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Toujours plus d’une motivation pour le « visiter »…
Un regard sans concession sur les maux de notre temps.
Lire « Sedcontra »…

Du « Mot du jour » d’Hélie Dunoix de Saint- Marc qui nous invite à croire « … à la grandeur de l’aventure humaine »,  nous rappelant qu’ « Il faut savoir, jusqu’au dernier jour, jusqu’à la dernière heure rouler son propre rocher. » Et que « Ceux qui vivent sont ceux qui se battent »… aux « Focus » qui s’interroge « En quoi l’islam n’est pas une religion ? » et donne réponse… , « Sedcontra » nous invite à penser  nos temps si difficiles…

Et la « Crise financière » n’est pas oubliée…

Bonne lecture.

Portemont, le 7 octobre 2008

« Sous la crise des « subprimes », deux forces conjuguent leurs utopies »

La première force en présence dans la crise financière mondiale issue des “subprimes” relève d’une spéculation financière qui s’affranchit de la valeur réelle des choses sous le diktat du “rendement élevé”, dans un délai record. Cette dictature du profit à court terme, déconnectée des réalités du développement, traduit la conséquence d’une tragique rupture entre les marchés financiers et l’économie réelle, qui finit par ruiner (presque) tout le monde, en commençant par les plus pauvres, et détourne l’investissement de la croissance économique assurée par les entreprises.

Dans un monde dont les richesses produites par le travail des hommes et mesurées par PIB progressent de 4 à 6% par an, les salles de marchés financiers imposent des « rendements immédiats et trois fois supérieurs » aux investissements.
Elles ne font là que répondre à la pression de leurs plus gros clients institutionnels, comme les fonds de pension américains. Mais au-delà d’un certain seuil, le seul moyen pour les traders d’y parvenir à court terme, consiste à prendre délibérément des « risques déraisonnable »s, pour en sortir ensuite le plus rapidement possible en les revendant, après avoir empoché au passage les premiers bénéfices de l’opération.
Sous des outils complexes, mathématiques et forts peu transparents, c’est cette démarche immorale mais simple qui a présidé au développement des “titrisations” sur le marché de l’immobilier américain : on se revend des hypothèques sur les maisons achetées à crédit par le client initial, mais ce client et son risque s’y trouvent déconnectés de la transaction.
Déconnectée aussi, et de plus en plus au fil des reventes successives, la valeur réelle des actifs (les maisons) censés garantir les promesses des titres revendus dans le monde entier.
Le prêteur initial s’est défaussé de toute responsabilité sur la solvabilité de l’emprunteur et la solidité de son hypothèque. Parallèlement, les titres incluant des “subprimes” sont si bien ficelés que les nouveaux porteurs successifs du risque assumé au départ sont incapables d’en identifier l’origine, le niveau, le montant…
“Les modèles de risque les plus sophistiqués ont été réduits en poussière.
Les vendeurs de titres les ont évalués avec une seule règle : sur toute la ligne, sous-estimez le risque réel et refilez-les aux pigeons ! A la fin, il était difficile de distinguer ce qui est était frauduleux ou qui relevait d'un piètre jugement, de ce qui était complètement stupide ou qui échappait à tout contrôle.” (Walden Bello, Mouth-to-mouth will fail beached economies, Asia Times,1er mars 2008)

La crise issue des “subprimes” a trouvé aussi un puissant accélérateur dans le nouveau système de comptabilité et de communication financière internationale : International Financial Reporting Standards (IFRS). Ce système fait en effet prévaloir une présentation comptable qui valorise en permanence les actifs des banques “au prix de marché”, autrement dit dans l’appréciation subjective du moment. La qualité de la communication du vendeur ou la présentation « politiquement correcte » des comptes trimestriels et des bilans y tiendront nécessairement beaucoup plus de place que la valeur réelle du produit.
“Derrière cette évolution, un véritable changement de philosophie comptable – et sans doute aussi de l'entreprise – est en train de s'opérer : l'adaptation du système comptable à une vision financiariste de l'entreprise, uniquement tournée vers l'actionnaire. La méthode d'évaluation historique permettait en effet à l'entreprise d'ajuster progressivement la valeur d'acquisition de ses actifs à sa valeur réelle, par le biais d'amortissements et de provisions sur un plus ou moins long terme. Cette technique comptable permettait ainsi à l'entreprise de lisser les effets de la dépréciation ou de la réévaluation de ses actifs dans ses résultats. A l'opposé, la nouvelle évaluation de l'entreprise à la valeur du marché présente au moins deux risques majeurs que n'encourageait pas la méthode historique. Le premier est de conduire à un accroissement de la volatilité de la valeur des entreprises. En fonction de l'appréciation de ses actifs par les seuls marchés – et la récente bulle spéculative sur les valeurs Internet nous rappelle ce qu'elle peut avoir d'excessif et en partie d'irrationnel –, une entreprise pourrait voir son bilan et ses résultats varier dans des proportions importantes alors même que ses fondamentaux économiques resteraient inchangés. Affolés par une dégradation subite de ses résultats, on peut s'attendre à ce que les responsables de l'entreprise soient tentés par une réaction tout aussi rapide et efficace destinée à effacer cette mauvaise image : en réduisant le niveau de la production, celui de l'emploi ou de l'investissement, entraînant pour le coup des conséquences bien réelles sur l'entreprise. Le second risque est celui d'accréditer une vision univoque de l'entreprise : celle des actionnaires qui ne s'intéresseraient qu'à la valorisation boursière à court terme. Car avec en mire la seule valeur du marché, ce n'est plus à la production de l'entreprise, mais à la valeur liquidative de l'entreprise elle-même, comme si elle allait être cédée le soir même, qu'on fait référence. Peut-on concevoir qu'il s'agit là de la finalité de toute entreprise ? N'est-elle pas plutôt de voir son exploitation pérennisée ?” (Pierre-David Labanis, Magazine Culture Droit n° 1, février-mars 2005)

La seconde force en présence dans la crise provoquée par les “subprimes” est directement politique et relève de l’idéologie.

Aux Etats-Unis comme partout ailleurs, jusqu’au milieu des années quatre-vingt-dix, les banques concédaient des prêts immobiliers sur les critères de la stabilité, des revenus et de l’endettement du client. Les minorités noires et latino-américaines accédaient donc beaucoup plus lentement que les autres classes sociales à la propriété. Une violente campagne « anti-discriminatoire » a conduit alors le gouvernement de Washington à imposer aux établissements de crédit des mesures de “discrimination positive” en faveur de ces minorités.

« Dans les années 1990, des études révélèrent que les refus de prêts aux membres des communautés noires et hispaniques étaient un peu plus nombreux que vis-à-vis des Blancs ou des Asiatiques, quand bien même ces refus ne concernaient qu'une demande de prêt sur quatre. Certains lobbies y virent non le reflet logique de la moindre richesse de ces communautés, mais la preuve d'un prétendu racisme du monde financier. Une loi antidiscriminatoire de 1977, le « Community Reinvestment Act » (CRA), fut donc renforcée en 1995 pour rendre plus ardu le refus de crédit aux minorités par les banques, sous peine de sanctions renforcées. Celles-ci durent donc abandonner partiellement le rôle prudentiel qu'elles jouent habituellement lorsqu'elles refusent un prêt à une personne objectivement peu solvable. Pas si grave : Fannie Mae et Freddie Mac étaient là pour refinancer ces prêts délicats ! Aujourd'hui, nombre d'experts estiment que sans le CRA, l'accès à la propriété des minorités se serait tout de même développé, moins rapidement mais plus sainement. En voulant accélérer artificiellement ce que l'économie libre accomplissait à son rythme, c'est l'État, tantôt régulateur, tantôt législateur, qui a poussé à l'irresponsabilité les acteurs de la chaîne du crédit, provoqué une crise financière grave, et acculé à la faillite nombre de familles qu'il prétendait aider » (Vincent Bénard, Le Figaro, 9 septembre 2008.)
L'origine de la crise des « subprimes » ne réside donc pas dans une absence de régulation mais bien au contraire dans une intervention idéologique de l'Etat, exploitée par des spéculateurs sans scrupules qui croyaient pouvoir la transformer en poule aux œufs d'or.
Emmanuel Barbier/Sedcontra

Une crise révélatrice de « l’utopie de marché »

« Dans le cas de la crise du subprime, résumons ce qu'il s'est passé : perte de confiance car absence d'information. Si les dettes étaient restées dans les mains des premiers prêteurs, le problème du subprime ne se serait pas répandu au niveau mondial. Ces prêteurs à risque auraient fait faillite pour quelques-uns, mais l'économie américaine s'en serait remise. Aujourd'hui, c'est moins sûr. Le problème philosophique vient du fait que l'opacité créée par le fonctionnement du marché, avec l'élaboration de produits structurés intégrant ces dettes, les dissimulant en fait, est à l'encontre de la théorie du marché comme meilleur pourvoyeur d'informations possible. Dans ce cas-là, il n'est pas le meilleur, il est le pire, car il ne donne pas d'information par l'intermédiaire des prix et il dissimule les risques encourus. – Cet exemple illustre l'inadéquation entre la théorie du marché parfait et la réalité du marché imparfait. Que va-t-il se passer maintenant ? Un bouc émissaire sera trouvé, des procédures seront mises en place, afin que, dans l'avenir, l'utopie du marché parfait puisse continuer à fonctionner. Au lieu de questionner l'utopie, les acteurs financiers voudront continuer à s'en approcher, même si elle est inaccessible à jamais.”
Sébastien Groyer, « Philomag Eclairages », 13 février 2008

Doublement criminel

Prêter à des gens qui ne peuvent pas rembourser est criminel, et il a fallu l’absurdité politiquement correcte de la « discrimination positive » pour que les banquiers en arrivent là. Mais pour rémunérer leur risque, ils ont prêté à des taux variables qui ont fini par s’avérer très supérieurs à ceux du marché – ce qui est doublement criminel, puisque les acheteurs pouvaient encore moins rembourser.
“Titriser” ces créances est déjà une idée farfelue. Des crédits bancaires ne sont pas des titres. Mais l’astuce qui consistait à en faire des titres pour les intégrer ensuite dans des fonds permettait de diluer le risque.
Il s’est alors trouvé dans le monde entier des financiers assez stupides pour s’intéresser à cette rémunération supérieure et à la dilution de leur risque à l’intérieur d’un fonds dont toutes les créances ne seraient sans doute pas irrécupérables. C’était oublier les normes comptables IFRS qui obligent à provisionner 100% d’un fonds de créance alors même qu’il n’y aurait par exemple que 5% de subprimes non remboursés dans le fonds, puisque ceux-ci ne sont pas identifiés à l’intérieur du fonds. D’où ces publications de résultats catastrophiques de nombreuses banques, contribuant à paniquer un marché qui n’avait pas besoin de cela !
Il y a encore quinze ans, les résultats des banques s’exprimaient en millions de francs, ce qui paraissait correct compte tenu de la marge sur intérêt des prêts et des commissions nombreuses prises sur les opérations et services bancaires. Depuis quelques années, ces résultats s’expriment en milliards d’euros, ce qui aurait dû attirer l'attention générale, car l’origine n’est plus l’exploitation bancaire, mais la spéculation des salles de marchés pour compte propre (comme dans l’affaire Kerviel), les produits dérivés et structurés sur des montants colossaux.
Notre seul prix Nobel d’économie, Maurice Allais, dès les années quatre-vingt, mettait en garde l’opinion sur la folie représentée par ces transactions gigantesques qui ne correspondaient à rien sur le plan économique industriel ou commercial. On fait de l’argent sur de l’argent. « Les banques, écrivait-il dans Le Figaro, ne devraient plus acheter directement des actions sur le marché pour leur propre compte. Elles sont d'abord censées remplir leur rôle d'intermédiaire économique auprès des entreprises à la recherche de nouveaux crédits et auprès des épargnants préoccupés par la sécurité et le rendement de leurs dépôts. »
Rémy Bert/Sedcontra

Plus la finance est mathématisée…

« Plus la finance est mathématisée, plus c'est du baratin. Moins c'est prestigieux, moins c'est du baratin. La comptabilité, ce n'est pas du baratin. La statistique financière, c'est du baratin. Les gens ne le perçoivent pas car, pour faire des statistiques financières, il faut porter un habit. (…) La chose la plus dangereuse que j'aie découverte auprès des banques est que plus un établissement possède de risk-managers mathématiques et plus il est en risque. Comme ces méthodes ne marchent pas, les gérants vont quand même se sentir à l'aise parce qu'ils auront l'impression d'avoir quantifié le risque. Je démontre dans mon livre que lorsqu'on donne un chiffre à quelqu'un, il se sent automatiquement à l'aise. Or, si vous n'êtes pas sûr de ce chiffre, vous allez causer une montée de la prise de risque de cette personne qui ne sera pas compensée par le chiffre que vous lui avez donné. »
Extrait d’une interview de Nassim Nicholas Taleb, ancien trader, auteur du « Cygne noir » (Les Belles Lettres, 2008), dans La Tribune du 23 septembre 2008.

http://www.sedcontra.fr/

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