail. Il permettra par son savoir faire juridique à George W. Bush d’éviter d’être appelé comme membre du jury dans une affaire judiciaire. Le gouverneur n’est pas ingrat : il le nomme en 1997 Secrétaire d’Etat du Texas et en 1999, le fait accéder à la Cour Suprême de ce même Etat. Vous imaginez l’impact dans les familles « mexicaines » du Texas…En 2000, Alberto doit faire une campagne « électorale » pour être réélu à cette fameuse Cour Suprême et comme il n’a laissé que des bons souvenirs partout où il est passé, « Enron » lui donne 6500 dollars. Pas de quoi fouetter un chat texan : c’est légal. Election avec 81% des voix. Je vous l’avais dit : « success story » ! 2001, c’est une grande année. Si le « bug » de l’an 2000 a été évité, c’est l’année de l’élection de George W Bush. Le Président l’appelle à la Maison Blanche. Ce n’est pas un poste de planqué… Brillant et intelligent. Il convient de se répéter. Alberto fait des merveilles. Dans un mémorandum qui fait couler beaucoup d’encre, il conclut que la Convention de Genève n’est pas applicable aux terroristes d’Al Qaida, ni aux terroristes Afghans. Les combattants ennemis ne sont pas des prisonniers de guerre. D’ailleurs le « Bushland » n’est en guerre avec personne ! On peut dormir en paix à Guantanamo Palace. Des mauvais esprits iront jusqu’à dire qu’Alberto n’est pas étranger à ce qui s’est passé au camp de vacances d’Abou Ghraib. Encore une histoire de mémorandum… Alberto avait retenu une définition restrictive de la torture, pratique interdite, c’est bien connu, en la limitant aux « lésions corporelles définitives ou pouvant entraîner la mort » (injury such as death, organ failure, or serious impairment of body functions — in order to constitute torture). Brillant ? Brillantissime ! Et « chien de garde fidèle »…Alberto ne se ménage pas : Il est à l’origine du décret présidentiel autorisant le recours aux tribunaux militaires pour juger les suspects de terrorisme, et met au point l’argumentaire juridique utilisé pour empêcher le Congrès d’avoir accès aux documents préparatoires aux lois sur l’énergie et l’environnement ainsi que lors de la mise en place du « Patriot Act » dont il fut un des premiers défenseurs. Un parcours exemplaire pour un fils d’immigré ! Le « Bushland » est un si grand pays qu’il tire vers le haut ses fils récents. Ah ! J’entends déjà que si en France on pouvait faire pareil… Ne désespérez pas, c’est presque fait… La consécration d’Alberto pointe à vue. 2004. George W. Bush Bis ! Et la clef d’or pour Gonzales ! « Attorney General » ! C’est aux dires des spécialistes le plus haut poste jamais occupé par un « hispanique »…Alberto prête serment le 14 février 2005. La Cour suprême des Etats-Unis d’Amérique devrait être la prochaine étape… Et patatras… Une sombre histoire d’éviction de huit juges fédéraux en 2006, une broutille. Et un homme aussi débordé que notre Alberto qui ne souvenait plus dans quelles circonstances ces juges étaient « partis ». Il est aisé d’imaginer les jalousies que sa réussite a pu nourrir… Un tel « gagneur » passer devant une commission du Sénat…Et sa compétence mise en doute ! Subir un vote de défiance ! Son Maître a tenu à le défendre : « Ils peuvent faire leurs votes de défiance, mais ce n'est pas ça qui déterminera qui travaille dans mon gouvernement » Joli baroud… Le 27 août 2007 la Maison-Blanche annonçait la démission d’Alberto Gonzales. Le 13 août 2007, c’était une tout autre pointure qui tirait sa révérence. Dans les grandes affaires comme dans les grands « casses », point besoin d’avoir une grande culture cinématographique : Nous savons tous qu’il faut chercher le « Cerveau »… Et bien le 13 août 2007, c’était Le Cerveau en personne qui tirait sa révérence !
Karl Rove
Karl Rove, dans le monde des politiciens et des affairistes du « Bushland », est une légende vivante. Et sa légende, il n’a pas été le dernier pour la façonner… Mais le vrai passage à l’acte ce fut, lorsque faisant campagne pour un candidat républicain dans l’Illinois alors qu’il était étudiant en sciences politiques, il s’immisça dans le Q.G. du candidat démocrate, s’empara de plusieurs centaines de feuilles de papier à lettres à en- tête et fit imprimer une déclaration qui alla droit au cœur des nécessiteux : Le candidat démocrate promettait : « de la bière gratuite, des filles et du bon temps»… Vous imaginez la suite. « Une erreur de jeunesse » confiera le turbulent Karl. Et Karl, le fils d’un prospecteur de minerai, (famille de cinq enfants, mère qui se suicida) a le goût des campagnes. Il n’en conduira qu’une seule pour sa personne : Il deviendra le président des étudiants républicains, fréquentant 6 universités sans jamais obtenir le moindre diplôme. Difficile d’être au four et au moulin…Nous sommes en 1973, et celui qui n’est pas encore « Le Cerveau » a 23 ans ! Mais Karl a un modèle et il ne s’invente pas. Nous ne tenons pas sa confession de Dominique de Villepin. Stigmatisant la bassesse de telles manœuvres, il avoua le nom de son Maître : Il faut souffler un peu. Napoléon, référence de Karl Rove… Un tel élève c’est de l’or Outre Atlantique… dans ces années 70 – 1970- Et le Sun Tzu de San Diégo, le Clausewitz des coyotes d’être conseiller du camp républicain. C’est le temps de George Bush, le papa… Bien introduit, Karl affine ses armes. 1980. George Bush, le papa, se présente aux primaires républicaines. Rove sera son premier collaborateur. Il faut des sous, beaucoup de sous. C’est le « système » qui le veut ! Ah ! Le modèle américain… Karl monte une entreprise de collecte de fonds par correspondance, se marie dans la foulée avec une riche héritière et la quitte trois ans après. Karl Rove qui a Napoléon pour Maître n’a pas l’élégance d’un Lassalle, ni l’éducation…Lassalle pouvait lancer à son ami Thiébault : Ne nous égarons pas. Nous sommes sous d’autres cieux. Karl Rove tisse sa toile et attend son heure. Il monte un cabinet de consultant les toutes premières années de 80. Sa spécialité ? Vendre à des milliardaires texans des recettes pour détruire les candidats démocrates : Pas compliqué, des campagnes calomnieuses, feront l’affaire… Les journalistes ? Laisser sous-entendre que leurs turpitudes sexuelles pourraient être révélées… Papa Bush ne peut que remarquer un tel personnage… Et Karl est pressé, placer ses pions… Dès 1989, année de la victoire de Papa Bush, il voudrait bien établir le George W… dans le fauteuil de gouverneur du Texas. Malgré des cours de politique (napoléonienne ?) et des cours d’élocution, c’est trop tôt… « Le Cerveau » est prêt, mais le petit George surnommé « Dubya » n’est pas prêt… Il faudra attendre 5 ans encore. Karl donne toute sa mesure dans la campagne qui conduira le rejeton à la victoire. Nous vous avons prévenu ce n’est pas du « Lassalle ». Rien ne vaut une bonne enquête de sondage à coups d’habiles questions : La méthode est rodée et portera de plus grands fruits pour les primaires républicaines de 2000 : John McCain, républicain quelque peu atypique, ami de John Kerry, vétéran du Vietnam, fils et petit-fils d’amiraux, prisonnier cinq ans chez les Viets… Et « Le Cerveau » sera secrétaire général adjoint de la Maison-Blanche. Sans tarder penser à la réélection du petit George pour 2004…Entretenir la peur, il y a eu le 11 septembre…S’appuyer sur la droite on ne peut plus religieuse (Version made in U.S.A.) et tous les jours faire savoir et marteler à l’Amérique qu’ elle est en « guerre contre la terreur » Mais l’Irak ne donne pas les fruits attendus et les élections de 2006 ne donnent pas le résultat escompté. Les républicains perdent la majorité au Congrès. Acte I Acte II « Le Cerveau » affectueusement appelé par le Président «turd blossom» (fleur de bouse) du nom d’une fleur du Texas qui pousse sur ce que vous avez deviné, s’en va vers d’autres aventures. Juste une péripétie du modèle américain… Et nous vous avons fait grâce de bien de ses turpitudes. C’est simple, il vous suffit de taper sur les moteurs de recherche « Biographie Karl Rove », de lire quelques ouvrages et de fouiller dans les archives de la presse américaine… A suivre, avec encore quelques belles figures du rêve américain… Dick Cheney, Paul Wolfowitz et d’autres… Portemont, le 4 septembre 2007
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