C. B.
L'INTELLIGENCE CONSÉQUENTE, 6 décembre 2009
Éditorial du samedi — Référendum anti-minarets en Suisse. Lignes de fracture et recomposition identitaire de l’espace public Le référendum anti-minarets en Suisse est remarquable à plus d’un titre. Les Suisses, qui ont voté à 57% pour l’interdiction de tout minaret sur leur territoire, se sont exprimés par le biais d’un référendum, qui a été mené selon les principes de “démocratie directe” garantis par leur système politique. Contre les prédictions des sondeurs, contre le consensus de la classe politico-médiatique légitime, les Suisses, principalement ceux des cantons ruraux, ont jugé que les minarets n’avaient pas leur place dans leur pays. C’est peu dire que les résultats de ce référendum ont créé un tsunami en Europe, et ailleurs dans le monde. Daniel Cohn-Bendit, soixante-huitard emblématique, aujourd’hui à la tête d’Europe Écologie, assimilait la réaction suisse à un “retour du fascisme“, tandis qu’à peu près tout ce que compte l’Europe de politiciens et de journalistes (ces deux groupes-là sont aujourd’hui indissociables, comme l’étaient jadis, dans nos petits villages, les notaires et les curés) parlait d’un “vote raciste” (Jean Ziegler) et de la nécessité d’en appeler à un nouveau vote (Bernard Kouchner).
Convenons d’une chose d’emblée : il est vrai que le référendum anti-minarets était populiste. Le peuple, lorsqu’il ne se voit plus médiatisé par ses institutions, lorsque sa parole n’est plus entendue et répercutée par ses représentants, s’exprime comme il peut. Le peuple laissé à lui-même est naturellement populiste, c’est un truisme. La campagne contre les minarets, outre son sujet même, qui était déjà en soi problématique, a mis sur pied une propagande plus que douteuse. Les affiches montrant les minarets sous forme de missiles, notamment, avaient de quoi laisser perplexe. Il y a aussi que les minarets ne sont au nombre que de quatre en Suisse ; on ne peut donc pas dire, à première vue, que le sujet du référendum reposait sur des prémisses rationnelles. Lysiane Gagnon, dans La Presse, n’avait pas tort de souligner que la construction de minarets pouvait être réglementée par les lois municipales existantes, et qu’il était donc possible d’imaginer des façons d’atténuer l’impact des minarets dans le paysage suisse. Bien entendu, ces solutions ne sont applicables que dans le cas — bien hypothétique – où seul l’impact géovisuel des minarets était visé par le référendum. Mais, on s’en doute, il ne s’agissait pas que d’accommodements visuels. Le référendum anti-minarets n’était pas un référendum sur les minarets, pas plus que la crise des accommodements raisonnables, au Québec, ne relevait d’un désaccord gastronomique ou vestimentaire de surface. Le référendum suisse était un référendum sur l’islamisation du pays, et par extension sur l’islamisation du continent européen, qui n’a rien, elle, d’une fantasmagorie ou d’une hallucination identitaire. Les musulmans, en Suisse, ne sont pas au nombre de 4, comme les minarets, mais de 400 000 (sur une population totale de 7 millions). Seulement en Suisse, la part musulmane de la population est passée de 16 000 musulmans en 1970, et de 57 000 en 1980, à environ 400 000 en 2009. Entre 2000 et 2009, c’est près de 100 000 nouveaux musulmans qui se sont installés en Suisse. En pourcentage, cela signifie que les musulmans, qui formaient 0,26% de la population en 1970, sont aujourd’hui 5%. Considérant la natalité vigoureuse des musulmans, et la relative dénatalité des Suisses locaux, le plateau des 10% sera atteint à brève ou moyenne échéance. Cette réalité ne peut être niée. Peut encore moins être nié l’impact culturel et politique d’une immigration massive qui s’est déroulée dans un laps de temps aussi restreint. S’il y a des musulmans qui peuvent s’intégrer, à titre individuel, de façon harmonieuse et réussie, ce n’est pas nécessairement le cas d’une frange beaucoup moins scolarisée, qui sera d’autant plus encline à se ghettoïser et à se communautariser que son échec social ira en s’accroissant. Les États occidentaux peuvent intégrer des individus d’origine étrangère, même ceux recelant une altérité culturelle radicale, mais ils ne sauraient intégrer des communautés entières — à tout le moins pas à cette vitesse, de surcroît auprès de populations aussi culturellement opposées au creuset occidental que les musulmans. J’admets volontiers que les musulmans ne constituent pas un tout homogène, et qu’ils proviennent de pays et de cultures différents, à la condition que mes contradicteurs admettent qu’un musulman albanais, africain ou moyen-oriental, tout en colportant un coefficient variable d’intégrabilité à l’Occident, demeure et demeurera pour longtemps un candidat plus difficilement assimilable qu’un intra-européen occidental. Inutile de nier, aussi, que la difficulté d’intégration ne peut être qu’aggravée par l’insensibilité des autorités quant aux conséquences pratiques, mesurables sur le terrain, de l’immigration massive et irréfléchie. L’intégration est un jeu identitaire, et à ce jeu il est facile de gâcher le processus d’intégration en favorisant un pôle d’attraction antagoniste par des flux continus de nouveaux arrivants.
En outre, les statistiques sur la criminalité en Europe laissent penser que les politiques d’immigration ont depuis longtemps abandonné tout principe de sélection et de responsabilité. Quand on sait qu’en France, selon le Washington Post, les prisons sont composées de 60 à 70% de musulmans, aux Pays-Bas de 20% (26% des prisonniers juvéniles), et qu’en Belgique, les musulmans marocains et turques forment au moins 16% des prisonniers (pour une population chiffrée à 2%), il y a de quoi s’interroger sur la qualité des immigrés acceptés par les autorités européennes. En Suisse, la plus grande prison du pays, Pöschwies, compte près de 32% prisonniers musulmans (source : Swissinfo.ch — cache Google, capture d’écran), tandis que la prison de Champ Dollon, dans son rapport d’activités de 2008, parlait d’une population carcérale musulmane de 58%. 40% des détenus provenaient de l’Afrique, dont 20,6% de l’Afrique du Nord et 19,4% du reste du continent. Ces chiffres n’expliquent pas tout, mais ils ont le mérite de mettre en perspective le vote suisse sur les minarets. On pourrait aussi évoquer le sinistre vaudeville diplomatique qui met en vedette, depuis plus d’un an maintenant, le dictateur libyen Mouammar Kadhafi et les autorités suisses

La Suisse est sortie humiliée sur la scène internationale de l’imbroglio qui l’a opposé au démagogue socialiste/islamique. Rappelons qu’en juillet dernier, Kadhafi est allé jusqu’en appeler au démantèlement de la Suisse pour “violation des droits de l’Homme“.
Les journaux suisses ont rivalisé de métaphores pour exprimer leur consternation. "La Suisse à genoux devant Kadhafi", titrait ainsi fin août le quotidien 24 heures tandis que La Tribune de Genève parlait de "pantalonnade". "Douze mois après (le début de l'affaire), la Suisse capitule", explique Le Temps. Le président "a tout cédé sans ramener les otages suisses avec lui", renchérit Le Matin.
Malgré ces excuses inattendues, relève encore Le Temps, la Libye n'a pas totalement levé la pression sur la Suisse. La Confédération a dû accepter de "se soumettre à un tribunal arbitral neutre" chargé de se prononcer sur la légalité de l'arrestation du fils Kadhafi alors que le retour des deux Suisses "dépend de la bonne foi des Libyens".
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Que peut bien connaître aux “droits de l’homme” le colonel Kadhafi, lui qui gouverne d’une main de fer son pays depuis 40 ans, sans l’ombre d’une contestation, à la suite d’un coup d’État ? On sait que Kadhafi est un fervent lecteur de Jean Ziegler, le même polémiste tiers-mondiste, ex-rapporteur aux Nations Unies, qui a affirmé que le vote suisse était un “vote raciste” — ceci expliquant cela, sans doute. Tout cela pour dire que le lien de confiance entre les Suisses et leurs autorités a été profondément ébranlé par cette affaire [résumé explicatif]. L’humiliation où a été jetée la Suisse, qui a rampé de manière honteuse devant un dictateur islamique pour sauver ses intérêts financiers et pétroliers, n’a certes pas contribué à améliorer l’image de l’islam en Suisse.
Plus d’une piste d’interprétation sont donc envisageables, et il est ridicule de réduire le vote suisse au remugle des “bas instincts”, qui seraient revenus inexplicablement à la surface du lac Léman, à la grande consternation de l’intelligence éclairée.
La difficulté, en pareil cas, est de distinguer l’aspect factuel de l’aspect rhétorique et idéologique. Pour les Suisses des cantons ruraux, à l’opposé de ceux des cantons plus urbains, comme Genève et Zurich, l’islamisation est une réalité perçue à travers le prisme d’un espace public problématique, où la représentation de ce qu’ils sont et de ce que la Suisse devrait être subit l’humiliation de l’effacement. À l’ère « hypermédiatique » qui est la nôtre, le contrôle des médias entraîne aussi celui des politiques, de sorte qu’il est à peu près impossible, à notre époque, qu’une personnalité politique ou un parti politique dit “mainstream” et “légitime” soit en même temps désavoué par les médias. L’espace public est devenu un espace médiatique, et cette mutation, qui paraît si naturelle de nos jours, n’en recouvre pas moins plusieurs apories politiques importantes que l’on continue d’ignorer. Que faire de l’immense masse de personnes qui, sans occuper des professions médiatiques, et sans habiter les régions urbaines, cultivent toujours le désir d’exister publiquement — la citoyenneté, comme on le sait, n’étant qu’une expression de la ”vie publique” ? Comme ailleurs en Occident, l’espace public semble s’être dédoublé en Suisse, et politiques comme journalistes parlent une langue « unioneuropéaniste », « droit-de-l’hommiste » et » multiculturaliste » qui n’a que peu à voir avec le substrat culturel et historique de la communauté politique locale. Le sentiment de partager un destin commun, qui constitue le fondement et la condition de la communauté politique, se délite à mesure que l’abîme symbolique s’élargit entre les couches supérieures — les élites politico-médiatiques — et les couches inférieures de la population. Pour les élites suisses et occidentales, l’immigration est un vecteur automatique de progrès et ne saurait être problématisée publiquement. La censure sur le thème de l’immigration est moins anodine qu’elle n’en a l’air. En interdisant une discussion ouverte, au coeur de l’espace public nouveau, sur le thème de l’immigration, on interdit dans les faits une discussion qui ferait de la prémisse suisse (ou nationale) le point de départ d’une réflexion politique rationnelle et légitime. Ainsi on censure l’étrangeté même de l’immigration, et donc l’identité à la fois de l’autochtone et de l’immigré. Sous la censure de l’immigration, se cache une volonté de passer outre la médiation nationale pour penser le destin de la communauté politique. Le régime multiculturaliste est un système de gouvernance qui se construit sur la négation de la nation, et par conséquent sur les pressions diverses que celle-ci pourrait subir d’influences extérieures. Les multiculturalistes nient la nation, en même temps que toute portée rationnelle à tout discours qui aurait la prétention d’expliquer le “malaise identitaire” sans recourir aux dogmes curatifs de l’État thérapeutique. Dans la mesure où le thème de l’immigration met en cause la frontière, la citoyenneté et l’identité, le censurer équivaut à censurer le politique lui-même.
On peut certes voir dans l’immigration massive musulmane une des raisons du rejet suisse lors du référendum anti-minarets. Mais on peut aussi y percevoir, par ricochet, la volonté — toujours bafouée par le système dominant — de remettre l’identité charnelle au coeur du débat public. Qu’est-ce qu’être Suisse ? Qu’est-ce qu’être européen ? Cela n’a en tout cas rien à voir avec des minarets, ont dit 57% des Suisses. “Je ne veux pas de ça ici“, telle semble être la réflexion que se sont faits nombre d’entre eux. La motion, qui est éminemment discriminatoire, n’altère toutefois en rien la liberté de culte des musulmans, quoi qu’en disent nos journalistes bien-pensants, qui ne semblaient pas si chatouilleux sur la liberté de conscience lors de la polémique entourant le cours d’Éthique et culture religieuse. Le cours ECR était à ce point contraire aux droits fondamentaux qu’il a fallu trafiquer la Charte des droits (pourtant déjà assez orientée) pour permettre son implantation forcée dans toutes les écoles du Québec, privées ou pas, confessionnelles ou pas, auprès des jeunes du primaire comme ceux du secondaire. Ce qui est autrement plus grave, on en conviendra, qu’une motion sur les minarets — un accessoire à ce point accessoire, semble-t-il, qu’il n’a été requis que pour 4 mosquées suisses sur une centaine au total. Contrairement au cours ECR, on ne joue pas dans le cerveau de quiconque en interdisant les minarets, même si les musulmans peuvent s’estimer à juste titre stigmatisés par une mesure aussi ciblée. Sans compter que le vote suisse a de fortes chances d’être invalidé par les tribunaux ou par des pressions combinées de l’Union européenne et de l’ONU. Il est donc tout à fait stérile de parler, comme les soixante-huitards les plus aveugles, de “fascisme” et ”d’intolérance haineuse” pour qualifier le vote suisse. C’est du populisme discriminatoire, sans aucun doute, mais on ne voit pas en quoi discriminer revient à verser dans la haine génocidaire. Surtout que, dans le cas qui nous occupe, le peuple n’a aucun pouvoir sur l’État, son idéologie n’étant aucunement relayée par les hauts dirigeants. Non seulement elle n’est plus relayée, mais elle n’est même plus médiatisée. Comment parler de “fascisme”, alors ? Les mots ont un sens. Discriminer n’est pas tuer, lyncher ou torturer. La rhétorique néo-anti-fasciste a servi, ici, moins à combattre de dangereux SS et de dangereux fermiers “racistes” qu’à criminaliser la sensibilité dissidente qui avait réussi à s’exprimer malgré l’omerta de l’espace politico-médiatique. C’est moins le peuple qui est inquiétant que les élites, qui ne veulent décidemment plus rien entendre. J’ajoute que la rhétorique néo-anti-fasciste témoigne également, chez ces individus, d’une grande misère intellectuelle, qui est au moins aussi inquiétante que le refus borné avec lequel ils reçoivent les contestations du système.
En effet, comment croire, à la lumière des réactions hystériques des élites européennes, qui rappellent, soit dit en passant, celles de nos propres élites envers Hérouxville, que quelque chose comme une “prise de conscience” se fera aux plus hauts échelons de l’État ?

L'affaire Hérouxville désigne la controverse survenue lorsque le village d'Hérouxville (en Mauricie) a attiré l'attention à l'échelle internationale en janvier 2007, après que le conseil municipal ait adopté un code de conduite pour les immigrants, qui s'inscrit dans le débat récent sur l'accommodement raisonnable au Québec
Le document, rédigé à l'origine par le conseiller municipal André Drouin, stipule notamment que la lapidation des femmes et le fait de les brûler vives de même que l'excision sont interdits dans la municipalité. L'affaire a fait manchette dans les médias du Québec et dans les semaines qui suivirent, d'autres municipalités locales (comme Trois-Rives) cherchèrent à emboîter le pas. Suite aux réactions des communautés musulmanes ainsi que de certains médias, les normes ont évolué vers une version finale adaptée, sans toutefois avoir perdu les objectifs initiaux.
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Le code de Hérouxville fait boule de neige
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À leurs yeux, toute contestation ne peut être que le signe d’un message mal compris, ou en tout cas mal digéré par des estomacs de toute évidence mal préparés au repas fastueux de la modernité. Tout semble se réduire à un schéma manichéen entre les réactionnaires et les progressistes, les bouseux et les modernes, les ploucs et les instruits, les fermés d’esprit et les ouverts d’esprit, les sédentaires et les nomades. Dans leurs “analyses”, qui ne sont le plus souvent que des coups de gueule, flamboyantes manifestations d’arrogance, on décèle — outre l’absence d’une pensée digne de ce nom — une absence radicale d’empathie pour ce que pourrait penser autrui. Ce qui se passe au quotidien, dans la tête des Suisses, qui voient leur pays changer à une vitesse vertigineuse, et qui réclament plus de temps pour réfléchir à la portée de ce qu’on leur impose, ne semble pas susciter la curiosité de ces esprits dits “évolués”. Pour Serge Truffaut, l’affaire est entendue, le référendum relevait de la nostalgie de la “peste brune“, tandis que Pierre Foglia parlait de “référendum haineux“, décochant en passant — on ne sait pourquoi — un jab contre Hérouxville, “un ilôt de bigots qui a fait rire la planète“. Cela dit en tout respect pour Foglia, un globe-trotter d’expérience aux notions géographiques sûres, la planète médiatique dont il parle — car ce sont bel et bien les médias qui ont ri d’Hérouxville, et personne d’autre – ne recouvre pas nécessairement, malgré l’évolution rapide du iPhone et d’Internet, la totalité de la planète géophysique sur laquelle l’humanité a eu l’habitude de respirer depuis des milliers d’années. 95% des journalistes dans les salles de rédaction de La Presse, du Devoir et de Radio-Canada ont peut-être ri d’Hérouxville, mais ce 95% ne sera toujours que le 0,1% d’une population réelle de 7 millions d’habitants. Toujours en tout respect pour Foglia, un lettré d’expérience aux notions lexicographiques sûres, le terme “bigot” ne paraît pas approprié pour désigner les gens d’Hérouxville. Comme Foglia, André Drouin d’Hérouxville n’aime pas le p’tit Jésus, pas plus que le grand Allah, en tout cas pas dans sa cour. Hérouxville est au moins aussi laïcarde que la salle de rédaction de La Presse. La différence entre les deux ? Le laïcisme d’Hérouxville s’oppose au relâchement institutionnel et politique induit par le multiculturalisme, tandis que le laïcisme de Pierre Foglia et de la salle de rédaction de La Presse l’encourage. C’est pourquoi La Presse, tout comme Le Devoir et Radio-Canada, médias laïcards en surface, ont encensé le cours ECR — un cours fortement multiculturaliste mais aussi fortement religieux. Il y aurait une laïcité fermée, hostile au multiculturalisme, et une laïcité ouverte, qui ferait du multiculturalisme la condition de la lutte à “l’intolérance”. Les laïcistes “ouverts” ne voient pas que le multiculturalisme fait sortir la religion du domaine de la vie intérieure pour la faire entrer sur le terrain de la “gestion identitaire”. Soit ils ne le voient pas, soit ils le voient et s’en satisfont. Car il n’est pas certain que les “laïcistes ouverts” soient préoccupés tant que ça par la séparation entre l’État et la religion. Les laïcistes ouverts, contrairement aux “laïcistes fermés”, sont d’abord des multiculturalistes qui en ont contre toute forme d’expression politique majoritaire.
Le vote suisse, qui fait suite, pour nous Québécois, à ce que nous avons vécu avec la crise des accommodements raisonnables, universalise (lire : occidentalise) une problématique politique que nos élites eussent voulu croire limitées à notre pays et à son histoire trouble de minorité persécutée. Même la France, pays qu’on ne saurait suspecter de complexe minoritaire, en est réduite ces jours-ci à mettre sur pied un débat sur “l’identité nationale”.

Le débat est réglé d’avance, on s’entend, comme l’a été notre Commission Bouchard-Taylor, mais le simple fait qu’on parle ouvertement en France “d’identité nationale” (un thème d’ordinaire réservé là-bas à “l’extrême-droite” ou à la “droite nationale”) est en soi une révolution, la France républicaine s’étant construite sur l’occultation du référent national et identitaire. La France, qui se modifie en profondeur sous l’influence de l’immigration massive, en particulier musulmane, redécouvre qu’être Français ce n’est pas seulement adopter des principes d’égalité et de justice sociale, mais c’est aussi des manières de vivre, de penser, de sentir et d’aimer particulières. C’est aussi une histoire qui, si elle trouve dans la Révolution de 1789 une date charnière, n’en commence pas moins bien avant, jusque chez les Romains et les Gaulois. C’est surtout habiter un territoire, où ces manières particulières de vivre, de penser, de sentir et d’aimer pourront s’épanouir en toute liberté sous un paysage qui prolonge et reflète ces sentiments. C’est, enfin, un espace public, qui tout en véhiculant une part d’abstraction nécessaire, suggère lui aussi des fondements plus charnels à l’identité commune.
Il y avait plus de 2 000 lieux de culte musulmans, en 2006, en France, sans compter les innombrables “centres culturels islamiques” dispersés un peu partout sur le territoire.
« La France est une République laïque qui doit protéger l’ensemble des cultes » a déclaré le ministre Hortefeux… précisant qu’il y avait en France 2368 lieux de cultes musulmans, allant de la simple salle de prière à la mosquée, dont 64 mosquées ayant des minarets, dont 7 sept avec des minarets élevés.
Info :
http://www.la-croix.com/afp.static/pages/091206154819.d119z65s.htm |

Une partie d’entre eux, d’allure bancale et trop modeste, disparaîtront ces prochaines années pour faire place à des “grandes mosquées” (Le Monde, 3 décembre 2008). Convertis à la “laïcité ouverte”, d’ailleurs promue avec véhémence par Nicolas Sarkozy, les pouvoirs publics multiculturalistes « financent » littéralement la construction des grandes mosquées, entre autres en favorisant la location de terrains. Une visite sur l’Observatoire de l’islamisation convainc de l’ampleur du chantier islamique dans toute la France.
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Montpellier… |
À l’aune de la situation française, l’interdiction suisse des minarets apparaît moins délirante. On constate, dans les projets des grandes mosquées, un parti pris pour les minarets et pour tout signe ostentatoire de domination. Les Suisses, tout bouseux et fermés d’esprit qu’ils soient, n’ignorent pas ce qui se passe à l’extérieur de leur pays, en particulier dans les autres pays européens, dont la France. En votant contre les minarets, ils ont visé l’islamisation et il semble qu’il ont visé juste, à en juger par la réaction unanimement indignée du monde médiatique et politique.
Il semblerait que nous soyons les contemporains d’une « virtualisation de la vie politique et publique ». La notion d’espace public est traversée par de toutes nouvelles lignes de fracture, et par une nouvelle dynamique de résistance et de recomposition identitaire. Les différents “débats” sur “l’identité nationale” frappent, et émeuvent presque, par leur inadéquation aux nouvelles réalités, tout comme les hystéries successives dont sont frappées nos élites, chaque fois qu’elles se voient confrontées aux contradictions de leur propre système. Jusqu’à l’arrivée massive de l’islam en Occident, l’espace public fut plus ou moins régi par un laïcisme latent, qui faisait de la référence chrétienne le repoussoir idéel par lequel se maintenait une “vigilance” théorique contre le retour de l’intégrisme religieux. Après qu’elle se fût effondrée, l’hégémonie religieuse catholique n’a jamais menacé sérieusement de reprendre vie dans l’espace public québécois, sa transformation en symbole patrimonial ayant été définitivement achevée. À moins d’être un athéiste ou un catholique militant, la croix de l’Assemblée nationale, qui a été à un certain moment au coeur des délibérations de la Commission Bouchard-Taylor, n’est plus perçue comme un symbole religieux mais comme un symbole patrimonial ; ce qui n’empêche pas, cela dit, que dans les périodes de crise elle puisse devenir un symbole identitaire. Cette croix fut patrimoniale jusqu’à ce qu’on se décide à la remettre au centre du débat public à la faveur de la crise des accommodements raisonnables, et c’est dans ce cadre qu’elle s’est départie de sa connotation patrimoniale pour embrasser une connotation identitaire. Les opposants au multiculturalisme et à la liquéfaction nationale ont cru pouvoir l’opposer à leurs adversaires, tout en gardant par ailleurs des convictions laïques intactes. Les multiculturalistes, dont Gérard Bouchard, y ont vu une incohérence idéologique, là où il n’y avait pourtant qu’une simple affirmation identitaire. Bouchard, raisonnant en universitaire, prétendit que si la croix n’était que patrimoniale, il fallait la déplacer dans un musée. Le raisonnement se tient, mais il perd son sens dans un contexte où l’espace public se dépare de ses référents et se désincarne jusqu’à l’abstraction pure. Il faut des fondements symboliques et charnels à la délibération publique. Les Québécois, comme les autres Occidentaux, ont un aperçu depuis quelques années de ce à quoi ressemblerait une république entièrement gouvernée et régie par des intellectuels-experts, qui ne reconnaissent que le symbole de la Charte des droits et l’autorité de l’ONU. Et le résultat est effrayant. L’assise la plus sûre à l’espace public demeure la préséance historique et culturelle de la communauté politique. Les Québécois, que cela plaise ou non, voient en la croix de l’Assemblée nationale l’un de ces symboles qui leur rappellent le fondement de leur culture.
Au Québec, le féminisme, à tort ou à raison, a récupéré l’essentiel de l’héritage laïque, la société québécoise ne s’étant que très récemment sécularisée et ne pouvant compter, comme la France, sur une tradition historique en ce sens. C’est donc surtout autour de la femme et du port du voile et de la burqa que s’articulera le conflit fondamental entre l’islam et la culture québécoise. L’Europe est également touchée par le même problème, mais ce n’est sans doute pas un hasard si leur “Hérouxville” a d’abord éclaté sur une question architecturale. Les peuples européens ont une sensibilité aux paysages que les Nord-Américains n’ont pas, leur identité y étant inextricablement liée. Ne passent-ils pas leur temps à rénover et à restaurer, tandis que nous passons le nôtre à tout détruire et à tout reconstruire ? L’islam n’est pas européen, et son arrivée massive, sous forme nécessairement communautaire, entraîne des conséquences esthétiques et culturelles indélébiles qui heurtent l’esprit de la civilisation. Jusque-là l’Europe pouvait intégrer des individus musulmans ; aujourd’hui, on la confronte au défi d’intégrer des communautés dont le contrôle démographique a été perdu. Les “grandes mosquées” annoncent l’implantation dans le “paysage” français d’une nouvelle force religieuse, qui est en même temps identitaire — distinguo qui a le mérite de nous rappeler les visées politiques concurrentielles de l’islam. L’identité n’a pas coutume de se contenter de la vie intérieure et de l’obscurité des sphères privées. En voyant ces “grandes mosquées” s’ériger dans les villes les plus aimées de France, que peut bien se dire au fond de son coeur l’Européen moyen, une fois qu’il s’est convaincu qu’il n’est pas raciste et qu’il est “ouvert aux autres cultures” ? Il se dit que ce phénomène dépasse, et de loin, la contractualité républicaine qui prétend à la neutralité des religions dans l’espace public. Il se dit que le principe laïque n’a pas suffi pour empêcher l’État d’aider à la construction des mosquées, pas plus que les assises républicaines de la France ne l’aident, lui, à accepter en toute sérénité la greffe de l’islam sur le corps culturel de la nation. Quelque chose de beaucoup plus profond se joue dans le malaise que ressentent les Européens face aux manifestations visibles de l’islam. Les automatismes de pensée républicains ne suffisent plus à panser les blessures que les Européens s’infligent mois après mois, année après année, en feignant de trouver normal et légitime l’expansion de l’islam sur leur territoire.
L’espace public contrôlé par les médias et les politiques dissimule un autre espace public, hérité celui-là, et qui reste tapi secrètement dans le fond de nos consciences. Les tabous antiracistes, immigrationnistes, anti-discrimination, inter, multi, transculturalistes sont, pour l’instant, encore beaucoup trop forts pour anticiper une première percée de l’espace public hérité contre l’espace public falsifié. La configuration actuelle des sociétés occidentales est toujours à l’avantage des élites modernitaires, qui régulent les entrées et les sorties de l’espace public selon le degré de dissolution identitaire des participants. On remarquera que l’absence d’hommes d’État d’envergure à la tête de nos gouvernements et d’esprits d’élite aux postes d’influence dans les grands médias est liée à cette nouvelle configuration de l’espace public, qui table sur la standardisation des esprits et le conformisme intellectuel pour se maintenir et pour éteindre préventivement les foyers de contestation. Le politiquement correct aime les caractères lisses, les intelligences sermonneuses et bavardes, les faux subversifs de salon. Il aime ceux qui n’ont aucune présence personnelle. Ce règne du people indifférencié peut sembler incassable au premier abord, mais il n’est pas éternel. La propagande miséreuse que ne cesse de sécréter le système pour discréditer les contestations qui émanent à l’improviste de différents pans de la société, qui ont tous contre eux, à l’inverse des élites, de ne pouvoir compter sur aucun réseau médiatique structuré pour s’imposer, a peut-être atteint un point d’implosion, surtout en Europe, où l’islamisation et l’immigrationnisme ont dégénéré en une criminalité et une dégradation de la qualité de vie devenus difficilement réfutables dans la réalité. Autrement dit, il y a des limites à crier au fascisme à toutes les semaines, chaque fois qu’une critique émane des “couches nauséabondes” de la population, et à croire qu’une rhétorique aussi grossière peut indéfiniment berner ceux qu’elle professe de protéger. Les gens souffrent au quotidien ; souffrent de voir leur pays avili dans son identité fondamentale ; souffrent de se voir eux-mêmes impuissants ; souffrent enfin de ne jamais voir leur souffrance traduite en des termes politiques légitimes dans cet espace public qui a tous les pouvoirs (faire disparaître, diaboliser et sacraliser) – mais pas celui de refléter l’état réel de la société réelle.
Si en Europe, le “clash” appréhendé entre le réel et la représentation falsifiée qui en est faite par les multiculturalistes pourrait simultanément cibler l’immigration massive, l’invasion religieuse de l’islam, les associations antiracistes et la construction de “grandes mosquées”, au Québec il ne fait aucun doute que, si clash il y a (et clash il y aura), il se concentrera autour de la question féminine. Certains féministes se sont portées volontaires pour “dénoncer” l’islam, qui véhicule une vision rétrograde du rôle de la femme, laquelle est perceptible dans l’espace public par la mise en avant ostentatoire de signes vestimentaires de soumission — et paradoxalement de domination, à tout le moins à l’égard des référents de la société d’accueil. On retrouve souvent, dans leur discours, des références aux “combats passés” contre la religion catholique, à l’époque où les femmes n’avaient pas la pleine mainmise sur leur destinée et devaient rendre des comptes aux autorités ecclésiastiques. Ces féministes, on le comprend, voient dans le problème islamique une répétition du combat laïque face à la religion catholique, comme si le contexte était le même, et surtout, comme s’il n’était question que de religion et de sécularisation — alors que la dimension culturelle, identitaire et politique est prépondérante chez les musulmans.
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Le port du voile en classe est considéré comme un accommodement raisonnable. |
Les féministes ont ici le défaut d’appliquer une grille d’interprétation à un phénomène qui échappe, dans son essence, aux schèmes habituels du progressisme occidental. Elles croient non pas se trouver devant une alterité identitaire radicale, mais devant des victimes dont le sort peut être théorisé à travers la dialectique de l’émancipation progressiste. De fait, les féministes non-militantes, qui ne s’appellent pas Lise Payette et n’ont pas d’abonnement à la Fédération des femmes, ressentent intimement, j’en suis convaincu, l’inadéquation de ce discours. Le “féminisme” traditionnel, pas plus que l’égalité républicaine, n’est de taille à circonscrire et à appréhender les enjeux posés par l’immigration massive musulmane. Une femme en hijab, qui se promène sans complexe à Montréal, ne fait pas “peur” à la femme québécoise moderne. Elle la blesse. On n’est déjà plus sur le terrain de l’égalité juridique ou de la démocratie gestionnaire des Chartes des droits, mais sur celui, beaucoup plus subtil et délicat, de l’identité. Le malaise de la femme québécoise n’a pas non plus quoi que ce soit à voir avec des “stéréotypes racistes”, qu’une éducation de type ECR pourrait venir corriger à coup d’ateliers et de présentations interactives. Je répète qu’elle n’a pas “peur”, mais qu’elle est blessée par la présence de la musulmane identitaire dans sa ville. Nulle “ignorance” à lever de son côté, car elle “connaît” instinctivement ce dont la musulmane identitaire l’accuse en refusant de s’habiller à l’occidentale et en portant le voile. Et c’est pourquoi les femmes montréalaises, c’est du moins ce que je sens, mais j’hallucine peut-être pour les besoins de ma démonstration, surenchérissent — il me semble — dans la sophistication et l’élégance vestimentaires, en réaction à l’occupation des musulmanes identitaires dans l’espace public. Avez-vous déjà observé le comportement de certaines Québécoises modernes, sexy et indépendantes, aux côtés d’une musulmane identitaire, par exemple sur le quai du métro ? Fascinant spectacle. Face à cette censure de la séduction, à cette pudeur pieuse qui est moins assumée que revendiquée, la Montréalaise répond par une féminité exacerbée mais jamais vulgaire. Pour provoquer et exaspérer la musulmane identitaire, pour lui signifier son hostilité, elle ne se promènera pas en petite tenue tout en lui faisant des grimaces, même si le relativisme moral de son pays “décadent” le lui permettrait. Elle emploie des moyens plus subtils, en affichant par exemple une allure, une gestuelle, en arborant des robes et des accessoires délicieux, qui viendront rehausser la part érotiqueque sa féminité doit à la culture pour exister en public. C’est le contraire de la pornographie, qui est la négation de la culture et de la séduction. La réplique féminine ici n’est donc pas nihiliste. Nos femmes sont des guerrières, mais des guerrières secrètes. Elles acceptent mal de se faire faire la morale par des femmes qui se drapent de blanc pour mieux souligner leur pureté supposée, un procédé qui, par contraste, souligne la saleté supposée de celles qui n’épousent pas les mêmes rites. Elles savent d’instinct, aussi, que c’est leur identité de femme qui se voit interrogée sur un mode hostile par la parade des musulmanes identitaires dans les rues de Montréal. Sans rejeter complètement le discours féministe que les médias officiels leur servent, elles se rendent compte qu’il n’aborde pas l’essentiel et qu’il n’explique pas en profondeur le malaise identitaire qu’elles ressentent à la vue des musulmanes identitaires. Et pour cause : le féminisme gestionnaire est tout entier tourné vers les “acquis” des “droits des femmes”, “l’équité salariale”, les horaires de garderies ; il s’est évidé de toute charge existentielle. La nouvelle conjoncture identitaire de l’espace public oblige les Québécoises à revisiter une question fondamentale : “Qu’est-ce qu’être femme ?”. 57% des Suisses ont jugé qu’être Suisse excluait les minarets. Il est à parier qu’un pourcentage beaucoup plus élevé de Québécoises pensent la même chose de la féminité par rapport au foulard islamique.
Par la force des choses, les Québécoises seront amenées à dépasser les catégories caduques de la politologie progressiste, héritée de la Révolution tranquille, pour penser les nouveaux rapports de force à l’oeuvre dans la recomposition identitaire de l’espace public. Cela se comprend, elles voudront se faire entendre et faire preuve d’efficacité stratégique dans le nouveau cadre de délibération. Pour ce faire, il leur sera indispensable de recourir à un argumentaire moins abstrait, moins juridique et moins gestionnaire, pour se concentrer sur une défense charnelle de la féminité occidentale. Le mot — “occidental” — est vilain, je sais, mais enfin, qu’on le veuille ou non, nous sommes bel et bien des Occidentaux, et il est à prévoir que le futur rapproché nous donnera plusieurs occasions de mesurer tout le prix de cette “identité”. Les femmes seront poussées à une exploration inattendue des racines culturelles, et profondément occidentales, de leur identité de femme, puisque c’est précisément leur identité de femme qui se voit remise en cause par l’altérité radicale de l’islam.

Malgré le tollé provoqué au sein des partis politiques, malgré l’appel du Premier ministre Stephen Harper à faire marche arrière, les autorités électorales canadiennes ont décidé de maintenir leur décision permettant aux femmes portant un voile islamique (burqa ou niqab) de voter.
Selon le directeur général des élections, Marc Mayrand, rien dans la loi électorale n'impose aux femmes musulmanes portant un voile intégral de se dévoiler, celles-ci devant seulement présenter une pièce d’identité ou un autre document officiel. Et d’ajouter que quelque 80 000 personnes ont voté par correspondance aux dernières élections.
Une décision similaire de son homologue au Québec, Marcel Blanchet, avait suscité un tollé lors des dernières élections provinciales, le 26 mars, et contraint ce dernier à revoir sa position quelques jours avant le scrutin.
http://www.esisc.org/pays.php?page=4&Id=17
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Il faut beaucoup d’imagination et de naïveté pour croire que le voile des musulmanes identitaires n’est pas un signal direct adressé aux femmes d’ici. Au contraire de l’entreprise culpabilisatrice du féminisme professionnel, une telle généalogie culturelle viserait moins la “déconstruction” que la “construction”, ou la focalisation sur ce qui, dans l’héritage occidental, leur est le plus précieux et le plus déterminant. Il s’agira moins de cerner, à travers cette exploration généalogique, l’aspect criminel de l’héritage occidental que son aspect solaire.
Leur identité de femme n’est pas due uniquement à la biologie ; elle leur a été donnée et transmise par leur mère et père, bien entendu, mais aussi par toute une culture artistique, cinématographique et livresque. Bien que nos manières de penser, de sentir, de penser et d’aimer ne soient pas étrangères à nos principes démocratiques d’égalité formelle, elles ne s’y réduisent pas entièrement. Elles reflètent une part d’affectivité, d’anthropos et d’identité qui échappe au quadrillage de l’idéologie démocratique. C’est ce dont les gens souffrent de ne pas voir répercuté dans l’espace public officiel. Et c’est sous le pression de cette souffrance qu’ils en viendront, espérons-le, à exiger — contre le chantage du politiquement correct — le retour en grâce de l’espace public souterrain, qui n’est autre que leur espace public où ils se reconnaissent et se sentent vivre, et sans lequel ils ne sauraient envisager d’existence politique. |