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Nous tendons vers la « Somme »…
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Le mot n’est pas trop fort. Un livre source. S’écoule la sève qui porte jusqu’à nous les savoirs traditionnels qui ont permis à l’homme de dire du cheval qu’il était son meilleur ami. Qu’il soit de poste, de trait, ou destrier, il s’est fait le complice parfait d’une grande quête qui a porté l’équitation au niveau de l’art le plus exigeant.
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L’art équestre, plus que tout art, concentre un message politique qui – hélas- n’est plus, ni audible ni visible aujourd’hui. Ecole d’humilité, la voie qui conduit aux plus hauts sommets de l’art équestre n’est-elle pas éclairée par Pégase ? Mais avant que de nous éblouir dans un carrousel héritier des tournois, l’homme de cheval a du mettre son cœur à l’unisson du cœur des héritiers tant de Bucéphale que de Rossinante… Dans cette grande quête, un âge d’or : la Renaissance… A découvrir par la lecture d’une « Somme » : « Les arts de l’équitation dans l’Europe de la Renaissance », sous la direction de Patrice Franchet d’Espèrey et de Monique Chatenet, en collaboration avec Ernest Chenière. Chez « Actes Sud »…
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Le Carrousel de Louis XIV – du 3 au 5 juin 1662 |
Une « Somme » qui donne corps à la petite voix que tout cavalier entend : « Calme, en avant, droit ». Une « Somme » qui est le fruit à maturation lente du VIe colloque qui fut organisé par l’Ecole nationale d’équitation en 2002… Comment mettre en « avant » les communications savantes de vingt-six érudits passeurs de mémoire ? Quel fil d’Ariane pour nous conduire « droit » dans la quête de l’idéal qui habite tout cavalier ? Epona a-t-elle donnée de son lait pour calmer les doutes qui ont dû traverser ces écuyers de la plume ?
Le fruit est bien là, nous livrant le « tout » cheval ! De son élevage, des soins qui doivent l’entourer, de l’amélioration des races, de « l’éperonnerie », des « mors », sans oublier les secrets de « la ferrure »…
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Mors de parement- Fin XVIe- |
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Mors préconisé par Salomon de la Broue –« « Des préceptes du Cavalerice françois » |
Un temps long dont le savoir s’est transmis par des traités et des recueils dont les seuls noms font battre plus fort le cœur des initiés et briller leurs yeux…
Et se livrant toujours un peu plus sans abdiquer sa liberté, son « être », le cheval se fait l’ambassadeur idéal, le symbole de la « majesté » et de la « grâce » pour atteindre son apogée dans le « Manège du roi »…
Un temps où Naples brille de mille feux, où Dom Duarte du Portugal est l’écuyer pédagogue par excellence…

L’Europe « cavalière », qui alors n’a pas à se préoccuper de savoir si elle est chrétienne ou non, découvre les grands « fondateurs » que sont Apsyrte, Chiron, Pelagonius, Pline et, bien sûr, Xénophon ! Prodigues, ils auront une belle descendance : L. B. Alberti, Grisone, Pignatelli, maître dans la recherche de la « juste embouchure » un des grands précurseurs de la « douceur » que n’oubliait pas de citer Pluvinel à son auguste élève :
« Monsieur de Pignatelli disoit qu’il fallait estre avare de coups et prodigue de caresses.» ( Pluvinel à Louis XIII)
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Pluvinel instruisant Louis XIII, sur le cheval Barbe "Le Bonnite" |
Temps de désastres économiques et sociaux qui voit la naissance d’une « première modernité », la Renaissance est le creuset de bien de bouleversements, porté par l’imprimerie qui n’a pas été avare à l’égard des écrits équestres. Bien plus que de l’art équestre… Dans de nombreux traités pointe la nouvelle dimension politique en ces temps où s’éteint la chevalerie… Apprendre à obéir pour comprendre le commandement, maîtriser le double jeu des relations de pouvoir…
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Louis XIV |
Le couple cheval-cavalier est au cœur de la représentation de cette nouvelle dimension.
Si avec le temps les grands écuyers « européens » ont poursuivi la quête du « Bien-être » de leurs montures, portant au plus haut l’art équestre, les nouveaux « souverains », piétons sautillant bien souvent dans les caniveaux, n’ont plus connaissance de la petite voix qu’entend tout cavalier : «Calme, en avant, droit »…
Portemont, le 12 juin 2010
(Illustrations « libres » Manants du Roi)
Lire aussi :

« Naples 1550, le premier livre consacré à l’art équestre vient de sortir des presses napolitaines de Paulo Suganappo, son auteur s’appelle Federico Grisone. Treize ans après, le libraire et imprimeur parisien Charles Perier en offre une traduction en français qui, bien qu’imparfaite, reste encore à l’heure actuelle la seule en vigueur dans notre langue. Libraire passionné par le XVIe siècle et l’histoire des ouvrages consacrés à l’équitation, Philippe Deblaise s’est depuis longtemps pris de passion pour Charles Perier, premier libraire européen à s’être fait une spécialité dans ce domaine. Il l’a mis en scène dans son roman Le manuscrit de Pignatelli paru aux Éditions du Rocher en 2009 et nous livre ici l’ensemble de ses notes biographiques ainsi qu’une bibliographie des textes imprimés par et pour Charles Perier. Cet ouvrage est l’occasion de découvrir cet artisan pétri d’humanisme et réel passeur de savoir. C’est aussi une façon de réaliser les difficultés rencontrées quotidiennement à l’exercice d’un métier apparemment anodin: celui de libraire certes, mais libraire huguenot fortement engagé, et ce pendant les trois premières guerres de religion... Pour avoir sorti de l’ombre et fait traduire en français les premiers textes de l’histoire de l’équitation, Charles Perier mérite largement le titre d’humaniste. Il en est aussi l’un des derniers représentants, puisqu’à l’image du mouvement qui l’a porté il s’éteindra en août 1572, lors de la Saint Barthélemy. Né en 1956 à Saintes, Philippe Deblaise est auteur et libraire d’ancien. Spécialiste du cheval et de l’histoire du livre d’équitation »
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