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Ici et maintenant

Porté par les anges, l’ami Guy Rolland nous écrit une bien belle lettre.
Et il nous « saoûle » de vie… Jusqu’à plus soif !
Merci l’ami...

Portemont, le 27 décembre 2007

J'ai passé ma vie dans les chiffres , je commercialisais des contrats de retraite auprès d'entreprises et gérais des patrimoines financiers d'une clientèle chez Swiss Life et GENERALI entre autres ... mais je n'avais pas le sentiment de faire le contraire de ce qui prime chez moi. C'était un peu comme une double vie. Une calculette dans la main gauche. Un dictionnaire dans la main droite. Salaire et plaisir faisaient bon ménage, les chiffres ignorant les lettres.

J'ai passé ma vie à prendre des notes, à écrire sur la France, sur Dieu, sur l'amour, sur des personnages, j'aime écrire la vie, j'aime saoûler tout le monde de vie. Je rêve toujours de pouvoir faire bouillonner la vie comme un torrent et la faire se ruer sur tous ces hommes secs et désespérés. J'ai besoin de leur fouetter le visage avec des gerbes d'orties, leur faire monter le sang à fleur de peau, les épuiser de fraîcheur, de santé et de joie. Les arracher à la gangue de leur quotidien étroit rempli de soucis d'apothicaires et de boutiquiers ... J'agace les gens, surtout depuis ce regain de jeunesse auquel j'ai droit en ayant la permission de continuer d'exister sans plus avoir à travailler ... Et tout cela tombe bien ! Depuis que je suis travaillé par cette idée, je n'ai plus du tout l'idée de travailler.

Et puis il y a autre chose: Je pense chaque jour à cette phrase: " Un seul être vous manque et tout est dépeuplé". Et depuis quelque trois semaines, j'ai réagi comme un beau diable que l'infortune appuie, entier, au fond du lagon émeraude, pour donner à manger aux raies et aux requins qui viennent à heures fixes à Moorea, muselés par la machination humaine, nourris comme ces mammifères dégénérés, prisonniers à jamais des voleurs d’identité.

L'être manquant dont l'absence a dépeuplé l'horizon émerveillé de ma vie, je l'ai remplacé. Je le remplace par le visage et par le coeur sincère de la silhouette vraie qui s'y impose et que je ne connais pas tant qu'elle ne pose pas son pied d'amazone adjointe sur le bras du fauteuil dans lequel je trône. Ma quête n'est plus une requête, elle est une acceptation. Ici et maintenant, comme dit le Christ. Ici et maintenant je vis. Ici et maintenant je meurs. Qu'il en soit fait selon la volonté de celui qui donne, qui créé et qui aime. Je me contente d'accepter.
Moi je me suis échappé ! Je me suis évadé. Prison Break ! Bon appétit Messieurs ! Mais sans moi ! J'ai rejoint les grands espaces, vous n'aurez pas mon identité, ni mon âme, ni ma liberté, ni ma reconnaissance. Je vous hais, hyènes de ma soumission et de mon allégeance. J'ai rompu la chaîne ! Je prépare ma revanche. Je vous ferai comparaître un jour au tribunal de Dieu devant lequel les reins et les coeurs ne mentent plus. Je vous arracherai les strings de votre concupiscence mitrée et je piétinerai sans vergogne l'auréole et les bondieuseries qui salissent votre bouche pour les accrocher avec orgueil au totem des vérités éternelles dont personne n'a le droit de se moquer.... La face du harki oublié au charnier des bouffis de la bonne conscience, des engoncés de l'amnésie sélective surgira dans le formidable éclat de rire de Zarathoustra pour répandre la terreur de la vérité dans les lupanars odieux où se prélassent dans des odeurs d'encens des sybarites décorés de la Légion d'Honneur et de tous les avérés mérites humains.

Je me suis hissé au sommet de Roche Close avec le souvenir de l'être fécond et immense qui m'y accompagna la dernière fois. J'ai vu descendre de la montagne le flot impétueux de la Bléone qui rejoint à Digne le cours moins trouble de la Durance. J'ai revu le beau chien joyeux qui courait près de la voiture et qui entrait, fou de joie, dans le torrent frais pour s'ébrouer près de nous, ivre de sa joie dans la dernière lueur d'un soleil qui passait derrière la crête de la montagne en ce Juin finissant qui porte déjà avec ses tiédeurs tendres les goûts formels de l'éternité en filigrane.

J'ai sorti avec la rage du désespoir la tête hors de l'eau. Non ! Je ne mourrai pas ! Non, ce n'est pas la mort qui irait me faire mourir. Non, ce n'est pas la désertion de la meilleure des femmes, en rase campagne, ce n'est pas sa reddition devant ses mauvais génies qui plierait le soutien des anges qui m'environnent et me portent. Déraciné de l'assise de mes pieds à souliers que j'ai abandonnés au courant de la rivière, j'ai tendu mes mains vers la plus belle, la plus gentille, la plus vraie des femmes qui me tendraient les siennes du bord de l'eau vive et je me suis laissé prendre par le nouveau charme, par la vie nouvelle, par le chant du monde qui recommence chaque matin à briller d'un soleil étonnant à cette crête remplie de l'espoir immortel et imparable qui - réchauffement ou pas - perdurera jusqu'à la fin des temps, jusqu'à la fin de la fin de mon histoire qui n'a pas de fin.

Où va la pluie de cet Octobre triste, où va la pluie, où va le vent et je me serrais contre elle pour lui cacher ma peine, ses soupirs d'amoureuse, que sont-ils devenus dans le décor abandonné du jardin vert des restes de l'été ? Tout est triste, tout est mouillé et le froid guette en brillant de mille perles sur les feuilles penchantes qui tournent le dos à la vie d'hier. J'écoute seul tomber la pluie et elle n'a plus le même bruit. Le coeur siamois, excisé, surgit à neuf d'une étrange émersion, produit par une légitimité insécable, elle !

Mais voici, le soleil ressuscite et la violence m'inonde d'une paix de vendetta ardente. Je ne serai pas oublié ni rangé au placard malodorant des profits et pertes de l'Histoire qui fait rire de gros éclats satisfaits les procureurs dont le dos tremble et les généraux opportunistes. Les francs bélîtres ont à craindre. Autour de la chaumine aux allures sereines, le jardin noir prend des couleurs d'arc en ciel et la rondeur d'une autre épaule, le sourire doux et ... clair éclaire mon coeur qui vient au monde. Tu ne seras plus la plus belle, tu seras un souvenir et la page tournée reçoit déjà sur elle le poids fatal des autres pages tournées des âmes légères qui comme les feuilles d'Octobre préparent leur massive émigration vers la mort et vers les piétinements.

La pluie et le vent d'Automne m'accueillent et tu n'es plus ici. La pluie étincelle de lumière et le vent qui détone, chasse les miasmes effarés qui collaient mon coeur dans la boue qu'un souffle de vent nettoie. J'apprends à rire et à aimer. Je me repose de mes raisonnements et je délire en faisant ma part du fou comme j'ai fait ma part du feu. Je me réveille sous la pluie qui me lave et me délave et je descends dans la vallée rempli du bonheur fou de la vie qui n'a pas d'âge.
Bien à vous.

Guy ROLLAND - 10 octobre 2007



 
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