J’ai déjà donné…
En voyant dans « Le Libre Journal de la France courtoise » qu’un ouvrage posthume de l’ami Alain Fournier, alias A.D.G., vice-consul de Patagonie en Nouvelle Calédonie, qui s’en est allé au-delà des mers le jour de la Toussaint 2004, venait d’être publié par les éditions « le dilettante », je me suis empressé de le commander et j’ai eu hâte de terminer les 640 pages de « Les racines du mal » pour me trouver dans l’univers du bien. Quelle déception ! Moi qui considère « Kangouroad movie »(1) le dernier roman anthume d’A.D.G. comme son meilleur livre, de même je considère « J’ai déjà donné… » comme le pire.
N’empêche qu’après « Les racines du mal » l’humour d’Alain l’ami m’a souvent fait rire et que je n’ai pas pu résister au plaisir de lire à haute voix certaines perles à mon épouse. Je les enfile ici pour votre plaisir. Ou, comme l’écrit Alain, « … les huîtres ne se peuvent reproduire qu’en enfilant des perles. »
« … cette petite étincelle divine qui, ayant créé les hommes bêtes et méchants, permet que l’humour soit de droite et, comme son nom l’indique, la sinistrose de gauche. Et cela plus singulièrement encore depuis quelques mois, depuis mai 1981 pour être précis. »
« D’après ce que j’ai pu comprendre après quinze ans de maison, l’activité principale de monsieur de Sainte-Crâque consistait essentiellement à aller faire pisser les chiens de sa belle-mère, la femme du fondateur du journal. »
« … je constatai en arrivant au square du musée que la Mitsubishi-à-vos-souhaits s’était collée dans mon sillage. »
« Ce sont là des manières qui me déplaisent et, en bon Slave, j’ai la tête près du bonnet d’astrakan… »
« Bouge pas de là, toi, y’a du ouisquie dans le burlingue. »
« … un bar d’où émergeaient le bouchon à nez rouge et l’étiquette olivâtre du Djibi. »
« Et qu’est-ce qui t’a pris de me mentir comme un secrétaire d’État socialiste… ».
« - Il y a deux écoles dans la maison de mon père, dit-il enfin en amont : ou l’on va tout raconter à ce brave jobard d’Hennique qui n’en croira rien…
- … ou bien, le coupai-je en aval, on règle tout nous-mêmes, comme d’habitude, et il n’en croira pas d’avantage.
La cordée se reformait et astiquait ses pitons. Non moins ordinairement. Moune apporta son grain de sel sous la forme triviale qu’elle affectionne :
- Y’a rien qu’à retrouver le macchab’, lui faire cracher son venin et toc, secco y’a notre Tonkinoise qui revient à nid d’hirondelle.
- Je dois avouer, dis-je pâteusement, que cette enfant en a dans le cigare.
- J’ai pas l’âge de boire, dit-elle vexée, ça me laisse de la place pour réfléchir. »
« Tours (2) avait été à moitié rasé dans ces occurrences par nos chers Alliés et qu’est-ce que ça aurait été s’ils eussent été des ennemis. »
« Sans aller jusqu’aux propos de je ne sais plus quel zozo pensant socialiste qui estimait qu’avec le 10 mai, ‘nous étions passés de l’ombre à la lumière’ j’en avais pour ma part un souvenir moins ravageur. »
« En effet, chiantes, comme le cancer n’est pas une ‘maladie longue et douloureuse’ mais une maladie chiante et gerbatoire. »
« Érection matinale et vicinale… »
« … et tant d’autres encore qui avaient traversé les passages cloutés de ma vie et qui s’étaient arrêtés définitivement au feu rouge de l’oubli. »
« - Et moi, annonça fièrement Moune, j’ai failli être violée trois fois !
Elle semblait regretter de ne pas l’avoir été. La libération des nurses est un rude travail sur soie. »
« Bien entendu, la chapelle avait été transformée en temple bouddhiste mais Dieu est partout et Il a autre chose à faire que de s’occuper de la concurrence. »
« … et, comme l’écrivait si joliment Michel Audiard, un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche. »
Personne mieux qu’A.D.G. ne peut résumer mon sentiment sur ce livre, dont l’histoire ne tient pas (éveillé), repas spirituel dont la sauce n’a pas pris :
« On est toujours un peu collé à son passé, on en finit même par en oublier les infamies pour n’en garder qu’en chaufferette les petits coins tièdes du bonheur. »
J’ai oublié que le roman est mauvais. Je garde au cœur les perles que je vous ai fait partager comme des petits coins tièdes du bonheur. Alain merci pour ces perles, toi qui vis au-delà des mers (3) où t’ont rejoint Vladimir Volkoff, Pierre Monnier, Jean Mabire, Georges-Paul Wagner et autres amis. Transmets-leur le témoignage de l’amitié d’
Ivan de Duve.
Ivan de Duve
24 juin 2007
A.D.G.
J’ai déjà donné…
Le dilettante, avril 2007
ISBN 9782842631390
EAN 82900100120
(1) A.D.G. Kangouroad movie, collection « La Noire », 2003
(2) Tours où est né Alain Fournier en 1947
(3) Comme l’écrit le grand Jean Raspail
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