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Comment sortir du cercle « vicieux » ?

Avant d’élaborer des réponses, comprendre peut-être pourquoi nous en sommes arrivés là…
Accessoirement comment… Nous sommes dans « La Société de défiance »…
Un livre de Yann Algan et de Pierre Cahuc à lire sans tarder...

Cent deux pages, ce n’est pas le bout du monde… Cinq euros ? C’est le prix d’un paquet de c……..s. Pardonnez, je suis prudent et ne sais pas si le mot est encore autorisé…

En attendant de vous présenter longuement cet ouvrage, et de passer au tamis les solutions qu’il propose…Quelques commentaires…

Léon Areva, le 14 février 2008

 

Élu par Lire meilleur essai 2007
Prix du livre d'économie 2008
La France est engagée dans un cercle vicieux dont les coûts économiques et sociaux sont considérables. Depuis plus de vingt ans, des enquêtes menées dans tous les pays développés révèlent qu’ici plus qu’ailleurs, on se méfie de ses concitoyens, des pouvoirs publics et du marché. Cette défiance allant de pair avec un incivisme plus fréquent…
Or la défiance et l’incivisme, loin d’être des traits culturels immuables, sont alimentés par le corporatisme et l’étatisme du modèle social français. En retour, le manque de confiance des Français entrave leurs capacités de coopération, ce qui conduit l’État à tout réglementer et à vider de son contenu le dialogue social.
En comparant les relations entre les performances économiques et les attitudes sociales dans une trentaine de pays du début des années 1950 à nos jours, Yann Algan et Pierre Cahuc montrent comment ce déficit de confiance réduit significativement l’emploi, la croissance et, surtout, l’aptitude des Français au bonheur.

Source : www.presses.ens.fr

 

Source : Les Échos

Date : 29 novembre 2007

Corporatisme et étatisme ont fini par faire des ravages : rigidité du travail, blocage des réformes, piètre performance économique et sociale.

La France se distingue des autres nations par son degré élevé d’étatisme et de corporatisme. Et les Français, par leur défiance mutuelle et leur incivisme. Propos de café du commerce ? Pas du tout : ces propositions sont non seulement scientifiquement fondées, mais aussi très logiquement articulées entre elles. Elles font l’objet et d’un petit livre publié juste avant les grèves de novembre, mais qui en offre un lumineux commentaire.

Les auteurs, économistes réputés, nous enseignent l’art de mesurer l’impalpable en exploitant des enquêtes d’opinion – non pas ces sondages de circonstance bricolés au gré de l’actualité, mais de vastes consultations internationales qui permettent de dégager les différences d’attitude entre 1es peuples sur des questions fondamentales, et de repérer leurs évolutions dans le temps. Ainsi, la World Values Survey, menée périodiquement dans quelque 25 pays développés, montre que, par la proportion de ses habitants qui n’accordent « aucune confiance » à la justice, au Parlement, aux syndicats, la France figure systématiquement parmi les cinq premiers. À la question : « En règle générale, pensez-vous qu’il est possible de faire confiance aux autres, ou que l’on n’est jamais assez méfiant ? », la proportion de Français qui optent pour confiance dépasse, à peine 20 % (contre près de 70 % chez les Suédois et les Norvégiens) ce qui les classe au 3e rang de la défiance, après les Turcs et les Portugais…

Incivisme

Défiance d’ailleurs parfaitement fondée, puisque nos compatriotes se classent aussi parmi les champions de l’incivisme : ce sont eux qui se montrent les plus indulgents à l’égard de comportements malhonnêtes – « réclamer indûment des aides publiques » ou « accepter des pots-de-vin dans l’exercice de ses fonctions ».On objectera qu’être indulgent à l’égard d’un incivisme ne signifie pas qu’on le pratique soi-même. Mais de petits « faits statistiques » corroborent les enquêtes d’opinion. Expérience menée périodiquement par un magazine canadien dans 14 pays européens et aux États-Unis : dans chaque pays sont « égarés » vingt portefeuilles contenant l’équivalent de 50 dollars, et une carte mentionnant les coordonnées du propriétaire supposé ; le taux de restitution, de 100 % au Danemark et en Norvège, est de 61 % en France, ce qui la classe au 11e rang sur 15.

Cette « société de défiance » est une réalité relativement récente en France – nos auteurs le démontrent en s’appuyant, là encore, sur des enquêtes précises. À quoi peut-on l’attribuer ? Au modèle social mis en place après la guerre, caractérisé par le corporatisme et l’étatisme. Un indicateur du corporatisme, le nombre de régimes publics de retraite : un en Irlande, deux au Danemark ou au Royaume-Uni, dix en France. Or l’octroi de droits sociaux en fonction du statut crée à la fois l’injustice et l’opacité, donc la méfiance réciproque. Quant à l’étatisme, il dénature le rôle des syndicats en vidant le dialogue social de son contenu.

Effets pervers

Les auteurs n’ont pas de mal à montrer les effets pervers de cette double caractéristique : rigidité du marché du travail, concurrence insuffisante, blocage des réformes et, finalement, piètre performance économique et sociale à une époque où – à la différence des Trente Glorieuses – l’innovation et la réactivité sont devenues des facteurs essentiels de croissance et de bien-être. On regrette seulement que les solutions proposées pour sortir de l’impasse ne soient pas aussi argumentées que la description de nos handicaps.

Signé par Gérard MOATTI


Source : Le Point - n°1832

Date : 25 octobre 2007

L’état de grâce n’est pas encore mort que, déjà, tout le monde a anticipé sa fin. La France s’en retourne peu à peu à ses habitudes, ses psychodrames et ses grèves du service public.

C’est une maladie nationale. Un mélange d’aigreur, de nombrilisme, de haine de soi et de la société. Montaigne avait noté : « Mettez trois Français ensemble dans le désert de Libye, ils ne seront pas un mois sans s’égorger. »

On ne s’égorge plus, non, ce n’est plus tendance, mais tout est bon pour se chercher noise, fût-ce la lettre de Guy Môquet, qu’il ne faudrait pas lire dans les écoles pour des raisons aussi oiseuses que foireuses.

Dans un petit livre qui en dit très long et qu’il faut lire d’urgence (1), deux économistes apportent une explication à ce mal-être français : la défiance, sur fond d’immobilisme, de réglementation, de corporatisme et, ce qui va souvent ensemble, de corruption. Ils assurent que si on avait aussi bon esprit que les Suédois notre PIB se serait accru de 5 %, soit 1 500 euros supplémentaires par personne.

À l’égard du Parlement ou de la justice, notre déficit de confiance nous met au niveau, c’est tout dire, de pays comme le Mexique, la Turquie ou la Russie. Sans oublier que la France est la nation où il y a le moins de monde, dans les études d’opinion, pour « trouver injustifiable de réclamer indûment des aides publiques ». Ou, chose sidérante, « d’accepter un pot-de-vin dans l’exercice de ses fonctions. » On voit ce qu’il nous reste à faire : construire au plus vite une démocratie irréprochable. Avec du civisme et une morale, si ce n’est pas trop demander aux messieurs de l’UIMM et à tous les autres.

Signé par Franz-Olivier GIESBERT


Yann Algan


Faire « connaissance » avec Yann Algan, économiste spécialiste du marché du travail, professeur d'économie à l'Université de Marne-La-Vallée et chercheur au Cepremap (CNRS).

 

 

Comment jugez-vous l'initiative du contrat première embauche pour répondre au chômage des jeunes ? 

Aujourd'hui, le système français de protection sociale fonctionne mal : il protège très peu de personnes et pas les plus fragiles. On a une structure légale qui rend les licenciements difficiles et qui a abouti à une régulation par le contrat à durée déterminée. Car au fond, les licenciements économiques touchent très peu de personnes. En revanche, 70% des jeunes se font embaucher en CDD, et les deux tiers ne sont pas renouvelés! Il risque donc de se passer avec le CPE la même chose qu'avec la mise en place des CDD: en voulant contourner la lourdeur des CDI, on ne fait qu'augmenter le taux de rotation. Le grand problème du CPE, c'est que je ne vois pas ce qui va inciter l'entreprise à le transformer en CDI au bout de deux ans. Il risque de créer plus de précarité sans stabiliser l’emploi. Quand vous jouez sur la segmentation du marché du travail, vous créez des emplois demain, mais vous incitez à les détruire le surlendemain. On peut bien faciliter tant qu'on veut l'entrée sur le marché du travail d'un côté, si rien n'est fait de l'autre pour le maintenir, ça ne sert à rien.

Que proposer pour lutter contre le chômage des jeunes? 
L'Espagne offre un exemple très intéressant. En 1984, le CDD a été mis en place pour faire baisser le chômage. Résultat : 90% des jeunes étaient embauchés en CDD, mais le taux de chômage était toujours aussi élevé car le taux de rotation était très important. En revanche, en 1997, les partenaires sociaux et l'Etat se sont réunis autour d'une table et se sont mis d'accord sur un contrat unique, réservé aux jeunes, aux chômeurs de longue durée et aux seniors. Les entreprises se sont engagées à signer de véritables contrats à durée indéterminée pour ces personnes. En contrepartie, elles ont obtenu des coûts de licenciement réduits de 40% et le droit d'être seules juges de la nécessité de licencier. Le dispositif a été évalué quatre ans plus tard, en 2001. Le taux de chômage avait baissé et le taux de rotation a diminué. Le nombre de nouveaux contrats avait été multiplié par quatre.
Car les embauches n'ont pas seulement à voir avec la conjoncture économique. Début 2000, il y avait aussi de la croissance en France, et pourtant les CDD n'ont pas reculé massivement. Avec d'autres économistes, c'est ce que nous proposons pour la France : la mise en place d'un contrat de travail unique avec un coût de licenciement qui augmenterait avec l'ancienneté, ce qui permettrait d'éviter la segmentation du marché du travail. La législation actuelle est trop contraignante. Non seulement c'est un juge extérieur qui décide si le licenciement se justifie d'un point de vue économique ou pas mais, en plus, l'entreprise a l'obligation de reclasser les salariés elle même. Or ce n'est pas son métier ! Mieux vaudrait qu'elle paye des indemnités qui servent à une structure extérieure et compétente en matière de formation et de reclassement. 

Le gouvernement dit aussi vouloir réfléchir à un contrat unique... 
Mais dans les faits, il s'en éloigne en mettant encore plus de dispositions particulières dans une législation qui contribue déjà à segmenter le marché du travail! Faire un contrat unique, c'est quelque chose d'ambitieux, qui suppose de prendre le temps de la concertation. Là, le gouvernement a insisté sur la flexibilité sans donner de véritables contreparties, ce qui aurait permis de pacifier la situation. Au contraire, avec le CPE, il a cristallisé encore plus l'opposition syndicale. 

Source : lexpansion.com
Illustration Les Manants du Roi

 

Pierre Cahuc

Sans oublier de « rencontrer » Pierre Cahuc, économiste français, expert du marché du travail en France, professeur chargé de cours à l’École polytechnique et à l'ENSAE (École nationale de la statistique et de l'administration économique), professeur à l’Université Paris I-Panthéon-Sorbonne, , membre du Conseil du CERC (Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale), chercheur au CREST (centre de recherche de l’INSEE), à EUREQua, au CEPR (Londres), et à l’IZA (Bonn)

 

Que pensez-vous des choix économiques et sociaux de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy et de la manière dont ils veulent s'y prendre pour faire baisser le chômage ?
Je doute que l'un ou l'autre puisse faire vraiment reculer le chômage en proposant essentiellement des gadgets fiscaux à l'efficacité non avérée.
. Nicolas Sarkozy est en train de tomber dans le même piège idéologique que les socialistes avec les 35 heures. Avec l'exonération de charges et d'impôt sur les heures supplémentaires, il a inventé un dispositif qui colle à son slogan "travailler plus pour gagner plus". Il veut mettre en oeuvre une mesure qui n'existe, à ma connaissance, dans aucun autre pays, exactement ce qu'il reproche aux 35 heures, et dont les effets sur l'emploi sont imaginaires. Il n'y a dans les faits aucune relation systématique entre la durée du travail, à la hausse ou à la baisse, et l'emploi. Pour preuve, notre taux d'emploi des 25-55 ans est le même qu'aux Etats-Unis, avec une durée annuelle du travail globale plus faible.

Si on détaxe les heures supplémentaires, les entreprises et les salariés peuvent avoir intérêt, d'un commun accord, à déclarer des heures fictives pour payer moins d'impôt. C'est un phénomène bien connu, y compris par Bercy. Et quand on dit que l'on va baisser les charges, les entreprises sont contentes mais elles oublient que le financement des allégements se fera sur des heures normales. La détaxation des heures supplémentaires favorise les salariés en place au détriment de l'embauche.

Il aurait été beaucoup plus efficace de simplifier une législation du travail devenue tellement complexe qu'elle n'est vraisemblablement pas appliquée : 40 % des entreprises à 39 heures ne déclarent pas d'heures supplémentaires alors qu'elles devraient normalement en signaler au moins quatre par semaine.

Et les propositions de Mme Royal ?
Elles concernent, pour l'essentiel, les petites et moyennes entreprises. Certes, les PME créent plus d'emplois mais elles en détruisent aussi davantage. Penser que le redéploiement des aides en direction des PME permet d'augmenter le volume global d'emplois, c'est une vue de l'esprit. Aucune étude sérieuse ne permet d'étayer ce point de vue.

Quant au contrat première chance, il est, d'abord, une mesure très ciblée d'exonération de charges et de salaires, de six mois à un an, qui crée un effet de seuil énorme. Que se passera-t-il pour le jeune embauché, au bout de cette période ? Comment peut-on encore défendre des mesures ayant de tels effets de seuil, sachant que ces derniers nuisent à l'emploi ?

En somme, vous renvoyez les deux débatteurs dos à dos...

Les problèmes de fond sont très peu abordés. Mme Royal propose de tout renvoyer à la négociation avec les partenaires sociaux. Mais ceux-ci sont très peu présents dans le secteur privé, où le taux de syndicalisation est de 5 %, essentiellement investis dans le paritarisme, et ils n'ont guère manifesté de volonté de réforme. La candidate est consciente de ces difficultés, mais ses propositions pour augmenter la représentativité syndicale grâce à un financement public sont évasives et peu convaincantes. M. Sarkozy a davantage évoqué ces problèmes, qu'il s'agisse du monopole de représentation des syndicats au premier tour, du déroulement de la négociation collective, etc. Pour relancer la démocratie sociale, ce qui est l'objectif affiché de Mme Royal, il faut s'attaquer à ces questions.

La réforme du service public de l'emploi vous semble-t-elle à l'ordre du jour ?
Le candidat de droite a dit qu'il fusionnerait Unedic et ANPE pour améliorer le service public de l'emploi. Rationaliser cet ensemble formé de salariés sous statuts différents est nécessaire : 25 000 personnes travaillent à l'ANPE, 15 000 à l'Unedic, 15 000 à l'AFPA, et 10 000 mettent en place les politiques publiques. Ce sont des effectifs relativement pléthoriques et redondants.

Il est surprenant que M. Sarkozy n'ait pas articulé cette réforme avec celle du contrat de travail, un de ses sujets importants mais absent du débat du 2 mai. Ce silence m'inquiète, car nous avons, dans ce domaine, un problème structurel. En revanche, et c'est plutôt positif, l'idée de sécurité sociale professionnelle semble assez consensuelle.

Revoir les conditions d'octroi des aides publiques aux entreprises, est-ce une garantie d'efficacité ?
Il y a eu sur ce point des déclarations passablement démagogiques de part et d'autre. Quand on allège les charges sur les bas salaires, c'est pour baisser le coût du travail et créer des emplois. Si on conditionne ces allégements à l'augmentation des bas salaires, c'est un non-sens. Et il y a un instrument pour cela, la prime pour l'emploi. Il ne faut pas tout mélanger. Conditionner les aides à l'augmentation des salaires ou à l'engagement de ne pas délocaliser, c'est une vue de l'esprit.

Les délocalisations ont été assez peu abordées...
Elles ont surtout été abordées de manière préoccupante. Que veut dire protéger les travailleurs contre les délocalisations, ce qu'a proposé M. Sarkozy, dans une économie ouverte ? On sait bien que certaines délocalisations sont incontournables, et que le vrai problème est de permettre aux salariés de passer de secteurs en difficulté à d'autres plus dynamiques. M. Sarkozy a aussi parlé de taxation des importations. C'est une tentation protectionniste assez inquiétante pour la dynamique à long terme de notre économie.

Quels autres sujets auriez-vous voulu voir traiter ?
Une grande absente du débat a été l'évaluation des politiques de l'emploi : depuis trente ans, une multitude de dispositifs ont été mis en place sans être réellement évalués, faute d'organismes indépendants ayant un accès aux données. En conséquence, nous ne savons pas ce qui marche et ce qui ne marche pas. Les réformes Hartz réalisées en Allemagne au début des années 2000 imposent des évaluations des dispositifs par plusieurs organismes indépendants qui présentent leurs conclusions au Parlement tous les ans. Tant qu'il n'y aura pas un tel retour d'expérience en France, nous continuerons à créer des dispositifs plus farfelus les uns que les autres.

Je regrette aussi que l'ouverture des professions et des secteurs réglementés n'ait pas été évoquée, alors qu'on estime, dans l'hôtellerie-restauration et le commerce, à quelque 3 millions de postes notre différentiel d'emplois sur ce point avec les Etats-Unis. Il faudrait, enfin, aborder de front les questions de l'évolution du smic, de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans et des 35 heures, au lieu de les contourner.

Propos recueillis par Rémi Barroux et Claire Guélaud
Source : lemonde.fr
Illustration : Les Manants du Roi

Société de défiance (La)
Comment le modèle social
français s'autodétruit
            
Yann ALGAN
Pierre CAHUC

Collection du Cepremap
2007 - ISBN 978-7288-0396-5
5 EUR - 102 pages
Frais de port :
France : franco de port
Étranger : 4 EUR 

 

 
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