Qu’est-il arrivé à l’écrivain reconnu et comblé de « Guerre et paix » et d’ « Anna Karénine », au sommet de sa gloire littéraire, apparenté par ses origines aux plus grandes familles de la Russie tsariste qui avait ses entrées au Palais impérial par sa tante, pour se rebeller contre toutes les institutions civiles et religieuses de son pays, en venir à leur nier toute légitimité et fonder le Tolstoïsme, religion de la non-violence et de l’austérité, lui, qui a toujours mené un train de vie fastueux dans sa propriété. Est-ce un nouveau millénarisme ?
Qu’est ce qui a rendu ce grand sensuel, ennemi de toute sensualité dans le mariage, cet amateur de musique, ennemi de la musique qui corrompt l’âme ?
Est-ce la mort vue en songe dans une auberge en 1869 qui va désormais le poursuivre et donner un cours radicalement nouveau à sa vie, l’amener à chercher le sens de sa vie ? Cette hantise de la mort qui va désormais le poursuivre-on la retrouve dans sa célèbre nouvelle « La mort d’Ivan Ilitch »- et aussi finalement dans sa fuite pathétique à la fin de sa vie. Est-ce la fidélité à son enfance qui permet de comprendre ce vieil homme fuyant sa femme, pour mourir, achevant son errance, dans une gare inconnue en 1910, comme l’avait prévu Dostoïevski pour un des héros, Stefane Trophimovitch, le professeur de son grand roman politique « les Démons » ?
Somme-nous en mesure de renouer pour Léon Tolstoï ce fil perdu entre sa recherche exigeante de vérité et sa fidélité au secret de son enfance, à l’ombre des pèlerins, les fous de Dieu, accueillis à Iasnaïa Poliana, la demeure paternelle ?
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