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« L’Archange »…

Une figure légendaire trop souvent oubliée. Un exemple pour les jeunes générations. Son portrait devrait être, avec d’autres, dans nos écoles. Jean Mermoz…Un grand merci à Guy Rolland qui nous fait un beau cadeau avec son poème dédié à Jean Mermoz. Une occasion pour rappeler les qualités exemplaires de ce conquérant de la Cordillère des Andes…


L’ARCHANGE

Son avion bricolé chevauchait les étoiles,
Pourfendait les montagnes et souriait aux dieux.
Aéronef infime égaré dans les cieux
Otant au mystère jusqu’à son dernier voile.

Tous ses nobles amis savaient le rêve fou
De l’amant de l’azur, forgeant au cœur du vide
Le bel ordre nouveau des hiérarchies limpides
Qui ne laissent de voie qu’aux seuls hommes debout.

Voyageur sans bagages et rêveur éphémère
Aventurier sans âge au cœur immense et rouge
Sa passion ne vibrait que pour tout ce qui bouge
Son amour du pays, de Dieu et de sa mère.

Il tint quelques années l’équilibre impossible
Qui ouvre la porte de l’univers des anges,
Les sombres étendues des nuées indicibles
Ravirent en leur sein et à jamais l’Archange.

Guy Rolland

Jean Mermoz un nom gravé au cœur de l’Aéropostale.

Il rêvait d’être sculpteur et sa force herculéenne aurait pu lui permettre de sculpter une armée de Titans.

En avril 1920, il signe un engagement de quatre ans dans l’armée, dans une France exsangue. L’aviation retient son choix et après un passage à la 7e escadrille du 11e régiment de bombardement de Metz-Frescaty, il découvre la Syrie en 1922 : Six cents heures de vol en 18 mois et le désert.

Pénible retour en France… Jean Mermoz sera démobilisé en mars 1924 après un passage au 1er régiment de chasse de Thionville. Et nourrira un réel dégoût pour l’esprit militaire de l’époque.  Son caractère et son amour du ciel se forge plus encore dans un temps sombre et noir. Le « géant » doit se contenter de petits travaux. Jean Mermoz est comme le goéland…


Mais la « rencontre » ne pouvait trop tarder…

Didier Daurat des Lignes aériennes Latécoère lui propose un contrat… Les dés sont jetés.

Un temps mécano et la ligne « Toulouse-Barcelone » lui est ouverte  sur Breguet XIV.

Breguet XIV

Les Pyrénées sont à sa mesure. Il nous est aujourd’hui difficile d’imaginer combien ce franchissement était alors un exploit…

Cap au Sud… Combien de billets doux a-t-il fait voler sur la ligne Casablanca-Dakar ?
En mai 1926, la légende écrit ses premières lignes : Perdu au milieu du désert avec son mécano, il est capturé par les Maures, puis est libéré contre rançon de 1000 pesetas ! Et en novembre, il sauvera Ville, contraint à atterrir dans le désert.

 

Toutes les limites sont repoussées : Les 10 et 11 octobre 1927, Mermoz et Négrin réussissent un vol sans escale de Toulouse à Saint-Louis du Sénégal aux commandes d’un Laté 26.

L’Atlantique frémit à l’exploit…

Pas une année sans que les cieux ne frémissent. En 1927, Marcel Bouilloux-Lafont, président et fondateur de la Compagnie Générale Aéropostale (qui prend la suite des Lignes Aériennes Latécoère) envoie Mermoz à Rio de Janeiro afin de développer de nouvelles liaisons en Amérique du Sud.

La Cordillère des Andes est prête à relever le défi…. Au cours d'une tentative de franchissement, Mermoz doit se résoudre à un atterrissage en montagne, puis parvient à redécoller acrobatiquement, en lançant son avion dans un précipice, parvenant ainsi à prendre de la vitesse en piquant. La victoire est pour le 15 juillet 1929… Jean Mermoz ouvre la ligne des Andes avec Henri Guillaumet.

1930 ? Avec le radiotélégraphiste Léopold Gimié et le navigateur Jean Dabry, il réalise la première liaison aérienne totale, entre la France et l'Amérique du Sud.
Les 12 et 13 mai 1930, il relie d'un trait Saint-Louis (S énégal) à Natal (Brésil) au terme d'un vol de 21 heures et 10 minutes sur un hydravion Laté 28-3 baptisé le « Comte de la Vaulx », du nom du président de la Fédération aéronautique internationale (FAI) qui venait de disparaître tragiquement dans un accident d'avion.

Le comte de la Vaulx

Moins de trois ans plus tard, parti le 12 janvier 1933 de l'aérodrome de Paris-Le Bourget, Mermoz atterrit à Buenos Aires le 22 à bord du Couzinet 70 « Arc en Ciel ».
Entre 1930 et 1936, Mermoz aura effectué 24 traversées de l'Atlantique Sud.

Jean Mermoz est l’Archange. Il fera entendre une dernière fois sa voix, le 7 décembre 1936, alors qu’il pilote la Croix-du-Sud, avec à son bord Alexandre Pichodou, son copilote ; Henri Ézan, navigateur ; Edgar Cruvelhier, radio et Jean Lavidalie, mécanicien.

Latécoère La Croix du Sud

A 10 h 47, son dernier message radio est « Coupons moteur arrière droit ».
Disparaît avec lui un homme d’exception qui lutta toute sa vie pour la gloire de son pays.

Patriote et chrétien, déçu par le manque de volonté politique des gouvernements qui se succédaient alors en France, Mermoz tenta de sauver la ligne postale aérienne France-Amérique du Sud menacée par l'Allemagne (et les Etats-Unis) en usant d'un porte-voix politique. Il rejoint alors le mouvement nationaliste chrétien "Croix de Feu" en adhérant à l'association des "Volontaires Nationaux". Les Croix de Feu, en effet, ne regroupaient dans leurs rangs que des officiers anciens combattants décorés au front, ce à quoi Mermoz, né en 1901, ne prétendait évidemment pas. Pendant cette période, il imagina et prôna une aviation où la jeunesse française pourrait accéder à des valeurs sociales exemptes d'intérêts politiques partisans. Il enseigna notamment les bases de l'aéronautique à des jeunes issus de milieux modestes à l'Association philotechnique de Colombes, près de Paris. Son idée sera reprise plus tard par les créateurs de l'"aviation populaire". Après la dissolution des ligues par le Front Populaire, Mermoz deviendra vice-président du Parti Social Français (PSF), fondé par François de La Rocque, dernier président des Croix de Feu.

Il fut un temps où les pilotes d'Air France portaient la cravate noire (aujourd'hui bleue) pour rappeler le deuil de l’Archange…

Portemont, le 1er juin 2008

Lire :

  • Jean Mermoz, Mes vols, Flammarion, 1937.
  • Jean Mermoz, lettres regroupées sous le titre Défricheur du ciel, Archipel.
    « Mermoz » – de Joseph Kessel
  • « Jean Mermoz, l'Archange »  - de Jacques Le Groignec - Nouvelles Éditions Latines

Pour les plus jeunes :

  • « Mermoz » de Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon, bande dessinée, Dupuis, 1956, réédition avec Musée Air France, 2001

et faites la connaissance de cet aviateur au physique herculéen en compagnie de Fabrice d’Almeida.

http://www.canalacademie.com/Jean-Mermoz.html

http://aerostories.free.fr/pilotes/france/mermoz/

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