mardi 02 décembre 2008

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D’un « Afghanistan » dont on ne nous parle guère…

En avril 2007, des puissants commandants afghans de la résistance anti-soviétique, alliés à d’anciens responsables communistes, annonçaient la création d’un Front national uni afin  de faire pression pour instaurer en Afghanistan un régime parlementaire, plutôt que présidentiel…

Et le prince Mustafa Zaher, petit-fils de l’ancien roi Zaher Shah, qui a rejoint ce Front national uni ajoutait : « il est important de réunir différentes factions au nom de la paix dans ce pays dévasté par près de trois décennies de conflit »…

A l’horizon des élections présidentielles de 2009… qui devraient être suivies en 2010 par des élections législatives…
A la tête de cette nouvelle coalition, l’ancien président et chef du parti majoritairement tadjik « Jamiat-e-Islami », Burhanuddin Rabbani, précisait que les gouverneurs des « provinces »,actuellement nommés par le président Hamid Karzaï, « doivent être élus au cours d’un scrutin direct »

Burhanuddin Rabbani

Le Front national uni  compte plusieurs figures tadjikes et ouzbèkes de l’ancienne Alliance du Nord qui avait combattu les talibans, comme le président du Parlement Yunus Qanooni,

Yunus Qanooni

 le maréchal Mohammed Qasim Fahim,

et l’homme fort du nord du pays Abdul Rashid Dostom.

Abdul Rashid Dostom

Le parlementaire Sayyed Mohammad Golabzoi, ancien ministre de l’Intérieur du régime communiste, et le député de la province de Kandahar (sud) Nurolhaq Olumi, un ancien chef militaire communiste, font également partie de cette coalition.
ET Mustafa Kazimi, porte-parole de la coalition, alors député et ancien commandant du parti chiite « Hazara Hezb-e Wahdat »de préciser avant que d’être tué dans un violent attentat en novembre 2007 : « Il n’y aura ni révolution ni actes de violence. Tous les efforts pour changer la Constitution seront faits via des moyens légaux »…
(L’attentat : http://afp.google.com/article/ALeqM5jFCYIv_9EYNeeB_f6tflVdiZfAog)

Rappelons que Burhanuddin Rabbani avait été nommé président à la chute du régime de Najibullah en 1992, puis chassé de la capitale par les talibans en 1996…
Les chefs de guerre de l’Alliance du Nord sont toujours très présents au  sein de l’administration du pachtoune  Karzaï …  

Vu de Kabul en 2004…

Dès les faubourgs de Kaboul, l’Etat afghan disparaît. On ne trouve plus que des seigneurs de la guerre qui gouvernent comme des souverains absolus, prélèvent taxes et impôts et se font fort de ne pas appliquer les directives du gouvernement central. Même dans la capitale, on ne sait qui gouverne : le président Hamid Karzaï et son gouvernement ? L’ambassadeur américain Zalmay Khalizad, cet Afghano-Américain parachuté par Washington ? Ou les troupes internationales qui, avec 6 000 hommes, quadrillent tous les quartiers de long en large ?

La ville est « bunkerisée » dans sa partie la plus cossue. C’est là que sont installées les ambassades – les Etats-Unis ont même confisqué la plus grande avenue de Kaboul, où ils construisent un immense immeuble pour la CIA. Les villas aux alentours, qui se vendaient une dizaine de milliers de dollars sous les talibans, valent, deux ans plus tard, mille fois plus.

Les Afghano-Américains sont revenus récupérer leurs maisons à Kaboul et les louer à prix d’or aux Occidentaux. Les Afghans de Hambourg et d’ailleurs leur ont emboîté le pas. Aux yeux des gens de l’intérieur, ce sont des sag chouyan,des « laveurs de chien », animal impur pour l’islam. Cette population, qui parle souvent le dari ou le pachtou avec un accent yankee ou allemand, les autochtones la trouvent arrogante et méprisante : ils y voient des profanateurs plutôt que d’authentiques Afghans.

A ces Afghano-Occidentaux, indécemment riches par rapport à la population, est venue s’ajouter la diaspora de ceux revenus d’Iran ou du Pakistan, où ils ont pu amasser un peu d’argent au prix d’un rude labeur. Assez cosmopolites, ils doivent s’adapter à la nouvelle donne : maçons, électriciens, petits entrepreneurs ou encore petits commerçants, certains habitent sur les collines qui entourent Kaboul et échappent ainsi aux prix mondialisés des quelques avenues cossues.

Ces deux diasporas ne partagent que leur origine. Si la seconde, de retour des pays voisins, s’intègre sans trop de difficultés, la première, venue d’Occident, est rejetée – elle ne cherche d’ailleurs pas à s’intégrer. A Kaboul, on considère qu’elle est venue encaisser ses biens, mais qu’ensuite elle pliera bagages ou accaparera des postes lucratifs afin d’accroître sa fortune sur le dos de la population de l’intérieur.

Dans le bazar de Kaboul, la misère éclate ; des gens en guenilles vivent chichement de presque rien. Certes, les organisations non gouvernementales – quelque deux mille ONG occidentales y ont pignon sur rue – donnent du travail à une partie de la ville... tout en la parasitant : ils en font un immense chantier pour l’humanitaire. Les tâches nobles reviennent évidemment à des Occidentaux ou à des Afghans venus d’Occident, les menus travaux – chauffeurs, guides, distributeurs d’aide, etc.– aux Afghans de l’intérieur.

« Richissimes étrangers »

Les classes moyennes-inférieures urbaines luttent contre la paupérisation, mais elles peuvent facilement tomber dans la misère du fait de l’inflation. Beaucoup de leurs membres ne parviennent pas à suivre la hausse du coût de la vie, dans une ville où l’afflux d’étrangers brise les équilibres anciens et fait monter les prix en flèche. Ces petits citadins vivent de plus en plus dans la frustration et la haine de l’« étranger richissime » et des Afghans fortunés considérés comme non musulmans du fait de leur individualisme et de leur refus de partager et de donner des aumônes. Dans les conversations, ces citadins expriment souvent leurs griefs en termes religieux, laissant entendre que, sous les talibans, au moins, tous étaient pauvres et que le pouvoir n’était pas dominé par des gens parachutés d’un autre monde.

Au nom de l’islam, les groupes extrémistes pourront, dans l’avenir, exploiter ce sentiment de « ne pas être chez soi », d’être maintenus au bas de l’échelle sociale, d’être méprisés et rejetés par des « étrangers » et des « infidèles », pour renforcer un mouvement islamiste vivace dans les régions frontalières du Pakistan. Ils gagneront ainsi la base urbaine qui leur manquait et élargiront leur influence parmi cette population récemment urbanisée et dont la vie est faite de misère, de tentatives de se bâtir, dans le chaos, un avenir que tout contribue à boucher.

Quelques-uns, pourtant, réussissent tant bien que mal, en s’insérant dans les mailles du nouveau système. Omar, tout enfant, était doué pour le football. Châtié par les talibans, il a dû y renoncer. A présent, il tente de jouer dans l’équipe qui pourra devenir nationale. Son rêve serait de trouver une place dans l’une des formations des pays du Golfe... ou d’ailleurs.

En Iran, l’utilisation du lien ethnique, linguistique et religieux, permet le passage de la drogue : le Baloutchistan iranien est peuplé de sunnites qui, fort proches des Pachtounes afghans, font passer l’héroïne à la barbe des pasdarans, les gardiens de la révolution iraniens. L’argent de la drogue cimente les liens ethnico-religieux qui, en retour, dans une économie souterraine mondialisée, facilitent le transfert de la poudre blanche en Iran, malgré les trésors d’ingéniosité déployés par l’armée de ce pays pour arrêter le flux de la drogue.
Le trafic vers le Pakistan passe par la région frontalière du Waziristan, où les talibans, les membres d’Al-Qaida et l’idéologie islamiste ont le vent en poupe. Là aussi, il est facilité par les ethnies qui, de part et d’autre, rendent poreuse la frontière.

L’opium produit dans différentes parties du pays se vend aisément. Les Américains s’en soucient peu, l’héroïne ne s’exportant pas prioritairement aux Etats-Unis (on y consomme surtout la cocaïne), mais en Europe, en Iran (où cette drogue est recherchée par une partie de la jeunesse), au Pakistan et sur les nouveaux marchés de l’Europe de l’Est. Sur ces trafics, les seigneurs de la guerre présents dans le gouvernement prélèvent au passage des impôts qui les enrichissent et permettent l’entretien d’une clientèle et d’une milice, dont le nombre nargue la chiche armée comme la petite police nationale. Le gouvernement, lui, ne peut assumer que 12 % de son budget, le reste provenant des apports occidentaux.

Bref, tout se passe comme si un vaste réseau d’alliances ethniques, religieuses et économiques enserrait l’Afghanistan, le Pakistan et l’Iran, des « ethnies-relais » y prenant en charge le transfert illégal des biens et des personnes (dont les terroristes d’Al-Qaida) à la barbe des Etats qui n’en peuvent mais. S’agissant de l’Afghanistan et du Pakistan, ce jeu se déroule dans des pays placés dans l’orbite formelle des Etats-Unis, qui exercent un contrôle limité et doivent s’adapter au terrain, c’est-à-dire négocier avec des chefs mafieux.

Au Pakistan, une grande partie de la population s’affirme antiaméricaine et favorable à M. Oussama Ben Laden. En Iran, les Baloutches sunnites soutiennent Al-Qaida moins par antiaméricanisme que par opposition à la théocratie chiite iranienne. En Afghanistan, une grande partie des Pachtounes conservent une sympathie diffuse pour les talibans. Le gouvernement afghan tente, lui, de créer un sentiment « national » en se dotant de héros posthumes, dont le commandant Ahmed Chah Massoud, emblématique « lion du Panchir ». Mais Massoud n’est véritablement aimé que d’une partie des Tadjiks et des gens de sa région (Panchir). Les autres le détestent souvent, lui reprochant de s’être lui-même conduit en seigneur de la guerre pendant la prise de Kaboul par sept factions rivales, en 1992-1994, avant la victoire des talibans.

En Afghanistan se met en place une économie mondialisée qui a pour noms drogue, ONG, argent des alliés, aide internationale sous égide américaine et enfin dons faits au gouvernement Karzaï par les pays riches. L’Etat, lui, n’existe pas et, probablement, n’existera pas de sitôt : c’est une coalition instable et hétéroclite de seigneurs de la guerre et de dirigeants politico-religieux qui entourent le président Karzaï, mus par l’appât du gain, par l’ambition ou parce qu’ils se sentent contraints de jouer le jeu voulu par les Américains.
Pour durer, le pouvoir tente de mettre fin au règne des seigneurs de la guerre en les intégrant dans une cour, comme Louis XIV le faisait avec l’aristocratie. Mais, avec la France de l’Ancien Régime, il y a une différence de taille : sans la volonté occidentale, ce gouvernement n’existerait pas. Et l’ethnicité est là, tenace, qui se conjugue selon plusieurs modes : d’abord religieux (sunnites versus chiites), ensuite linguistique (persans versus pachtounes), enfin ethnique – Hazaras (chiites), Tadjiks (sunnites), Pachtounes (sunnite)... M. Karzaï s’efforce de « pachtouniser » le gouvernement, car il est pachtoune et que l’éviction des talibans, eux aussi pachtounes, a donné trop de poids aux Tadjiks. Rien là, toutefois, qui soit de nature à renforcer l’Etat et son autonomie.

Redistribution de la carte ethnique

Parmi les seigneurs de la guerre qui se disputent un pouvoir émietté, M. Ismaïl Khan, gouverneur de Herat, démis de ses fonctions en septembre, et l’Ouzbek Abdul Rachid Dostom passent pour les plus redoutables : ils s’appuient chacun sur plusieurs milliers de miliciens (M. Dostom disposerait de 25 000 hommes) et refusent de se laisser désarmer. M. Karzaï essaie, sans beaucoup de succès, de jouer les médiateurs dans les multiples conflits qui mettent aux prises les chefs de la guerre : à Mazar-e-Charif, entre le seigneur de la guerre Mohammed Atta et le chef de la police, le général Akram Khakrezwaï ; à Herat, entre M Ismaïl Khan et Amanoullah Khan, etc. Le président en est réduit à multiplier les nominations et les contre-nominations pour affaiblir les potentats locaux, aboutissant au renforcement de ce que l’on appelle ici le « warlordism » (des mots anglais war lord,seigneur de la guerre). En réalité, l’Etat, avec l’aide de Washington, cherche à entrer dans ce jeu de pouvoir, surtout pour affaiblir les talibans et Al-Qaida, beaucoup plus que pour construire des institutions dignes de ce nom.

Il cherche, par ailleurs, à s’attirer la bienveillance des islamistes dits « modérés », en particulier une partie du groupe de M. Gulbuddin Hekmatyar, un des dirigeants historiques des moudjahidins dans la lutte antisoviétique, un pas dans l’intégration des fondamentalistes dans son projet.

Gulbuddin Hekmatyar

Dans une vidéo récente, Gulbuddin Hekmatyar  revendiquait pour le compte d’un de ses groupes armés  l’embuscade du 18 août 2008 qui a fait 10 morts dans les rangs français… prévenant les forces américaines et françaises qu’elles seront la cible de plus d’attaques…

Bref, la « pacification » est moins l’œuvre de l’Etat central que d’une redistribution de la carte ethnique par un gouvernement allouant prébendes et privilèges.
Les chefs de guerre ont tour à tour collaboré avec les Russes, les talibans, les divers pouvoirs régionaux ou leurs opposants ; tous ont du sang sur les mains. Entre-temps, ce sont le chaos de la mondialisation, la culture du pavot et les liens interethniques revisités qui engendrent argent et pouvoir – l’économie de la drogue représenterait plus de 2 milliards de dollars par an. La population se gausse de la « démocratie » ainsi importée (mardom sâlâri,littéralement l’hégémonie du peuple). L’Afghanistan est, selon la presse, plutôt une « fusilocratie » (tofang sâlâri).
Les nouveaux désordres régionaux en Afghanistan, en Irak, au Pakistan ainsi que les conséquences des politiques régionales en Iran (où le pouvoir chiite n’est pas tendre vis-à-vis des sunnites de la frontière) et au Pakistan (où le pouvoir militaire doit composer avec les tribus sous peine de révolte générale) font de la région une poudrière. Comment ébaucher une lutte efficace contre des groupes islamistes radicaux pour lesquels tant d’injustice et d’incohérence créent un terreau fertile ?

Farhad Khosrokhavar

Farhad Khosrokhavar est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), auteur des Nouveaux martyrs d’Allah, Flammarion, coll. « Champs », Paris, 2003.

Le Front national uni n’est certes pas une aimable réunion de « gentils organisateurs » de kermesses… L’histoire de l’Afghanistan est une histoire dure où le sang cimente et défait bien des alliances… A elle seule la personnalité du général Abdul Rachid Dostom illustre toutes les facettes de la réalité afghane.
Chef de guerre d'ethnie ouzbek, il incarna le « seigneur de la guerre » sans foi ni loi et bien des afghans ont encore en mémoire les méfaits de ses "colonnes infernales" lancées par le pouvoir communiste contre les moudjahédines. Opérations sans  quartier du nord au sud du pays. Il s'allia puis trahit successivement tous les autres chefs de guerre, du Commandant Massoud en passant par le fondamentaliste Gulbuddin Heykmatyar…

Mais  homme ne craignant aucun paradoxe, alors qu’il  contrôlait son fief de « Mazar- e-sharif » entre 1992 et 1997, il finançait de sa poche l'université où les femmes allaient sans tchadri…

Et le général Dostom est à ce jour  vice-ministre de la Défense du président afghan Hamid Karzai…

Liens vers l’ Afghanistan : http://www.hikyaku.com/afghan/afglinkf.html

Kaboul - L’administration du président Karzaï est corrompue à tous les échelons, de l’humble fonctionnaire au puissant ministre. Les gens ne se cachent même plus pour exiger un pot-de-vin. Le Canada soutient ce gouvernement à coups de millions. Dans le quatrième et dernier volet de sa série sur les ratés de la mission canadienne en Afghanistan, notre envoyée spéciale donne un aperçu d’un phénomène qui a pris une ampleur sans précédent.
Il n’a pas changé. Il s’est un peu empâté avec les années, mais il est toujours aussi truculent. Et il a agrandi sa famille, il vient d’avoir un 17e enfant avec sa 3e femme. Son plus jeune a 2 mois, son plus vieux 28 ans.
Gul Agha Sherzaï est un des hommes les plus riches d’Afghanistan. Gouverneur de la province de Nangarhar, ancien ministre dans le gouvernement Karzaï, hommes d’affaires - il possède une entreprise de construction -, seigneur de la guerre et chef d’une puissante tribu pachtoune, les Barakzaï.

Gul Agha Sherzaï

Vous valez combien ? lui ai-je demandé.
"Je n’ai pas le temps de compter mes millions", a-t-il répondu dans un grand éclat de rire.

Je l’ai rencontré chez lui, à Kaboul. Il est arrivé en retard parce qu’il visitait un terrain que le gouvernement venait de lui donner dans Sheerpur, un quartier ultrachic, symbole de la corruption. Les seigneurs de la guerre, les ministres et les trafiquants de drogue se construisent des maisons plus tapageuses les unes que les autres.

C’était la troisième fois que je rencontrais Gul Agha Sherzaï. La première entrevue s’est déroulée à Quetta, au Pakistan, quelques semaines avant la chute des talibans, en octobre 2001. Il préparait fébrilement son retour au pouvoir en Afghanistan et sa maison grouillait d’hommes armés.

Je l’ai revu en 2003 à Kaboul. Il venait de perdre son poste de gouverneur de Kandahar, sa ville natale. Un conflit l’avait opposé au frère du président Karzaï, Ahmed Wali Karzaï, un homme puissant qui en mène large à Kandahar. Il n’y avait pas de place pour deux rois sur le même territoire.

Gul Agha Sherzaï a donc été rappelé à Kaboul par le président. Comme cadeau de consolation, il a hérité d’un ministère, celui de la construction.
Il a échappé à cinq attentats en deux ans. Le dernier remonte au début de l’été. Un kamikaze s’est fait exploser près de sa voiture. Les vitres ont volé en éclats, mais Sherzaï s’en est sorti sans une égratignure.

Tout le système est pourri

Gul Agha Sherzaï n’hésite pas à parler de corruption. Il la dénonce tout en s’empressant de préciser qu’il n’est pas corrompu et qu’il n’a jamais trempé dans le commerce de la drogue.

Ramazam Bashardost, ancien ministre dans le gouvernement Karzaï, ne croit pas aux dénégations de Sherzaï. "Tout le monde parle contre la corruption, dit-il, surtout les plus corrompus."

"Jamais la corruption n’a pris autant d’ampleur, ajoute-t-il. Les juges demandent ouvertement de l’argent pour rendre un verdict favorable. Et ils veulent être payés en dollars US, pas en afghanis. Il n’est pas rare de voir un juge se lever devant tout le monde et se diriger vers une fenêtre pour examiner les billets de banque à la lumière du jour, histoire de s’assurer qu’ils ne sont pas faux."

Tout le système est pourri par la corruption, affirme, de son côté, le président de la chambre de commerce, Hamidullah Farooqi.

"La corruption est dopée par les milliards que la communauté internationale déverse sur l’Afghanistan et par la folle croissance de l’économie de Kaboul, qui frise les 12%, dit-il. Les hommes d’affaires sont obligés d’offrir des pots-de-vin sinon ils ne peuvent pas rivaliser avec leurs concurrents."

"Les organisations internationales, comme l’ONU, encouragent la corruption, poursuit-il. Les ONG nous disent qu’elles ne peuvent pas organiser des soumissions en bonne et due forme à cause des problèmes de sécurité. Alors, c’est toujours le même petit groupe qui rafle tout."

Un haut-fonctionnaire proche du président Karzaï en a rajouté. Il m’a demandé de taire son identité.

"La communauté internationale a injecté 19 milliards en Afghanistan, souligne-t-il. Près de 95% de cet argent sort du pays. Les ONG emploient 540 étrangers qui touchent des salaires allant de 5000$ à 35 000$ par mois. Les deux dernières élections ont coûté 359 millions. Ce sont les étrangers qui les ont organisées et ils ont gardé l’argent pour eux."

Le propriétaire et éditeur du Kabul Weekly, Mohammad Dashty, est encore plus mordant.

"L’ONU est un gouvernement dans un gouvernement. Jetez un oeil sur leur compound à Kaboul, c’est quasiment une ville fortifiée. Regardez leurs dépenses, les salaires qu’ils versent à leurs employés, leurs quatre roues motrices qui sillonnent la ville, les voyages qu’ils se paient. J’appelle cela de la corruption légale !"

La guerre sainte

Azizullah Lodin en connaît un rayon sur les pots-de-vin. C’est lui que Karzaï a nommé pour créer un département anticorruption en 2003.

Lodin a bûché ferme pendant 18 mois. Il a finalement accouché de trois rapports qui n’ont jamais été rendus publics. Et pour cause, il y nommait des gens et chiffrait l’ampleur des sommes détournées.

Il a déposé ses trois briques sur le bureau du président Karzaï, avec copie au procureur général. C’était en 2004. Depuis, rien : aucune accusation, aucune poursuite. Le néant.

M. Lodin m’a accueillie chez lui. Il en a profité pour se vider le coeur.
"J’ai découvert un vaste système de corruption au sein du gouvernement, raconte-t-il. Au total, 150 millions de dollars ont été détournés. Un ministre, par exemple, a pris un terrain et une maison qui appartenaient au gouvernement et il les a mis au nom de sa famille. Valeur : 21 millions. Plus de 55 millions de dollars qui appartenaient à l’État ont aussi disparu des banques."

Celui qui préside actuellement le département anticorruption s’appelle Izzatullah Wasifi. Il a été condamné à quatre ans de prison aux États-Unis pour trafic de drogue. C’est le président Karzaï qui l’a nommé.

Izzatullah Wasifi

Mais la corruption ne touche pas que les ministres. Selon l’éditeur du Kabul Weekly, Mohammad Dashty, tout le monde touche des pots-de-vin. "Les officiers de police qui dirigent la circulation arrêtent les gens et leur demandent leurs papiers. S’ils les ont oubliés, ils leur soutirent 100 afghanis (2$)."
Pourquoi une telle corruption ? Dashty a sa petite idée. "D’abord l’extrême pauvreté, répond-il. Quand un policier exige 100 afghanis, c’est parce qu’il ne peut pas acheter du pain pour sa famille, son salaire est trop misérable. Il y a aussi l’absence totale de contrôle de l’État. Et l’exemple vient de haut. Le fonctionnaire dépose ouvertement l’argent d’un pot-de-vin sur son bureau, puis il calcule la part qu’il versera à son patron."

Le président Karzaï a décidé de s’attaquer à la corruption. L’année dernière, il a créé une haute commission. Il a demandé à Azizullah Lodin d’y participer. Il a accepté de se joindre à la première réunion, puis il s’est retiré.
"Je sais que ça ne donnera rien, laisse-t-il tomber. Je l’ai vécu quand j’étais à la tête du département anticorruption."

Le Canada verse des millions au gouvernement Karzaï par l’entremise de la Banque mondiale. L’argent sert notamment à payer les salaires des fonctionnaires. Et l’ACDI travaille étroitement avec les ministères afghans de la reconstruction et du développement rural.

Comment le Canada fait-il pour vérifier que l’argent n’est pas détourné ? "La Banque mondiale utilise les services d’une firme externe qui s’occupe de la vérification", explique Stephen Wallace, responsable de l’Afghanistan à l’ACDI.

Payante, la guerre

Le frère de Gul Agha Sherzaï, Abdul Raziq Sherzaï, vit à Kandahar. Il brasse de grosses affaires avec l’OTAN. C’est la guerre qui lui a permis de bâtir sa fortune.
Combien de millions ? Comme son frère, il n’a pas le temps de les compter. "Cinq ou six", m’a-t-il dit lorsque je l’ai rencontré chez lui, à Kandahar.

Il loue des camions et des autos aux soldats et il transporte du matériel pour les bases militaires de Kandahar et de Bagram. C’est lui qui assure la sécurité des convois de marchandises contre les attaques des talibans. Il emploie 180 gardes armés et 350 travailleurs.

Il a des contrats avec les Néerlandais, les Américains, les Australiens et les Canadiens. Le Canada a accordé cette année 73 millions en contrats à 150 entreprises. Sherzaï en a obtenu pour 72 000$. Un acteur mineur. Ce qui ne l’empêche pas d’entretenir d’excellentes relations avec les Canadiens. "Ils nous invitent à leurs cérémonies, dit-il, et je les reçois chez moi pour qu’ils partagent mon repas."

Michèle Ouimet
La Presse
jeudi 1er novembre 2007

http://www.vigile.net/Afghanistan-Une-administration


Afghanistan : Retour sur une supercherie

Roland Marounek
23 décembre 2006

L'OTAN est en passe de réussir une remarquable reconversion médiatique, en se présentant comme "force de paix", force dévouée au service de la liberté, des droits de l'homme et de la démocratie, les trois mots-fétiches de notre temps. Une offensive médiatique insistante impose l'image d'une OTAN humanitaire, venant interrompre un génocide imaginaire au Kosovo, rétablissant la paix entre les communautés bosniaques qui avaient été armées par les membres mêmes de l'OTAN : en quelque sorte on présente à l'opinion l'image d'une OTAN remplaçant la force des Nations Unies, mais en mieux, plus efficace, mieux équipée, avec plus de moyens et d'unité de décision. Pas un machin trop multilatéral impuissant, rien que des démocraties agissant pour le bien…

http://www.csotan.org/textes/texte2.php?theme=F&art_id=329


Le Sommet de l’Otan de Bucarest, en avril dernier, a mis la question de l’Afghanistan en tête de ses travaux. (Avril 2008)

Afghanistan : La 2ème guerre de l’Otan pour devenir le gendarme du monde

Le Document spécifique du Sommet sur l’Afghanistan dit :
« L’Otan est un élément essentiel de l’engagement de la communauté internationale en Afghanistan où elle aide les autorités afghanes à instaurer la sécurité et la stabilité pour ouvrir la voie à la reconstruction et à une gestion efficace des affaires. »
Et Joop de Scheffer, le secrétaire général de l’Otan précise :
« Cette tâche est l’une des plus délicates que l’Otan ait jamais eu à entreprendre, mais c’est une contribution essentielle à la sécurité internationale ».
Pourquoi et comment l’Afghanistan est-il devenu une question essentielle pour l’Otan ?

Lire la suite :


Réalité du pouvoir dans les provinces de l’Ouest et tout particulièrement à Hérat.
Le Gouverneur ? NON… Le Lion d’Hérat, le Tadjik Ismaël Khan, héros de la guerre contre les soviétiques et ancien fer de lance de l’opposition contre les Talibans dans l’ouest de l’Afghanistan…

Ismaël Khan. Actuel ministre de l’énergie et de l’eau dans le gouvernement Karzaï

Lire la suite :

http://www.frstrategie.org/barreCompetences/conflits/20070110.pdf


vendredi 12 septembre 2008 par Angel Espino
Juillet a été un mois particulièrement sanglant, avec 326 tués dans différentes interventions militaires, le chiffre le plus élevé depuis le renversement du régime taliban.
Peut-être ne découvrirons-nous jamais ce qui s’est exactement passé à Azizabad au petit matin du 22 Août dernier.
Lire :
http://www.lefigaro.fr/international/2008/08/25/01003-20080825ARTFIG00292-afghanistan-karzai-furieux-contre-la-coalition-.php

 Toutefois, le bombardement de ce village de la province d’Herat est en passe de devenir le point de non-retour dans les relations entre le Gouvernement de l’Afghanistan et la communauté internationale. Ce jour-là, une patrouille conjointe des forces américaines et afghanes a suivi la piste d’un partisan d’Al-Qaida. Ils sont arrivés avant l’aube à Azizabad. Les militaires insistent sur le fait qu’ils ont tiré en premier et affirment que, en plus d’une trentaine de Talibans, entre cinq et sept civils ont été tués, mais les autorités afghanes affirment que l’attaque était une erreur et qu’elle a fait 96 morts civils, dont 60 enfants et 15 femmes. L’ONU soutient la version des autorités afghanes.
C’était la goutte qui a fait déborder le vase. Après des mois de plaintes du nombre élevé de victimes civiles causées par des troupes étrangères dans leur lutte contre les insurgés, le gouvernement de Hamid Karzai a annoncé une révision des accords concernant les forces opérant en Afghanistan. "La présence de la communauté internationale en Afghanistan doit être réglementée sur la base de traités bilatéraux », selon le communiqué du Conseil des ministres afghans. Il appelle également à fixer des limites aux forces militaires et à « cesser immédiatement toute attaque aérienne contre des cibles civiles, les fouilles des maisons et les mises en détention illégales ».
En juillet, un autre bombardement américain a atteint une noce et a causé 47 morts, dont la mariée. Ce n’est pas la première fois que des bombes massacrent un mariage. Après le démenti officiel, l’armée a présenté ses excuses. Mais si dans la tuerie d’Azizabad la mort de 96 civils est confirmée, ce serait la plus grave depuis le renversement du régime taliban en 2001.

Lire la suite : http://alternatives-international.net/article2453.html

Au-delà des informations convenues, un autre Afghanistan est peut-être entrain de se dessiner…

Portemont, le 15 octobre 2008

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