jeudi 09 février 2012

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Elle prit pied en France, à Marseille, le 14 novembre 1826…

Elle y passa l’hiver et au printemps, à pied, elle rejoint Paris en compagnie de Geoffroy Saint-Hilaire pour découvrir le Jardin des Plantes, le 30 juin 1827…
Nous ne connaissons pas son nom, mais il plut à Michael Allin, en 1999, de la nommer « Zarafa », un mot qui signifie aussi bien « charmante » que « girafe » en arabe…

Paris, en ce temps là, l’acclama ! Et aujourd’hui encore, les girafes parisiennes sont la fierté de la capitale. Alors que tous les pensionnaires ou presque du zoo de Vincennes s'en sont allés sous d'autres cieux, nos girafes monteront la garde tout le temps des travaux qui vont transformer le zoo de Vincennes... En compagnie de Pélagie et Rodolphe, le couple d'hippopotames qui n’a pas voulu s'envoler vers l'Algérie...

Méhémet Ali
Fondateur de l' Egypte « moderne »

« Zarafa » fut offerte au roi de France Charles X par le vice-roi d'Égypte Mehemet Ali Pacha; et les spécialistes « es-girafe » ont conclu qu'elle était âgée de 22 mois en novembre 1826. Le périple qui la conduisit à Paris tint de l'épopée:
Geoffroy  Saint-Hilaire, directeur du Jardin des Plantes, fut naturellement du voyage, mais aussi un troupeau de chèvres qui fournirent le lait nécessaire à « Zarafa ». Chèvres sous la bonne garde d'une escorte de gendarmes à cheval. Bien sûr un chariot à bagages n'était pas de trop... Et peu de temps après son arrivée, l'été 1827 permit à près de 600 000 parisiens de venir rendre hommage à la belle « Zarafa » qui vécu 18 années...

Notre charmante « Zarafa » inspira deux pamphlets politiques à l'ombrageux Narcisse-Achille de Salvandy, pamphlets qui sont d'actualité sous bien des regards...
Mais laissons parler « Zarafa » qui donne des nouvelles à son prince...:

Paris, du Palais des bêtes ou Ménagerie royale
ce mardi, 10 juillet 1827
Bon Prince
Mon voyage est terminé. J'arrive de la cour: c'est un pays que je sais déjà par cœur, et j'ose croire que je ne sais pas bien moins la France. Car je vois de loin et de haut, c'est-à-dire plus vite et mieux que les observateurs vulgaires. Si quelque chose pouvait me faire prendre en vanité cette grandeur de proportions, cette portée de regard que tout le monde m'envie, ce serait l'expérience que j'ai faite ici de mes avantages. A peine ai-je traversé ce beau royaume, et des gens qui y ont pris naissance, qui même l'administre depuis plusieurs années, sont loin de le connaître aussi bien que moi.
Il faut même le dire: c'est une chose extraordinaire que la perfection de désaccord qui règne entre la France et l'autorité. Quand la première dit blanc, l'autre dit noir. Quand l'une veut ceci l'autre veut cela. Il faut que ce soit une gageure, pour que vivant ensemble, sous le même soleil, dans les mêmes cités, on ne se rencontre pas quelques fois; et s'il y a gageure, le jeu est admirablement conduit. On ne dit pas ce que les parieurs comptent gagner....

In « Lettre de la girafe au pacha d'Egypte »

L'intégralité chez « Gallica »

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k754221.image.f4

Seconde Lettre:

Les temps ont changé et l'attrait exotique voire « merveilleux » pour les girafes s'est fortement émoussé. Seuls les petits enfants ouvrent de grands yeux sidérés, en levant la tête vers le doux regards des girafes... mais nos girafes sont toujours exceptionnelles!
Celles de nos temps difficiles sont au nombre de 16, de la « sous-espèce Kordofan », et constituent une authentique « société » parfaitement cohérente avec des règles sociales très fortes. Depuis  sa création en 1934, le zoo de Vincennes a vu naître 140 girafons ! La descendance de nos girafes est présente dans tous les zoos européens...
Et c'est un mâle de cette « société » qui avec la taille de 6 mètres détient le record...
Il n'était donc pas, pour toutes ces bonnes raisons, question de déplacer nos girafes! Elles superviseront de toute leur hauteur le grand chantier en cours après l'édification d'un nouvel enclos autour de celui qui existe...

Un grand chantier qui transformera tout l'espace existant et qui donnera corps à cinq «biozones »» une zone savane, une zone européenne, une zone guyanaise, une zone malgache, une zone patagonienne, ainsi qu'une « zone » réservée aux  reptiles et des amphibiens qu'on ne pouvait voir qu'au jardin des plantes ou au Muséum National d'Histoire Naturelle. Mais afin de gagner en espace, ours et éléphants ne seront plus les hôtes de Vincennes...
 Un très grand chantier qui a nécessité le déplacement de près de 400 animaux soit 80 transferts répartis sur plus d'une cinquantaine de parcs dans une quinzaine de pays différents, principalement européens...
Nos girafes seront-elles seules pendant tout ce temps?
Il est plus que probable qu'un vieux couple d'hippopotames demeurera sur place.

Une tentative a bien été faite de les « déplacer »  vers l'Algérie, en juin dernier, mais l'affaire a failli tourner au drame...

Pélagie, l'hippopotame femelle, bien qu'avoir été habituée à monter dans sa caisse en bois, a fait des siennes: « On l'avait habituée à monter dans la caisse en bois depuis plusieurs semaines. Ça se passait très bien. Mais lorsque nous avons fermé la porte, elle s'est agitée. » L'animal paniqué prenait même son élan pour taper sur les barres. Rodolphe, le mâle, a commencé à l'imiter. Les deux herbivores ont donc été libérés.
« Ils auraient pu se faire mal. A force de coups, la caisse aurait pu aussi être brisée. Le voyage devenait alors périlleux » (Christine Morrier,  directrice du zoo)

Merveilleux hippopotames!

In fine, l'Algérie a reçu des antilopes et des guanacos...

Précisons que tous les transferts ont été effectués sans anesthésie: « On préfère éviter de les endormir. Couchés, ils sont plus lourds à transporter. Et il y a toujours un risque au réveil »  (Christine Morrier,  directrice du zoo).

Un grand chantier estimé à plus de 130 millions d'euros qui devrait permettre une réouverture en 2014.

Mais un chantier dont le « ficelage » financier est des plus difficile en ces temps de crise, misant sur un partenariat privé/ public qui n'est peut-être pas le mieux adapté...

Les anciens hôtes de Vincennes ne reviendront pas, peut-être quelques uns de leurs descendants? Mais lors de la réouverture de ce haut lieu ne conviendrait-il pas que tous les Parisiens et les Français de passage aillent acclamer nos girafes et -pourvu qu'ils soient encore présents- ovationner Pélagie et Rodolphe?

Portemont, le 3 mars 2010

Nouveau zoo de Vincennes : c’est signé !

http://www.vincennes.fr/Decouvrir-Vincennes/Autour-de-Vincennes/Parc-zoologique/Nouveau-zoo-de-Vincennes-c-est-signe-!

Vincennes...

La venue de « Zarafa » en France a inspiré bien des décors...



et la girafe continue d'inspirer avec plus ou moins de bonheur...

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