Chroniques de la dépendance européenne de la France (II)
Les institutions chargées de gouverner la France seraient-t-elles frappées du syndrome de Stockholm ?
Cette propension des victimes de prises d’otages à développer une empathie à l’égard de leurs geôliers paraît avoir gagné la Cour des Comptes, au seul bénéfice des institutions européennes, à en juger par la position de principe qu’elle a cru devoir adopter cette semaine au sujet de la réforme des retraites des mères de famille du secteur privé.
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Cour des Comptes… |

Le régime français accorde aux seules mères de famille une majoration de deux ans à la naissance de chaque enfant, pour corriger le niveau de pension plus faible des femmes durant leur vie active. Comme chacun le sait désormais, le dispositif français reste plus que jamais dans le collimateur de Bruxelles, qui y voit là une violation manifeste du principe d’égalité entre les sexes.
Sommé d’adapter sur ce point sa législation, le gouvernement français en ce début de semaine semblait avoir trouvé une heureuse parade, avec le soutien bienvenu des partenaires sociaux : scinder cette majoration en accordant aux mères une année au titre de l’accouchement ou de l’adoption et autoriser le partage de la deuxième année entre le père et la mère.
Sans attendre que les autorités bruxelloises se soient prononcées sur sa conformité au droit communautaire, la juridiction administrative française vient sans ambages de retoquer ce dispositif pourtant astucieux, en le jugeant insuffisant au regard précisément de l’exigence d’égalité entre les femmes et les hommes : selon nos magistrats, la majoration de durée d’assurance liée à l’accouchement doit être davantage réduite afin de la ramener à six mois, à l’exemple de ce qui se pratique depuis 2004 dans la fonction publique.
Seconde critique, corollaire de la précédente, dirigée par nos sourcilleux magistrats de la rue Cambon à l’encontre de la réforme de circonstance proposée par Xavier Darcos : en instaurant une distorsion de régimes applicables à des situations comparables, la majoration d’une durée différente entre les secteurs privés et public serait difficilement justifiable aux yeux des autorités de Bruxelles (Les Echos, édition du 17 septembre 2009).
L’asservissement pathologique des esprits à l’idéologie européiste atteint ainsi un tel degré d’intériorisation qu’il induit désormais chez nos craintifs magistrats, comme auprès de bon nombre de nos responsables, des comportements déconcertants les amenant piteusement à devancer, avant même qu’elles ne s’expriment, les réactions prêtées aux institutions bruxelloises !


Cette prise de position pour le moins inattendue de la Cour des Comptes évidement plonge dans l’embarras un ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville, réduit, pour sauver la face, à entretenir la polémique : « La pénalisation des femmes dans leur carrière professionnelle est bien supérieure à six mois dans le privé. On ne peut pas avoir une vision purement comptable sur un tel sujet ».
Cet affligeant bras de fer opposant deux institutions de l’Etat, semble toutefois avoir trouvé son dénouement en cette toute fin de semaine.
Non sans brouiller habilement les pistes, le ministre du Travail Xavier Darcos se déclare ce dimanche déterminé à « sauvegarder le dispositif actuel pour la retraite des mères de famille salariées du secteur privé qui bénéficient de deux ans de majoration d'assurance-vieillesse par enfant élevé » (Grand rendez-vous Europe 1/Le Parisien/Aujourd'hui en France, émission du 20 septembre 2009).
« La Cour de cassation a dit que les hommes devaient bénéficier des mêmes avantages que les femmes, (...) nous considérons que c'est injuste, que les femmes, et les femmes seules, doivent bénéficier de la majoration de durée d'assurance » a ajouté le ministre.
Vent debout face aux exigences européennes, le gouvernement déciderait donc de « sauver le dispositif en dépit de ce qu'a dit la Cour de cassation s'adossant à la Cour européenne des droits de l'Homme », en ajoutant néanmoins mezzo voce que la deuxième année de majoration d'assurance vieillesse pourrait néanmoins, à partir du 1er janvier prochain, être accordée à l'homme « si le couple le souhaite » !
Ce sursaut d’orgueil du gouvernement est-il sincère et résistera-il aux vents mauvais venus de Bruxelles ?
Dans ce tête à tête servile, la France n’est décidemment pas au bout de ses peines, sur ce sujet comme sur bien d’autres.
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Au moment où il s’efforce de régler en douceur la succession de Pierre Gadonneix à la tête d’EDF (Les Echos, édition des 18 et 19 septembre 2009), l’Etat français se trouve pareillement aux prises avec les exigences de la Commission européenne qui entend, dans le même temps, à nouveau lui imposer l’ouverture du marché français de l’électricité qu’elle juge beaucoup trop hermétique à la concurrence, mais aussi lui prescrire l’abandon du statut protecteur accordé à l’entreprise publique (Les Echos, édition du 15 septembre 2009).
Le ressort profond qui anime les prétentions de la Commission européenne est toujours le même : imposer aux Etat membres par tous moyens, y compris dans la douleur, le libre exercice de la concurrence sur le territoire de l’Union européenne, en traquant inlassablement les aides publiques où toutes pratiques assimilées, qui seraient de nature à affecter les échanges économiques
Deux procédures contentieuses concernant les dispositifs de régulation de son marché de l’énergie sont actuellement instruites à Bruxelles contre la France avec, au bout du compte, le risque formel pour notre pays de supporter le remboursement de plusieurs milliards d’euros, au titre d’aides d’Etat qualifiées d’indues.
Le danger est jugé suffisamment sérieux pour conduire le gouvernement français à rechercher à tout prix une porte de sortie en prenant auprès des autorités bruxelloises des engagements dont EDF fera forcément les frais, sans pour autant garantir parallèlement une diminution des tarifs de l’électricité pour le consommateur.
Pour prix de l’abandon par la Commission européenne des contentieux en cours, le Parlement devra être prochainement saisi par le gouvernement d’une vaste réforme, avec le double objectifs de mettre fin aux tarifs réglementés en 2015 pour les grandes et moyennes entreprises, en y excluant pour l’heure les petites entreprises et les particuliers, mais aussi de permettre aux concurrents privés d’EDF (Direct Energie ; Poweo ; GDF Suez…) de lui racheter à prix coûtant jusqu’à 25 % de sa production nucléaire d’électricité.


Méthodiquement, la France se voit ainsi, à l’intraitable requête de Bruxelles, simultanément contrainte de se défaire du modèle d’organisation de son marché électrique qui, en dépit de certaines rigidités, avait néanmoins fait la preuve de son incontestable efficacité en période de crises énergétiques, et d’affaiblir l’un des fleurons de son industrie que son histoire économique récente, en tout point singulière, avait su forger !
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De la crise financière qui en profondeur secoue la planète depuis octobre 2008, les Etats membres de l’Union européenne pouvaient espérer un desserrement du terrible étau européen, ô combien ! castrateur, et un rétablissement, fussent-elles temporaires, de certaines de leurs marges de manœuvres économiques.
En ce domaine, il n’en est rien et les Etats membres de l’Union européennes demeurent placés en liberté surveillée, sous le contrôle tatillon des autorités bruxelloises, à l’exemple de la France qui ne cesse d’en faire quotidiennement l’amère expérience.
Citons ici un exemple, pris parmi bien d’autres situations analogues.
Les Français ignorent certainement le rôle croissant joué dans notre pays par la Société de financement de l’économie française (SFEF).

Constitué en octobre 2008, en temps de crise, la SFEF assure le refinancement des banques françaises par des émissions garanties par l’Etat, lequel participe par ailleurs à son capital à hauteur de 34 % aux côtés de sept autres établissements de crédits ; cet organisme financier se révèle désormais indispensable à la régulation du système bancaire français, au point d’avoir permis, en réponse aux besoins de crédit des banques, de lever sur le marché, à la date du 1 septembre 2009, rien moins que 75 milliards d’euros de fonds garantis.
A bien y regarder cependant, la SFEF ne doit en rien son existence à la seule décision du gouvernement français.
A l’image des organismes de ce type mis sur pied dans l’Union européenne pour soutenir et stimuler la fluidité des systèmes bancaires, la SFEF n’a pu être créé que sous couvert de l’approbation explicite des autorités de Bruxelles (Les Echos, édition du 15 septembre 2009).
Toute à sa volonté légitime de pallier les insuffisances d’un système bancaire encore incapable de recouvrer sa pleine autonomie, Mme Christine Lagarde se propose aujourd’hui de prolonger d’une année supplémentaire l’intervention de ce dispositif de refinancement, en tout point efficace.
Le Ministre français de l'Economie, des Finances et de l'Emploi, en a-t-il la liberté ?
Certes non !
Avant que de n’introduire en ce sens un amendement à la loi de Finances rectificative pour le financement de l’économie, qui sera examinée par le Parlement le 16 octobre prochain, le ministre de l’Economie et des Finances aura obligatoirement à en solliciter l’autorisation préalable auprès de la Commission de Bruxelles !
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La perte par la France de la maîtrise de son destin économique, qui lui échappe inexorablement à mesure qu’elle perd le contrôle de sa souveraineté politique, est une réalité dramatique que les oligarchies avec constance cherchent, à Paris comme à Bruxelles, à dissimuler aux Français.
Dans une actualité franco-bruxelloise bien souvent confuse, qu’il importe de ce fait de décrypter, il ne faut donc jamais cesser de mettre à jour ces logiques souterraines qui œuvrent en permanence à l’impuissance des Etats, seuls cadres d’expression légitime des Nations.
Bonne fille, cette même actualité franco-bruxelloise nous donnera malgré tout l’occasion, à coup sûr, de dénoncer régulièrement ces coupables aliénations de souverainetés.
Karim Ouchikh
20 septembre 2009
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