|
Quand les « Fourmis » dansent…
 |
Etonnant et attachant Japon ! Un peuple marqué par les hiérarchies, des conventions parfois difficiles à déchiffrer par nos esprits occidentaux, un peuple qui a élevé les arts à un niveau d’excellence où l’extrême raffinement fait côtoyer dépouillement et exubérance retenue, toujours ordonnée…Ce peuple, après les « bombes », s’est posé une question :
« Comment peut-on encore danser après Hiroshima ? »
|
Il a bien fallu trouver une réponse et continuer à vivre. Et donc à danser…
Aujourd’hui il danse, le « tango » à Buenos- Aires, « Las sévillanas » en Andalousie et nous fascine avec le « butÿ »… Entrons dans la danse !
Intimiste au plus haut degré, la danse au Japon, a été très vite codifiée, comme la musique ou le théâtre. Liée aux arts de la scène comme le kabuki ,le nô et le kyogen ou la religion avec la danse traditionnelle « bon-odori » lors de la fête des morts, la danse traditionnelle exige des danseurs une maîtrise et une « retenue » sans pareille.
« Le Jiuta-mai est une danse de caractère intimiste qui s’est développée dans le Kansaï, la région de Kyoto et d’Osaka à l’époque Edo (fin du XIIe – milieu du XIXe siècle) ». |
 |
Danseurs et plus encore « acteurs », sont bien souvent les maillons de dynasties qui pour certaines prennent naissance à l’époque même où leur art vit le jour comme Ichikawa Ebizo XI, maître du kabuki. Cela est aussi vrai pour les potiers comme la famille Sakaida au surnom de « Kakiemon » qui exerce depuis 12 générations…
Dans les arts, « vivants » ou non, les artistes aimant ou voulant perpétuer la tradition, ont toujours été confrontés à une question obsédante : Comment faire coexister tradition et création ?
 |
Au Japon, les danseurs ont été ébranlés par l’occidentalisation de leur pays, la chorégraphie de Nijinski pour« Prélude à l’après-midi d’un faune » et Hiroshima. Il fallait répondre à cette terrible question : « Comment peut-on danser après Hiroshima ? » et ne pas succomber à l’Occidentalisation…
|
Buyô. La danse-jeu du Kabuki |
Ainsi naquit le « Butÿ », « danse des ténèbres », lente gestuelle de danseurs quasi nus, corps et crânes rasés peints en blanc…
|
 |
 |
La compagnie japonaise Sankai Juku. Photo : Sankai Juku
|
La « naissance » du butÿ date d'un spectacle de Tatsumi Hijikata en 1959, intitulé Kinjiki et qui fit grand scandale, il fut même assimilé au japon à un spectacle pornographique. Hijikata s'associa ensuite à Kazuo œno, et la première femme danseuse de butÿ fut Tomiko Takai au cours des années 1960.
La rencontre par les danseurs japonais de l'expressionnisme allemand fut en effet un choc, mais ce fut surtout par rapport aux contraintes de leur propre culture et de leurs moyens d'expression. La possibilité par eux entrevue de laisser libre cours à un mode d'expression totalement affranchi des conventions et des symboliques extrêmement élaborées de leur pays laissa un champ immense à parcourir.
L'histoire d'Hiroshima n'est que contingente à cette dynamique. Le fait est qu'en 1945 beaucoup d'artistes japonais se posèrent la question ce que signifie toute représentation esthétique dans la culture japonaise maintenant (après la capitulation sans condition et après Hiroshima et Nagasaki). L'exploration des continents inédits entrevus par l'émergence de la danse contemporaine en Allemagne, disons entre le cabaret et Mary Wigman, les amena progressivement à parcourir le champ libre du corps comme matérialité. Ce qui suscita rejet, voire dégoût, dans la culture nippone de l'époque. Par contre en Europe, l'aspect auto-référent ou parodique de la scène occidentale passa complétement inaperçu et suscita une véritable fascination pour cette danse de l'extrême et de l'exacerbation totale. |
L’occident fut quelques années après fascinés par cette nouvelle chorégraphie qui essaima bien au delà de l’ Empire du Soleil Levant…
Et des Japonais redécouvrir le plaisir de danser…
Grande fut la surprise ce mois d’août 2007, à Buenos Aires !
Makiko Nishikawa et Leona Noguchi laissaient un jury exigeant bouche bée, et obtenaient la cinquième place dans la catégorie « Tango Salon» lors de 5ème édition du « Mondial tango », alors que cette catégorie paraît intouchable pour qui n ‘est pas « porteno », c’est-à-dire habitant de Buenos Aires…
Mais un tel succès n’arrive jamais seul : Notre couple de danseurs nippons avait emporté la veille, la 3ème place lors de la finale du « Tango Escenario » ou tango de scène, discipline aux chorégraphies plus riches permettant des costumes et des maquillages des plus sophistiqués… Et deux autres couples « compatriotes » participaient aux épreuves…A Tokio, les jeunes filles rêvent de tango, alors que les plus favorisées vont danser « las sévillanas » en Andalousie…
A Séville des jeunes japonaises, la discipline chevillée au corps,apprennent à maîtriser les séries de quatre « coplas »(couplets) et feignent avec art de se pâmer dans les bras de leurs cavaliers dans un « bien parado » (l'arrêt bien fait) à faire pâlir les sévillane de vieille souche ! Il se dit même que les plus hardies lorgnent en direction du Flamenco…
Mais je vous rassure, lors du déplacement de l’Empereur Akihito et de l’Impératrice Michiko à Niigata, afin de réconforter les victimes du dernier séisme, les vieux Japonais n’ont pu retenir leurs larmes à la vue de l’Empereur. Le Japon éternel n’est pas mort !
Simon de Quoisiry, le 19 septembre 2007
 |
 |
Ichikawa Sajirô assistant du Maître Kabuki Ichikawa Sadanji et Karine Gonzalez dans "A compas de corazon". |
Pour les amateurs de Flamenco, le festival de San Lucar jusqu'à décembre 2007 : Lire "Planète Andalucia".
 |
 |
Takuya Muramatsu et Alfredo Lagos. |
 |
Soleil Levant dans l'Empire du Tango
Anna Saeki, née à l'île d'Hokkaido, Asahikawa
« Sa compétence étant reconnue, enregistrement de disques en Argentine, apparitions dans les médias, participation pour des tournées de concert de tango avec les meilleurs groupes argentins au Japon. »
|
 |
Le Jiuta-mai est une danse de caractère intimiste qui s’est développée dans le Kansaï, la région de Kyoto et d’Osaka à l’époque Edo (fin du XIIe – milieu du XIXe siècle). C’est un art de professionnels et de geishas. Le mot Jiuta-mai tire ses racines de ji (province), uta (chant) et mai (danse). Contrairement aux autres danses traditionnelles japonaises comme le Kabuki ou le Nô, le Jiuta-mai était traditionnellement pratiqué dans des maisons privées, chez les courtisanes et les bourgeois. Actuellement encore, même lorsqu’il est présenté dans un théâtre, il n’y a pas de décor, hormis quelques bougies et un paravent, symbolisant l’intérieur d’une maison privée.
Source : http://www.adem.ch/concerts05/japon.html |
 |
Fujima Aya est née en 1956.
Elle commence son apprentissage de la danse classique japonaise à l’âge de 2 ans, et débute sur les planches à 4 ans au Théâtre Sumida. À 8 ans, elle devient officiellement disciple de Fujima Kanshirô.
Elle reçoit en 1973 le nom de Fujima Kanichiaya du chef de file de l’école, Kanjûrô. En 1985, elle obtient sa licence d’enseignement.
Proche collaboratrice de Kanjûrô, elle adopte en 1999 le nom de Fujima Aya et est aujourd’hui l’un des piliers de la société Kanamé no kai, qui organise les spectacles de la branche principale de l’école Fujima.
Source : http://assoc.orange.fr/arta/buyo06_bioa.htm |
 |
« Bailando por sevillanas en la Feria de Abril de Sevilla » |
 |
La relève : les "jeunes Sévillanes" de Vendargues (Hérault)... |
Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir |
|