« Triomphe du veau d’or » ?
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Les « Hussards noirs de la République » ne feraient-ils pas une drôle de tête ?...
Mammon entre à l’école. Par la grande porte… Trois lycées professionnels de l’Académie de Créteil vont constituer une « cagnotte » pour lutter contre l’absentéisme. Inciter les élèves à plus de présence par l’argent…
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Deux classes de chaque lycée vont recevoir un « magot » de 2000 euros. Celui-ci pourra atteindre 10 000 euros. Ne tiendra qu’aux élèves pour qu’il atteigne cette somme…
Prime aux résultats ? Non. Prime à la présence « collective ». Gare aux récalcitrants qui feraient baisser le « magot »… De joyeuses récréations en perspective ?
Les bonnes âmes entendent nous rassurer : l’argent sera affecté à un projet « collectif », par exemple un voyage… ou pour se présenter au code de la route… Gageons que les « jeunes » ne manqueront pas d’imagination !
Pas question de s’acheter les derniers « Nike » ou autres effets indispensables à l’uniforme…
Les commentaires vont bon train…
Cette expérience s’inscrit dans la recherche tous azimuts pour lutter contre l’absentéisme des élèves et le « décrochage » scolaire.

faible ---------Groupes de revenu --------- élevé
Source : Davaillon et Nauze Fichet (graphique commission)
Note de lecture : l'étude réalisée sur un panel d'élèves suivis depuis leur entrée en sixième en 1995 et séparés en 4 groupes selon le niveau de revenu des parents, montre les importants écarts de réussite scolaire entre ces différents groupes six ans plus tard. Près d'un enfant sur cinq (19%) du groupe des familles les plus modestes est sorti du système scolaire pendant la période (contre 2% pour le groupe 4). Seul 25% accèdent à un second cycle général contre 70% pour le groupe 4.
Lire :
http://www.changeonslecole.org/dvl_nzfch.pdf |
Une expérience donc, comme bien d’autres, qui ne manque pas de bonnes intentions… Mais qui fait l’impasse sur les causes d’un tel échec. Quelle preuve plus éclatante ?
Au-delà de l’échec de tout un système scolaire, c’est l’échec d’un régime et d’une société…
Ne serait-il pas urgent de s’interroger au fond ? Laissera-t-on Zola avoir raison contre Aristote ou Socrate ?
Zola ne manquait pas de souligner en ébauchant le manuscrit de L'Argent : « L'argent est devenu, pour beaucoup, la dignité de la vie : il rend libre, est l'hygiène, la propreté, la santé, presque l'intelligence. » « Je crois que je dirai du bien de l'argent. Je vanterai, j'exalterai sa généreuse et féconde puissance, sa force expansive. Je ne suis pas de ceux qui déblatèrent contre l'argent. Je pars de ce principe que l'argent bien employé est profitable à l'humanité tout entière.»
Zola faisait preuve de grandes espérances à l'aube du capitalisme moderne et témoignait d'une évolution morale… Héritage aussi des « Lumières »…
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“The worship of Mammon”,
Evelyn de Morgan |
Comment Socrate jugerait-il une telle expérience, lui qui condamnait la vénalité des « sophistes » et pour qui la parole était une révélation, non une compétence acquise par des techniques monnayables ? Balayé Aristote pour qui « le savoir et l'argent n'ont aucune commune mesure » (Ethique à Eudème, VII, 10) ?
Nous nous garderons de tout angélisme, mais ne cédons nous pas dans une telle expérience à la religion de l’argent ?
Il n’est pas question ici de louer « Dame Pauvreté » ou d’en faire l’inspiratrice de toutes les grandes vertus… L’argent bien employé peut beaucoup… A condition qu’il ne soit qu’un moyen, porteur de rien d’autre que la valeur de l’outil…
Il n’est pas faux de considérer que l'argent bien employé peut à ce titre contribuer au comportement moral… Mais il ne faut pas négliger certains de ces aspects soulignés par Marx lui-même… l’argent joue des représentations contraires : « convertir la représentation en réalité et la réalité en simple représentation »…
Constat d’échec, nous le développerons, cette « expérience » envoie un bien triste message qui épouse la pensée de Zola et consacre le Veau d’or comme le « levier qui soulève le monde » : bon serviteur, dit-on, mais mauvais maître, il prend, à l'instar du Ploutos de la mythologie, tous les attributs de la divinité.
La « République » et son cortège de « valeurs » consacrent un peu plus le règne et la religion de l’argent…
Rien de surprenant alors que son premier magistrat qui ne l’était pas encore, remettait la Légion d’honneur à Stéphane Richard, ancien conseiller de Dominique Strauss-Kahn, homme qui a fortune dans l’immobilier avant de diriger « Veolia Transport », en s’exclamant : « Toi, tu as fait fortune, la mienne viendra peut-être un jour ! »
Logique d'un système…
Nous n’aurons de cesse d’en être l’adversaire. Il est plus que jamais urgent de choisir son camp. Nous n’entendons pas stigmatiser tous les profits mais Charles Péguy parlait « d’or » quand il mettait en garde :

« C'est parce que la bourgeoisie s'est mise à traiter comme une valeur de bourse le travail de l'homme que le travailleur s'est mis, lui aussi, à traiter comme une valeur de bourse son propre travail. C'est parce que la bourgeoisie s'est mise à faire perpétuellement des coups de bourse sur le travail de l'homme que le travailleur, lui aussi, par imitation, par collusion et encontre, et on pourrait presque dire par entente, s'est mis à faire continuellement des coups de bourse sur son propre travail.» (L'Argent (1913)
Avec cette expérience, l’argent est un peu plus encore « consacré » dans nos écoles…
Quel avenir pour « L’avenir de l’intelligence » ?
Portemont, le 5 octobre 2009
Dans l’air du temps…
Nous le répétons :
« Nos temps sont difficiles »…
Toutes les expériences n’ont pas la même « valeur », mais en France, ne pourrions-nous pas éviter cette « trahison » ?
Orientation n°4 : Expérimenter diverses formules d'incitation financière au maintien dans le système scolaire après 16 ans
Récemment les autorités anglaises ont expérimenté un dispositif de soutien financier en direction des familles modestes ayant des enfants de 16-19 ans encore scolarisés : une allocation (Education Maintenance Allowance) d'environ 150* par mois leur est proposée pour les aider à financer la poursuite des études de leurs enfants. La comparaison des zones pilotes avec les zones n'ayant pas bénéficié du dispositif a révélé que le soutien financier accroît significativement la poursuite des études des enfants d'origine modeste (un accroissement de 6 points des taux de participation de la classe d'âge a été observé). Le gouvernement a ainsi récemment décidé en septembre 2004 de généraliser le bénéfice de cette allocation.
Nous proposons ainsi que la France expérimente également diverses formules de ce type. Notons que le coût en plein régime de la prestation anglaise, de l'ordre de 750 M* pour le versement à un enfant sur 5, est équivalent au coût actuel des bourses du secondaire. |
Depuis peu, les filles scolarisées dans les écoles municipales touchent une roupie pour chaque journée passée en classe. Une façon de lutter contre l’absentéisme scolaire des filles et leur abandon des études.
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12 000 écolières quittent l'école chaque année à Bombay |
Une roupie, soit moins de deux centimes d'euro, ce n'est pas beaucoup. Et pourtant, dans la capitale financière indienne, cette petite pièce encourage les filles à se rendre à l'école. Et surtout leurs parents à les y envoyer.
L'idée vient de la municipalité, qui a constaté que chaque année 12 000 filles quittaient le système scolaire. Le conseiller municipal en charge de l'éducation, S.S. Shinde, a expliqué au quotidien Mumbai Mirror qu'au de-là de "ce chiffre alarmant, il y avait aussi le problème de l'absentéisme scolaire. Il faut lutter contre le vieux préjugé anti-filles". Dans de nombreuses familles, les parents préfèrent en effet garder les filles à la maison et n'envoyer que les garçons à l'école.
Près de 250 000 filles bénéficient désormais de ce programme, qui représente un budget annuel de 70 millions de roupies (un peu plus d'un million d'euros) pour l'administration. Les enfants touchent leur argent à la fin de chaque mois en présence des parents. "Mon père n'a pas de travail et ma mère est femme de ménage. En gagnant une roupie par jour, ma mère insiste pour que j'aille à l'école", confie une écolière au Mumbai Mirror.
Souvent, les enfants habitent loin de leur établissement scolaire. Cette roupie quotidienne est donc une petite incitation qui tombe bien.
Reste que ce sont souvent les professeurs qui font l'école buissonnière. Mal payés, ils ont même souvent un deuxième emploi pour joindre les deux bouts. À quand une augmentation du salaire des enseignants dans les écoles publiques indiennes ?
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Ainsi, pourquoi ne pas imaginer un programme d’« allocations pour études » en vertu duquel un jeune obtiendrait un revenu à condition qu’il fréquente l’école ? Certes, payer les jeunes pour qu’ils étudient peut coûter cher au Trésor public. Mais un tel programme peut être économique si on tient compte de la facture associée au décrochage. À cet effet, l’économiste Pierre Fortin a récemment évalué qu’un décrocheur impose un fardeau de 500 000$ à la société. Une étude du Conseil canadien sur l’apprentissage a également estimé que le décrochage coûte 37 milliards de dollars par année à Ottawa. Et puis, on pourrait certainement financer cette initiative en abolissant la pléthore de programmes inutiles qui grugent les finances publiques.
L’idée semble farfelue ? Le Mexique l’a pourtant exploitée en introduisant en 1997 le programme « Oportunidades » qui consiste à payer les familles pour qu’elles envoient leurs enfants à l’école. Le principe de l’incitation financière a tellement bien fonctionné que plus de trente pays l’ont adopté depuis. Même la ville de New York et la Grande-Bretagne se sont inspirées de ce programme pour lutter contre le décrochage.
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Lire :
http://www.changeonslecole.org/rapp_mh_res11.htm
Rapport complet de la commission présidé par Martin Hirsch. Janvier-Avril 2005
http://www.changeonslecole.org/rapp_mh_complet.pdf
Ils ne sont pas notre modèle, mais remplissaient une « mission »…
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L’extrait étudié ici relate les souvenirs de l’écrivain alors qu’il était élève sous la IIIe République, période pendant laquelle sont votées de nombreuses lois scolaires, notamment celles de Jules Ferry, destinées à transformer le système éducatif. Cette politique touche aussi le corps enseignant qui devient le héraut des valeurs du nouveau régime. Les instituteurs, auxquels Péguy rend hommage en les baptisant « hussards noirs », expression communément adoptée par la suite, sont le cœur de cette nouvelle élite garante des valeurs républicaines et de leur transmission. En effet, l’unanimité nationale autour du régime républicain et dont ils sont les outils, existe grâce à une action volontariste de tous les gouvernements successifs - après leur victoire sur le camp monarchiste jusqu’alors au pouvoir (De Broglie ; Mac Mahon) - principalement axée sur l’éducation de la nation pas encore totalement gagnée à la République.
Péguy nous amène ici à nous interroger sur la double implication du corps des instituteurs dans cette jeune, et encore fragile, République. En effet, on peut se demander jusque dans quelle mesure ceux-ci sont à la fois une réalisation de l’idéal républicain et un vecteur de diffusion de celui-ci dans la société. En quoi les instituteurs forment-ils un corps social répondant d’un nouvel idéal ? Nous tâcherons de répondre à cette question, tout en nous appuyant sur le texte, en montrant que les instituteurs passent par un service obligé garantissant la formation d’une élite, formation qui font de ces « hussards noirs » les nouveaux soldats de la République, et dont le nouveau champ de bataille à conquérir est l’école.
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Un tout autre « modèle »…
Relire aussi :
Un point de vue aigu sur nos temps difficiles…
Le 12 février 2008
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Un entretien « exclusif » avec un « monstre » de notre histoire…
Sans retenue, ni langue de bois, il nous dit tout sur celui qui nous gouverne et sur nos temps…
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Lire
la suite...
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Lire pour comprendre…

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