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Comte de Toulouse…

Duc de Narbonne, marquis de Provence, comte de Quercy, d'Albi, de Rouergue et de Nîmes, Raimond VI fut, autant que pouvait se faire en cette époque terrible, un chevalier…
Au cœur de la tourmente, il tenta d’être un homme de paix. Mais le catharisme rongeait aussi bien des cœurs…

Il serait vain de vouloir refaire d’inutiles procès. Notre temps est trop friand d’anachronisme. Les hommes du Moyen Age sont bien trop étrangers aux hommes d’aujourd’hui. L’hérésie a dressé des hommes du même sang et nourri des appétits qui se paraient de la Croix. 

 

Portemont, le 20 octobre 2007

Les Cathares sont-ils toujours vivants ?

Des dix siècles qu’a duré le Moyen Âge (476-1453), la croisade des albigeois (1208-1244) fut probablement l’épisode le plus tragique, le plus cruel, le plus moyenâgeux.

Je ne connaissais des Cathares que Nouveaux Cathares pour Monségur du Cycle des patries charnelles du grand Saint-Loup. Ici Dominique Baudis, maire de Toulouse et député au Parlement européen, se révèle grand écrivain et nous conte à merveille cet épisode peu glorieux de notre Histoire mais où des hommes comme le comte Raimond VI de Toulouse sauvent et l’honneur et la fidélité.

Dans sa préface, Amin Maalouf nous rappelle que la même famille régnait à l’époque des deux côtés de la Méditerranée, à Toulouse et au Liban et à Tripoli, à présent chef-lieu de la province du nord du Liban mais au Moyen Âge capitale d’un comté franc. Dominique Baudis, né en 1947, connaît bien le Liban où il a vécu de 1971 à 1973. Comme la famille de son héros, il a un pied en Occident et un pied en Orient.

À l’aube du XIIIème siècle, le catharisme, apparu dans le Limousin à la fin du siècle précédent, s’étend dans le sud-ouest de la France et notamment à Toulouse, Carcassonne, Foix et Béziers. Manichéen, comme actuellement la doctrine des Bush, le catharisme  oppose le Bien et le Mal, ce dernier, contrairement à la doctrine des Bush, identifié à la matière dont l’homme doit se détacher pour s’unir à Dieu. Un unique sacrement, le consolamentum remplace ceux de l’Église catholique ; il fait de celui qui l’a reçu un parfait astreint à une vie chaste et austère. Pour la petite histoire, la croisade des albigeois désorganisa le mouvement cathare et une sévère répression s’ensuivit qui permit à la monarchie capétienne d’annexer les provinces orientales du Languedoc.

Le roman de Dominique Baudis Raimond « le Cathare » débute le 15 janvier 1208. Le légat du pape, Pierre de Castelnau, qui avait excommunié Raimond VI, est assassiné. A tort, le crime est attribué à Raimond VI : « Ils tiennent enfin le chef d’accusation dont je ne saurai jamais me disculper. Le motif de guerre leur manquait jusqu’à ce jour pour justifier leur soif de revanche religieuse et de conquête militaire. Il leur fallait une rupture irréparable pour attirer sur moi la condamnation de l’Église. Le pape va trouver enfin l’argument qui lui manquait pour appeler à la croisade contre mon pays. L’autre légat, le pire, Arnaud Amaury, est aussitôt parti pour Rome afin d’attiser la colère d’Innocent III et le dresser contre moi. »

Raimond VI est un homme honnête. Il n’aime pas la guerre. Il a toujours essayé de l’éviter, souvent « au prix de ruses, de concessions, de reculs calculés, (…) de mariages raisonnés (…) Celui qui recherche la paix encourt le mépris. On le suppose incapable de se battre, prêt à tout sacrifier pour sauver sa vie et sauvegarder son pouvoir ». Raimond VI me fait à la foi penser à Merlin l’Enchanteur, ce barde qui n’aimait, lui non plus, la bataille mais qui a su se battre quand il le fallut, et à Jean Raspail, qui, à sa manière, s’est battu dans Le camp des Saints. Trois hommes bons, Merlin, Raimond VI et Jean Raspail. Raimond VI n’a pas été hérétique. Il admirait les Bons Hommes mais n’a pas épousé leur doctrine suivant laquelle « tant que nous vivons sous l’empire de la matière, nous ne pouvons pas nous affranchir du Mal. » Il affirmait au contraire ceci en parlant des cathares : « Si je n’ai jamais songé à les rejoindre, je n’ai jamais accepté non plus de les persécuter, ainsi que le pape et ses légats l’exigent impérieusement. Ma morale me l’interdit. » Il ajoutait : Cette religion {le catharisme} ne me laisse aucun espoir. Je suis riche, puissant, j’aime les femmes, la musique et le gibier. » Sa quatrième épouse, Jeanne, sœur de Richard Cœur de Lion, lui donne un fils, Raimond de Toulouse, en 1197, puis meurt. En cinquième noce, il épouse la brune et charmante Éléonore, sœur de Pierre II, roi d’Aragon.

Notre héros quitte Saint-Gilles, fait halte à Béziers, à Narbonne, à Carcassonne où réside Raimond Roger Trencavel, fils de sa sœur, vicomte de Béziers, Carcassonne, Albi et Limoux.
Il essaye mais en vain de rencontrer le prédicateur Dominique de Guzman. Et il arrive à Toulouse où il retrouve son épouse et son fils, âgé de dix ans. Mais « Le temps du verbe va faire place au temps des armes. »

Le jeune pape Innocent III lance contre lui de terribles paroles, suivies d’une condamnation. Puis une véritable croisade contre les Cathares et contre notre héros, Raimond VI, qui, bien que n’étant pas Cathare, se voir affublé du sobriquet de Raimond « le Cathare ». Le 18 juin 1209, il tente une dernière fois d’éviter la guerre : « le comte de Toulouse, duc de Narbonne, marquis de Provence, va faire spectaculairement pénitence pour se réconcilier l’Église. « À l’encontre des apparences, il nous faudra beaucoup de courage. Depuis quatorze ans que je règne, je n’ai jamais eu à faire un choix aussi douloureux. » Hélas, son choix de paix est vain. « La proie attire les prédateurs. » Béziers tombe la première : près de vingt mille personnes périrent, « la cité tout entière a été pillée et brûlée. » Narbonne se soumet. À Montségur, Raimond de Pareille achève la reconstruction d’un puissant château érigé sur les sommets. (…) En bas. Dans la plaine, Raimond Roger Trencavel se prépare à subir le choc. »

« Nous avons tous été impressionnés par le courage et la combativité d’un des Croisés. Se portant toujours au plus fort de la bataille, entraînant ses soldats par sa bravoure, secourant ses compagnons blessés au péril de sa vie, il a forcé notre admiration. Nous avons pu le reconnaître de loin grâce à son étendard : un lion sur fond de vermeil. Ce guerrier, c’est Simon de Montfort. »

Heureuse époque, que ce Moyen Âge où le vainqueur reconnaissait les mérites du vaincu et ce dernier ceux des vainqueurs !

Heureuse époque où Pierre II d’Aragon vole loyalement au secours de son vassal Raimond Roger Trencavel ! Mais ses forces sont insuffisantes ! Ulcéré par l’intransigeance des Croisés, Pierre II d’Aragon, ému par le courage de Trencavel, retourne tête basse au camp toulousain.  Ses hommes repartent vers l’Aragon. Le destin de Carcassonne est scellé.  Simon de Montfort pénètre le premier dans le Castellar. Pour éviter un massacre, Raimond Roger Trencavel se rend… pour tomber dans un piège. La couronne des Trencavel est proposée par Arnaud Amaury à Simon de Montfort. Et Trencavel empoisonné !

« Montfort ne cesse de chevaucher en tous sens pour combattre, assiéger, prendre par la force ou par la peur. Pas un jour ne passe sans qu’il enfourche son cheval. Cet homme est un centaure » tel qu’aurait pu le peindre Raphaël Ghislain.

Castres se soumet. Les châteaux de Cabaret sont imprenables ! Qu’importe ! Simon de Montfort retourne dans les Pyrénées et s’empare de Mirepoix, de Saverdun et de Palmiers, Albi lui est livrée.

Raimond VI tente encore de sauver ses gens et ses terres : il décide de se rendre à Rome. Arnaud Amaury prononce contre lui une nouvelle excommunication qui ne l’empêche pas de se mettre en route. Le pape, ayant reçu des courriers d’Arnaud Amaury, l’accueille cependant sans hostilité, l’écoute, et… le laisse repartir à Toulouse qui est au bord de la guerre civile !

Montfort, à la tête d’une troupe où se parlent plusieurs langues dont il est le seul chef, ordonne la reprise de la guerre. Il met le siège devant Minerve qui capitule après cinq semaines de souffrances. Pas un seul hérétique n’accepte de s’incliner devant l’Église pour sauver sa vie ; un par un, cent quarante hommes et femmes se livrent au bûcher dressé par Arnaud Amaury. Montfort attaque Termes. Raimond de Termes est capturé. « Montfort l’envoie finir ses jours aux fers dans les cachots de Carcassonne. »

C’est à genoux que Simon de Montfort remporte l’une de ses plus grandes victoires : de guerre lasse, Pierre d’Aragon l’accepte comme vassal. De son côté, sans en référer au pape, Arnaud Amaury donne à Simon de Montfort la permission d’entrer en guerre contra Raimond VI qui ressent soudain un désir d’épée brandie. Excalibur, quand tu nous tiens…

La croisade, au printemps 1211, voit affluer de nombreux renforts venus du Nord. « Le comte de Foix et Guiraud de Pépieux vont tendre une embuscade dans les collines, entre Carcassonne et Lavaur. » « Devant la menace, Toulouse retrouve son unité. (…) Nous allons nous battre le dos au mur de notre propre cité pour protéger nos femmes et nos enfants. »

Raimond VI a alors un trait de génie : il abdique en faveur de son fils. Cette abdication frappe de caducité les procédures ecclésiastiques contre le comte de Toulouse. Raimond VII le Jeune est vassal du roi d’Aragon. Notre héros a renversé l’échiquier.

« La grande guerre est désormais inévitable. » Nous sommes en août 1213. Passent trois années d’incertitude et de palabres. Puis, « En ce printemps 1216, telle une sève, un désir de liberté monte dans notre pays provençal. » Raimond le Jeune garde la tête froide. Et il a bien fait de raison garder. Montfort renonce à Beaucaire et à la Provence. « Les prisonniers épuisés sont rendus le lendemain et les Croisés lèvent le siège. C’est la première défaite de Simon de Montfort. Nous savons désormais qu’il n’est pas invincible. »

Mais Montfort « rassemble ses forces et se lance sur la route de Toulouse. » « L’avidité de Montfort ne connaît pas de bornes. » À Toulouse, « Dix jours et dix nuits durant, des milliers de Toulousains redressent les ouvrages que les envahisseurs les avaient obligés à abattre ». « Les renforts viennent de toutes les contrées de notre pays. »  Le lundi 9 octobre 1216, « N’écoutant que sa fureur, Simon de Montfort remonte en selle et déchaîne l’assaut. » Le fils de Montfort est blessé par le comte de Comminges d’un carreau à pointe acérée. Les Français restent sur leur position. Le 25 juin 1218, c’est au tour de Guy de Montfort, frère de Simon, de recevoir une flèche dans la cuisse. Puis, « La pierre lancée par les Toulousains vient droit sur le heaume de Simon de Montfort. Sous la violence du choc, le métal éclate et le crâne se brise. Il chancelle un instant, fait un pas puis tombe droit à la renverse, les bras en croix, raide mort. » Notre héros n’a plus qu’à dire merci à Dieu.

« Le jugement des hommes est déjà formé. Les uns me méprisent au-delà de ce que mes torts pourraient justifier. Les autres me respectent au-delà de ce que mes mérites permettaient d’espérer. À cette haine et à cet amour excessifs et indissociables aurais-je préféré l’indifférence ? Au soir de ma vie, je me laisse aller à le croire. Mais l’indifférence était inconcevable pour celui que l’Histoire et sa propre destinée ont placé au cœur d’un terrible enchaînement de circonstances. (…) Je suis fier de ce que j’ai défendu plus que de la façon dont je l’ai fait. Mais combattre maladroitement pour une juste cause vaut mieux que d’être le redoutable soldat de l’injustice. »

Merci à Dominique Baudis de nous avoir fait connaître ce grand comte de Toulouse. Merci à mon amie d’enfance, Jacqueline De Beukelaer d’avoir pensé à me le faire lire.

Ivan de Duve
14 octobre 2007

Dominique Baudis
Raimond « le cathare »
Michel Lafon / Ramsay
ISBN : 2-84098-205-6
EAN : 9782840

 



 
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