mardi 02 décembre 2008

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Entre patrimoine et source de revenus…

En 2006, 79 millions de touristes ont posé le pied en France. Ils nous ont « visité ». Nous, nos trésors gastronomiques, nos belles provinces avec ses châteaux, ses églises, ses campagnes, ses villages. Et nos musées, grands ou petits… plus de 1200 musées reconnus auxquels s’ajoutent  environ 1000 musées privés, et 200 divers, soit 2400 au total…  Dans l’air du temps, encore un classement…

A l’initiative, depuis cinq ans, de la revue « Le Journal des Arts » qui publie son classement des musées français… Une étude qui s'appuie sur un questionnaire détaillé auquel ont répondu 373 établissements afin  d’établir un classement général et trois sous-classements (accueil des publics, dynamisme et conservation) sur la base de 69 critères d'évaluation.

Au vue du nombre de nos musées, un « classement » bien partiel…mais qui nous éclaire quelque peu : La fréquentation des 373 musées qui ont répondu,  enregistre une progression significative, passant de 37 à près de 40 millions de visiteurs (+8%). Le nombre d'expositions temporaires organisées par ces établissements augmente également, passant de 1.076 à 1.142 (+6%).

Nos musées « participant » à ce classement ont prêté 92.629 oeuvres, pour seulement 52.741 empruntées. Et si les budgets engagés pour ces expositions sont en forte progression : 53,4 millions d'euros, contre 38,7 millions en 2006 (+38%), imputables essentiellement au coût des assurances et à celui de la scénographie, aux dires des « spécialistes », ils sont modestes… si on les comparent au budget d’un seul film comme "Astérix aux Jeux olympiques" : 78 millions d'euros… pour un grand navet !

En tête de ce classement, les incontournables grands parisiens : Le Louvre, Orsay, le Centre Pompidou et le musée Guimet, mais un cinquième ex-aequo avec le Musée des Arts décoratifs de Paris qui surprend : « la Piscine » de Roubaix (10e en 2006), un musée original par son architecture comme par sa programmation.

Lien : http://www.roubaix-lapiscine.com/index.php?version=html

« la Piscine » de Roubaix

Et la « province » qui suit tête haute avec le Musée des beaux-arts de Rouen, ex-aequo avec le Musée du quai Branly à Paris (passant de la 12e à la 7e place), le Palais des beaux-arts de Lille et le Musée de la musique à Paris. Les cinq musées suivants sont également provinciaux : le Musée des beaux-arts de Nancy, les Abattoirs de Toulouse, le Musée de Picardie d'Amiens, le Musée des beaux-arts de Lyon et le Musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon.

le Musée des beaux-arts de Rouen
Lien : http://www.framemuseums.org

Mais rappelons le, seul 373 établissements ont répondu au questionnaire… et longue serait la liste des musées qui pouvaient prétendre à une place honorable. Pour n’en citer qu’un, le musée Fabre à Montpellier, lequel après plusieurs années de travaux  a rouvert au public en 2007 et peut être considéré à juste titre comme une des toutes premières collections publiques françaises, dans un magnifique écrin !

Point qui a retenu toute notre attention dans l’enquête du Journal des Arts : la gratuité…
Si lors des expérimentations de gratuité le nombre d’entrée a fortement progressé, pratique en vigueur depuis 2001 pour les collections permanentes de certains musées parisiens, le soufflé est retombé : Pour le Petit Palais – 28% et -44% pour le Musée d’Art Moderne..

Comme tout classement, toute interprétation ou extrapolation est discutable, mais nous pouvons regarder sereinement  la vie de nos musées…Ils participent activement à la vie culturelle de notre pays, au rayonnement de la France et à la transmission de certains savoirs.
Il n’en demeure pas vrai que certaines questions se posent avec plus d’acuité :
Quelles missions pour nos musées ?
« Entre préservation du patrimoine, mission culturelle et impératifs économiques les musées français se trouvent face à de nombreuses contradictions. Quels enjeux pour quel avenir ? »

Le lundi 20 août 2007, Carl-Maria Mörc nous livrait quelques éléments d’analyse :

« Si cette année la Culture a été mise de côté lors de la dernière campagne électorale, du point de vue financier elle n’a pas été en reste. L’année 2006 comptabilise le passage en France de 79 millions de touristes. Principales sources de revenus ? Les musées. Le Louvre a attiré 7,5 millions de visiteurs, Versailles 5,4 millions. L’avalanche de chiffres imposants, montre que le musée est bien un pôle économique et culturel. Le succès de certains musées soulève des interrogations : le musée est il devenu en France une institution de façade (pour la "nation de Culture") ou est-ce le reflet fidèle d’une vie culturelle dynamique ?

La polémique n’est jamais loin, exemple : était-il opportun, pertinent et nécessaire de créer le Musée du Quai Branly.

Musée du Quai Branly
Lien : http://www.quaibranly.fr/fr/

Nécessaire ? En matière de Culture la question est périlleuse. Cependant : a-t’on affaire à une oeuvre égocentrique, mémorial chiraquien, comme Mitterrand a eu son Grand Louvre, et Valery Giscard D’Estaing son Vulcania ou bien le quai Branly est-il une innovation culturelle ? En guise de réponse, une lapalissade : il y a de l’un et de l’autre. Ce qu’il faut chercher à voir ce n’est pas une réponse, en soi inintéressante, mais une problématique culturelle plus complexe qu’il n’y paraît. Un musée a plusieurs visages. Il y a une institution administrative, une personne morale culturelle, une institution politique et une entreprise. La naissance et la vie d’un musée mêlent tous ces aspects quand on voit aujourd’hui leurs actualités. Aperçu.

Le tableau de la situation en France prend en compte un fossé apparent entre les musées nationaux des grandes villes et les autres. Pourtant, il faut réviser cette idée reçue. L’écomusée d’Alsace et le mémorial de Caen flirtent avec la barre des 400 000 visiteurs par an.

Ecomusée d’Alsace – Ungersheim
Lien : http://www.ecomusee-alsace.fr/

Des lieux, comme le Mont Saint Michel, avoisinent le million de visiteurs par an. Ces chiffres sont accompagné d’un phénomène surprenant : le nombre de musées est en augmentation constante en France. En 1999 il y en avait 1081. En 2006, on a dépassé la barre des 1200 musées reconnus (plus à côté des musées privés, environ 1000, et 200 divers, soit 2400 au total). Le chiffre reste dérisoire par rapport aux Etats-Unis qui en comptent près de 17500, mais pour la France il est révélateur à plusieurs points de vue. Comment expliquer une telle expansion, si on prend en compte entre autres que la Culture a du régulièrement revoir ses subventions à la baisse depuis 20 ans ? Que les habitudes moyennes de sorties culturelles des français sont a priori pas plus élevées qu’à l’habitude.

La politique de décentralisation initiée par Mitterrand, et structurée par le gouvernement Raffarin, a littéralement fait exploser les politiques culturelles locales. Les musées de Province ont reçu des régions, les subventions qu’ils n’espéraient plus de l’état. Qui n’a jamais eu à s’imposer, enfant, les musées de province croupissants, abritant un génie du cru, injustement méconnu. Qui n’a jamais eu à subir la perle architecturale locale à moitié en ruines. On peut comprendre la renaissance de lieux un peu oubliés, des musées décatis retrouvant une jeunesse. Néanmoins le mystère demeure : comment peut-il se créer encore des musées ? Les clichés sont coriaces, mais la part de vérité n’est pas négligeable. Si les anciens ne marchaient pas, pourquoi des nouveaux ? La réponse est à moitié contenue dans les défis et les innovations opérées. Qu’est-ce à dire ?

La modernisation et la diversification des méthodes pour se faire connaître (sons et lumières, expositions...), et l’arrivée d’Internet sont autant de facteurs influents dans cette évolution. La santé des foires d’arts (Art Paris, Arles...) montre qu’au delà de l’aspect touristique, l’art attire de nouveau les investisseurs. Le crash du marché de l’art avait beaucoup sclérosé depuis 20 ans. La crise se résorbe enfin, et impose aux musées un défi nouveau. Les acquisitions deviennent de nouveau un chef de poste pour les conservateurs. L’impuissance des institutions à retenir les oeuvres d’art achetées par des investisseurs étrangers devient une impression moins désagréable à l’heure actuelle. Trouver des investissements, et des investisseurs devient un aspect de la muséologie. Moins de philanthropie sans moyens, pour plus d’efficacité ambitieuse ; le nouveau credo n’est pas sans conséquence. L’exportation du musée du Louvre vers l’Arabie Saoudite ne se fait pas sans heurts. On taxe les acteurs de cette opération de mercantilisme artistique. La réponse fuse : c’est du pragmatisme. Débat insoluble qui n’a finalement qu’une réponse : l’Etat n’a pas assez de moyens pour financer les institutions culturelles, il faut adapter la Culture à l’économie.

Mais cumuler ambition artistique et gestion d’entreprise ne réjouit pas certains observateurs. Il y aurait contradiction entre remplir une mission démocratique (la Culture pour tous) et une vision économique (comment attirer plus de visiteurs). En allant plus loin l’idée que mettre un tableau au musée c’est en faire un objet est soutenue par Malraux dans le Musée Imaginaire. Mais il semble exagéré de dire que l’art devient un pur objet de consommation, et le musée son échoppe.
Une réflexion sur la notion de musée même laisse perplexe. Faut-il opter pour les pessimistes, comme l’écrivain colombien N. Gomez Davila qui affirme que "les musées sont l’invention d’une humanité qui n’a pas de place pour les oeuvres d’art, ni dans ses maisons ni dans sa vie", ou adopter le point de vue des optimistes comme Malraux, encore lui, pour qui les musées donnent la plus haute idée de l’homme. Une chose est avérée : les musées ne s’embarrassent pas de discussions théoriques, il s’en crée de nouveaux parce qu’il y a de la matière et un public. Voyons la question sous un autre angle : de fait les musées arrivent de nouveau à intéresser le public. Ce dernier est de plus en plus vieux, et de plus en plus actif culturellement. Fournissant parfois des efforts à perte pour attirer les jeunes (les cartes à l’année au prix d’une entrée et demie par exemple), les musées ont ravivé l’intérêt autrefois un peu éteint.

La valeur des musées en dehors de Paris est de plus en plus reconnue voire même estimée plus intéressante. Les musées de Saint Etienne et de Lyon font la part belle à l’art Contemporain et aux créations locales.

Art-Moderne-Saint-Etienne
Lien : http://www.mam-st-etienne.fr/index.php?rubrique=65

 Des mécènes contemporains en quelque sorte... Sans les sanctifier, le soutien affiché et recherché par ces musées de province encourage nettement la création. Pourquoi serait-ce aussi remarquable ? D’une part parce que l’activité en galerie peine à se remettre de ce fameux crash du marché de l’art. D’autre part il y a moins de galeristes à proprement parler, mais plus de marchands d’arts exploitant des valeurs sûres et rarement contemporaines.

Les progressions parallèles du marché de l’art, du tourisme, et des musées sont bénéfiques à tout point de vue. L’embellie dans le domaine risque d’être obscurcie par un excès de choix, et une dispersion au niveau de la politique culturelle de l’état. La fusion envisagée entre ministère de la Culture et ministère de l’Education marque une désemprise du pouvoir central sur la gestion de la Culture, et encore plus au niveau local. La vitalité actuelle des musées est comme une émancipation active, dans la jouissance d’une autonomie nouvelle. L’idée de concurrence apparaît et enlève un peu de son poids au jeu de chasses gardées entre les musées : le Louvre tout avant le XIXe, Orsay jusqu’au début XXe, Pompidou après, les restes pour les autres. L’enjeu des années à venir sera d’éviter la surexposition et de préserver la mission de conservation : du patrimoine, et de l’accessibilité à tous.

http://www.lecourant.info/spip.php?article95

Lors de vos vacances n’oubliez pas de consulter :

http://www.french-art.com/musees/reg1-45.htm

http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/StaticPage2.aspx?Page=ParisMuseum

http://www.louvre.fr/llv/commun/home.jsp

Bonnes visites !

Portemont, le 17 juin 2008

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