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Participer au concert pérenne des nations…

Un rappel  indispensable, un dossier consacré à « L’avenir de la Francophonie »
Le numéro 71 de la « Revue internationale et stratégique, automne 2008 »…
Le XIIéme « Sommet de la Francophonie » se tiendra du 17 au 19 octobre 2008 à Québec – Québec Canada- Une espérance ? « La fin annoncée du globish »par Jacques Myard.

Alors que : « Aujourd’hui, le Quai d'Orsay lui-même répond en anglais dans les échanges avec ses partenaires ! » Relever les défis, toujours en « partage »…

Portemont, le 5 octobre 2008

« La fin annoncée du globish »
Jacques Myard
, Député, membre de la Commission des Affaires étrangères

Il s'agit bien évidemment d'un avis personnel, mais il me semble que le fait de débattre d'un thème tel que " la Francophonie et le développement durable " ne fait pas réellement sens Il Semble que l'enjeu réel soit aujourd'hui celui de savoir si le français, en tant que langue, a encore une modernité économique. Notre langue est-elle un élément de ce débat ? Le fait de répondre " oui " à cette question est la seule manière de revenir - non sans faire un long détour - au thème de l'économie durable, nouveau leitmotiv de la politique française, voire des politiques locales. Il n'y a, certes, rien de neuf à rappeler qu'une langue n'est pas un simple moyen de communication mais que c'est au contraire un système holistique de pensée. Une langue est ainsi normalement structurée pour accéder à un ensemble de concepts de la connaissance humaine. Le français, à cet égard, a des qualités indéniables sans pour autant être supérieur à aucune autre langue. Ce qui rejoint tout à fait le discours sur la nécessité de respecter les langues régionales, nationales, etc. C'est dans le dialogue des cultures que s'enrichissent les cultures et les civilisations.

Néanmoins, nous assistons actuellement à un phénomène assez exceptionnel dans ce débat des concepts et de la connaissance, notamment en France. Les élites françaises font preuve d'un certain renoncement à parler le français, en particulier dans l'ensemble des symposiums internationaux. On se demande parfois si la France n'a pas honte de parler sa langue. La dernière bataille n'est autre que celle de L'Eurovision où l'on a dû assister au ridicule de la France représentée par le sabir international décadent. Dans le domaine scientifique, certains faits doivent être rappelés. Selon une étude américaine - il faut parfois savoir se référer à l'adversaire potentiel - sur les 22 domaines de recherche de haute technologie du XXIème siècle concernant l'aéronautique militaire, la France possède la maîtrise de 17 d'entre eux. C'est dire que nous ne sommes pas encore totalement défaits dans la compétition internationale. Cela étant, Julien Benda l'avait compris, "on ne peut être trahi que par les siens" et on assiste effectivement à une forme de trahison des clercs. De plus en plus de publications sont payées par le contribuable français mais écrites dans un anglais réducteur (et réduit). Le rapport Attali enfonce, lui, des portes ouvertes. Certaines de ces 300 propositions ont un intérêt mais l'ensemble se contente de reprendre beaucoup de choses déjà vues comme l'injonction à faire de l'anglais la langue définitivement privilégiée, ce qui n'a aucun sens. Aujourd'hui les échanges avec ses partenaires !

Les conséquences de cette dérive sur le plan interne seront très lourdes. À force de nier ce que nous sommes en niant la langue française, nous allons provoquer un retour fort à des réflexes identitaires voire nationalistes, et ce, dans l'excès. On constate d'ailleurs à l'heure actuelle un certain nombre de réactions, y compris dans les entreprises françaises qui révèlent que, à mettre en péril sa langue et son identité, on risque d'aboutir à quelques retours de bâtons féroces. Les Français coupent la branche sur laquelle ils sont assis. Le fait de jouer les " idiots utiles " de l'économie dominante ne peut que nous conduire à voir un nombre croissant d'étudiants choisir d'aller se former directement dans les universités américaines. De plus, ce phénomène remet en cause toute une stratégie d'échanges, de diversité culturelle, d'influence. Il est atterrant de constater la cécité d'une part de l'élite française. Nous assistons en effet à la fin programmée du globish, ce sabir international né des rapports incestueux entre la noble Langue de Shakespeare et les idiomes dégénérés du Texas. Porté par l'économie dominante américaine, son primat peut être aujourd'hui mis en question. Car ce privilège exorbitant accordé globish va directement à l'encontre du débat nécessaire des cultures, des conceptions économiques. Cela revient à regarder le monde à travers le prisme désormais dépassé des années 1960. Nous allons nécessairement assister au déclin de l'économie américaine, pour des raisons internes, ne serait-ce qu'avec la montée de l'hispanité qui va provoquer l'émergence d'une nouvelle situation du type " Autriche-Hongrie ". L'ancien président Vincente Fox nous avait ainsi répondu lors d'une visite à Paris à une question volontairement provocante sur la " future reconquête de la Californie et du Texas par le Mexique " que celle-ci n'était en fait " pas utile ", dans la mesure où l'on verrait certainement et, " dans le temps d'une vie d'homme, l'émergence d'un Etat hispanique entre le reste des États-Unis et le Mexique ". Il y a également des raisons externes à ce déclin qui va affecter la puissance relative des Etats-Unis.

Le monde prend la voie d'un multilinguisme planétaire. C'est dire que la vision actuelle que nous avons d'une langue, le globish comme d'une passerelle universelle, va rapidement s'éroder pour laisser place à des mondes multiples et variés sur le plan linguistique. L'anglais restera, bien sûr, une langue internationale, l'espagnol s'en rapproche à grands pas, le chinois bénéficiera de l'effet de masse et, enfin le français restera une langue parlée par quelques millions d'individus sur tous les continents.

En définitive, à travers la Francophonie, nous avons quelque part l'instrument du dialogue des civilisations qui nous est cher. Grâce à elle, nous pouvons mettre en avant et débattre de thèmes qui répondent justement aux défis de la mondialisation. L'instrument scientifique et économique que constitue une langue comme le français est de nature à faire progresser des thèmes qui, au demeurant, sont politiquement nôtres, tels que l'économie durable. Cependant, il faut avant tout prendre conscience et reconnaître que c'est l'un des enjeux que la Francophonie doit s'approprier et non le seul, si elle veut pouvoir participer au concert pérenne des nations.

Présentation du numéro 71, « Automne 2008 » :

  • Dossier : L'avenir de la Francophonie
    Sous la direction de Didier Billion
  • Pour une Francophonie ambitieuse Alain Joyandet
    Les défis de la Francophonie
    Abdou Diouf
  • La Francophonie dans la mondialisation
    L'urgence à ne pas renoncer Mongi Bousnina
    La fin annoncée du globish Jacques Myard
    Les limites de l'« État francophone » : vers un réseau mondial de la Francophonie Jacques Legendre
    La Francophonie dans l'océan Indien : un enjeu majeur face aux défis de la mondialisation Pierre Vergés
  • Francophonie et diversité culturelle
    La diversité culturelle, nouvelle frontière de la mondialisation ?
    Dominique Wolton
    Le français, au confluent de deux courants contraires Jean-Claude Jacq
    La diversité culturelle est un dialogue Driss Khrouz
    Les valeurs de la Francophonie au service de la diversité culturelle Jean Musitelli
    Témoignage : la diversité culturelle au quotidien Rithy Ranh
    Le 7e art et la francophonie Souleymane Cissé
  • Francophonie et développement durable
    Les initiatives francophones en faveur du développement durable Fatimata Dia Touré
    Vers une prise en compte plus complète des enjeux propres au développement durable Sékou Touré
    Le contexte socioéconomique de l'Union économique et monétaire ouest africaine Soumaila Cissé
  • L'OIF, nouvel outil de prévention des conflits
    Un dispositif en faveur de la gestion et de la prévention des conflits en plein développement Hugo Sada
    La langue française, vecteur de dialogue et de négociations GCA Emmanuel Beth
    Francophonie et coopération militaire, un nouveau départ pour l'OIF Bernard Cazeneuve
    Vers une intégration renforcée de la francophonie aux efforts de la communauté internationale Lt Gen. Babacar Gaye
    Vers un Système d'Alerte Précoce adapté Col. Yoro Koné
  • La Francophonie, vecteur d'influence et outil de solidarité
    Une Francophonie au service de valeurs universelles Tahani Omar
    Sortir d'une stratégie défensive pour retrouver le désir de la langue française Hervé Bourges
    Recentrer la Francophonie sur sa mission centrale : la promotion de la langue française Pierre-André Wiltzer
    Pour une Francophonie au service de la société du savoir Emil Constantinescu
    L'Agence universitaire de la Francophonie Jean-Pierre Asselin de Beauville
  • Débats
    Le grand public face aux questions internationales Hubert Védrine et Jean-Christophe Victor
  • Le dialogue est-il encore possible au Proche-Orient ? Régis Debray et Marek Halter

« Les francophones dans le monde »
Le français est avec l'anglais l'une des deux seules langues parlées sur tous les continents. Il est en outre la 9e langue la plus utilisée dans le monde.

200 millions de francophones

« 200 millions de francophones, dont 72 millions de francophones partiels : telle est l'évaluation à laquelle parviennent les auteurs du rapport, non sans avoir précautionneusement rappelé qu'il ne pouvait s'agir que d'estimations et appelé de leurs voeux la constitution d'instruments de mesure plus scientifiques. Par rapport aux données précédentes, le nombre de locuteurs capables de faire face aux situations de communication courante a augmenté de même que le nombre de locuteurs ayant une compétence en français plus limitée. Cette augmentation est due, d'une part, à la prise en compte des États ayant adhéré à l'Organisation internationale de la Francophonie depuis la dernière enquête ; d'autre part, à des réévaluations substantielles du nombre de francophones dans des pays d'Afrique subsaharienne dont la population a considérablement augmenté, comme le Tchad ou le Togo. Enfin, une enquête dans les États du continent américain non membres de l'OIF a permis d'estimer le nombre de francophones à 1 800 000 et le nombre de francophones partiels à 600 000. (.)
Entre 1994 et 2002, le nombre d’apprenants du et en français dans le monde augmente de 15 409 252 personnes, soit 20 % de plus qu’en 1994, mais cette tendance subit un tassement entre 2000 et 2002. Passant de 75 340 561 apprenants en 1994 à 90 749 813 en 2002, on peut parler d’une augmentation globale significative. L’analyse par région permet d’enregistrer que l’augmentation la plus importante du nombre d’apprenants concerne l’Afrique et le Moyen Orient (60,37 %) et que la baisse affecte l’Europe tandis que l’évolution n’est pas spectaculaire ailleurs.
Les taux de scolarisation ayant crû de manière beaucoup plus rapide que le nombre d’apprenants de et en français, l’évolution du nombre de ces apprenants par rapport au nombre d’enfants scolarisés est défavorable, sauf en Afrique subsaharienne et dans l’océan Indien où elle est tout juste positive. »
Source : Dossier de presse, OIF, « La Francophonie dans le monde 2006-2007 », Nathan, 2007, 328 p.

Pays et régions du monde les plus francophones
« Les pays où l'on trouve le plus de francophones et francophones partiels pour l'Afrique du Nord, sont le Maroc en nombre et la Tunisie en pourcentage de la population totale ; pour l'Afrique subsaharienne, la République démocratique du Congo en nombre et le Gabon en pourcentage ; pour l'Europe centrale et orientale, la Roumanie en nombre et en pourcentage. Au Moyen-Orient, le Liban devance largement l'Égypte en pourcentage ; dans l'océan Indien, Madagascar passe devant les Comores en nombre mais pas en pourcentage ; en Extrême-Orient, avec des valeurs très faibles, si le Viêtnam est premier en nombre, le Cambodge l'est en pourcentage ; en Europe de l'Ouest, les pourcentages atteignent, bien sûr, quasiment les 100 % en France et en Communauté française de Belgique, et s'en rapprochent au Luxembourg. Le Québec, quant à lui, recense plus de 6 millions de francophones, soit 83,1 % de sa population. Pour l'ensemble du Canada, le nombre de locuteurs est en progression et se situe à plus de 9,2 millions. »
Source : Dossier de presse, OIF, « La Francophonie dans le monde 2006-2007 », Nathan, 2007, 328 p.

Evolution du nombre de francophones
Dans son rapport "La Francophonie dans le monde 2004-2005", le Haut Conseil de la Francophonie estimait à 175 millions le nombre de francophones répartis dans le monde, avec, par rapport à l'année précédente, une hausse du nombre de locuteurs capables de faire face aux situations de communication courante en français, autour de 115 millions, et une baisse du nombre de locuteurs ayant une compétence en français plus limitée, autour de 60 millions.
Il constatait que le nombre de francophones était en augmentation d'une façon générale en Afrique subsaharienne et dans l'océan Indien, avec des situations sensiblement différentes suivant les pays. Il était, en revanche, en baisse dans la Caraïbe et, notamment, à Haïti.

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/francophonie/francophones-monde.shtml

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