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Ce n’est pas faute d’avoir été prévenu…

Monsieur Axel Türk, président de la CNIL, fait comme Monsieur Ducros…
Il se décarcasse souvent pour nous prévenir… Le 10 juillet 2007, il nous avertissait : « La majorité des Français n’ont pas conscience qu’aujourd’hui leur sphère privée est en cause »…

Dans un rapport intitulé « Alerte à la société de surveillance » établi en 2006, il tentait de réveiller les Français et de donner par la suite un « entretien » :  Extraits relevé sur un « chat » du Monde.fr :

Bbb : Qu'est-ce que vous entendez par "société de surveillance" ? N'est-ce pas un peu exagéré ?
Alex Türk : Le mot vient des Anglais, lors de la conférence de Londres. Moi, je ne l'utilise pas de manière courante. J'ai plutôt tendance à dire qu'il y a une forme d'endormissement. La majorité des Français n'ont pas conscience qu'aujourd'hui, leur sphère de vie privée est en cause. Est-ce exagéré ? Plus ou moins. Quand on fait de la communication, on utilise des images pour se faire comprendre. D'autant que si l'on met la CNIL face à l'ensemble des promoteurs de technologies de l'informatique, il est assez normal qu'on utilise des images frappantes, car nous n'avons pas le même poids.

bbb : Quelle est la plus grande menace pour les libertés, à vos yeux ? La vidéosurveillance, la biométrie...?
Alex Türk : Pour moi, la grande menace c'est qu'à échéance, il y ait une conjugaison de l'ensemble de ces dispositifs. C'est pour cela que je crains l'endormissement : les gens ne se rendent pas compte qu'il y a mise en place autour d'eux d'un certain nombre de technologies, qui peuvent être invasives, d'un certain nombre de textes législatifs et réglementaires, qui, s'ils sont pris isolément, peuvent ne pas inquiéter, mais qui peuvent de manière non visible s'interconnecter et au fond augmenter leur puissance commune. Et cela ne se voit pas.
C'est peut-être dans dix ou quinze ans qu'on pourra dire : finalement, tout a changé, notre sphère de liberté s'est réduite, mais on n'en était pas vraiment conscient. C'est un peu comme quand on est au bord d'un lac en train de s'assécher. Au début, vous ne vous en rendez pas compte, et un jour le lac est presque sec. C'est un phénomène qui peut être lent, progressif, pas forcément visible, mais incontestable. C'est pourquoi je faisais une analogie avec le réchauffement de la planète.

Aujourd'hui, je dis qu'au fond les deux nouveaux droits fondamentaux, à savoir le droit à la protection des données et le droit à la protection de l'environnement, ne sont que deux facettes d'un même droit. Un homme ou une femme a droit au respect de son environnement intime, si l'on peut dire, et à l'environnement dans lequel il vit.

jarjar : La CNIL reconnaît-elle des vertus à la société de surveillance ? N'y a-t-il pas là une fonction utile (nécessaire ?) de dissuasion ?
Alex Türk : Bien sûr. C'est pour cela que j'ai dit hier que la CNIL n'avait pas de jugement a priori sur la vidéosurveillance.

Catherine : A Londres, justement, le système de surveillance par caméras a montré son efficacité dans les progrès de l'enquête sur les auteurs des attentats manqués. N'est-ce pas la preuve de son utilité ?
Alex Türk : Absolument. Il n'y a aucun doute sur le fait que la vidéosurveillance peut rendre des services en matière de sécurité collective. C'est pourquoi la vraie question est : quels moyens donne-t-on à l'autorité de contrôle indépendante pour qu'elle puisse, elle, garantir les droits des personnes ? Il ne s'agit pas de dire oui ou non à la vidéo, mais de dire oui, ça peut rendre des services, il faut donc en faire un usage proportionné et encadré, pour assurer le respect des droits.

bbb : Les caméras de surveillance sont-elles vraiment utiles ? Un chercheur expliquait que ça ne marche que pour les atteintes aux biens...
Alex Türk : L'article dit plutôt que ça ne sert pas pour prévenir les attentats. C'est probablement en partie vrai. A Londres, cela a permis de voir qui avait commis les attentats. Donc, éventuellement, trouver ceux qui l'ont commis, et empêcher qu'ils recommencent.

jerome37 : Et qu'est-ce qui fait qu'en France les gens acceptent plus facilement la vidéosurveillance, alors qu'au Canada, cette proposition est bannie ?
Alex Türk : Peut-être que le climat de sécurité n'est pas le même. Les Français ont connu des vagues d'attentats lors des quinze dernières années.

Antoine Champagne : Le Canard enchaîné révélait en pleine campagne électorale que les fiches (noms, adresses, téléphones, montant des dons et cotisations, etc.) de quelque 125 000 adhérents de l'UMP et 70 000 adhérents du PS étaient en libre accès sur Internet. Quelles ont été les démarches engagées par la CNIL sur ce sujet ?
Alex Türk : Cela ne nous dit rien. Nous n'avons pas connaissance de cela à la CNIL. Nous avons suivi cela de très près pendant la campagne, et n'avons eu aucune plainte, aucune information à ce sujet. Si vous avez des éléments, communiquez-les nous.

A. Champagne : Pourtant, le responsable juridique de la CNIL, qui a mis vingt-deux jours à me répondre, a donné une position officielle de la CNIL sur cette affaire : on va écrire aux partis politiques en question.
Alex Türk : Je suis dans mon bureau actuellement, avec les directeurs de la CNIL, qui se regardent avec un gros point d'interrogation au-dessus de leur chevelure... On va le vérifier à l'instant même. J'espère que vous avez compris que quand je dis qu'on ignorait, ce n'était pas une injure.
En l'occurrence, j'ai écrit le 15 février 2007, suite à cet article, au responsable de l'UMP, parce que nous avions également, de notre côté, fait un audit pour élaborer une recommandation afin d'attirer leur attention sur la nécessité de faire très attention aux mesures de sécurité. Dans la lettre, il était dit que les services de la CNIL ont constaté que l'intrusion dont il était fait mention dans l'article du "Canard" n'était, selon nos experts, plus possible à ce jour.

Ensuite, nous avons demandé effectivement à l'UMP s'il avait des observations sur ce point, et il ne nous a pas présenté d'observations. Par ailleurs, cette question est évoquée en toutes lettres à la page 25 du rapport annuel que nous avons présenté hier et qui est disponible sur le site.

Source : http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-3224,55-934028,0.html?xtor=RSS-3208

Lire aussi : «  La Cnil lance une alerte à la « société de surveillance » 

Dans son rapport 2006, la Commission nationale de l'informatique et des libertés s'inquiète des progrès technologiques qui pourraient menacer "la protection des données et des libertés".

Au moment où le gouvernement songe à multiplier les caméras pour lutter contre le terrorisme, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) lance lundi 9 juillet "une alerte à la société de surveillance" qui menace "la protection des données et nos libertés".

Dans le rapport 2006 de la Cnil, son président, Axel Türk met en garde : "l'innovation technologique est à la fois porteuse de progrès et de dangers. Les individus sont tentés par le confort qu'elle procure, mais ils sont peu conscients des risques qu'elle comporte. Ils ne se préoccupent guère de la surveillance de leurs déplacements, de l'analyse de leurs comportements, de leurs relations, de leurs goûts". En 2005, la Cnil avait enregistré 300 déclarations de mise en place de systèmes de vidéosurveillance. En 2006, il y en a eu 880, souligne le rapport.

"Eviter les pièges"

Et les techniques ne cessent de se perfectionner, par l'internet ou wi-fi, proposant le son, voire le comptage des clients entrant et sortant des magasins ou la détection de colis abandonnés.
Selon Axel Türk, face à l'inflation de la législation anti-terroriste, il appartient à la Cnil "d'éviter les pièges, dénoncer les illusions et combattre les mythes". Il faut "provoquer une prise de conscience collective".
Autre source de préoccupation, les demandes d'autorisation à la Cnil pour des dispositifs biométriques "ont été multipliées par dix en un an", relève le rapport.
Par conséquent, la Cnil a donné son autorisation en avril 2006 à trois cas : l'accès aux restaurants scolaires par reconnaissance du contour de la main, et l'accès aux lieux de travail par la même méthode ou grâce à l'empreinte digitale, enregistrée sur un support individuel.
Au total, l'an dernier, la Cnil a autorisé 52 dispositifs, en a refusé 5 et a enregistré 299 engagements de conformité.

Boom de la géolocalisation

Par ailleurs, un autre secteur en plein développement : la géolocalisation des véhicules de salariés. A tel point que la Cnil a adopté en 2006 une recommandation pour en restreindre l'usage aux cas où elle est nécessaire à la sûreté de l'employé, de la marchandise ou du véhicule, ou lorsqu'elle est le seul moyen de suivre les prestations, la facturation ou le temps de travail.
Il ne serait pas question d'espionner hors des heures de travail ou de contrôler la vitesse, dit la Cnil qui demande une "information préalable de l'employé".
D'autres recommandations ne tarderont pas car la Cnil "n'ignore pas que la géolocalisation des employés eux-mêmes, par le truchement de leur téléphone portable ou de tout autre technologie, est également possible".

Une technologie invisible

Alex Türk soulève un autre danger qui devrait devenir de plus en plus présent: "la technologie tend à devenir invisible".
D'abord "parce que de plus en plus de traitements de données sont réalisés à l'insu des personnes et permettent de tracer leur déplacements physiques dans les transports en commun, leurs consultations sur internet, leurs communications téléphoniques".
En outre, parce qu'avec les nanotechnologies, à l'échelle du milliardième de mètre, "il sera bientôt impossible de distinguer à l'oeil nu si une technologie informatique est présente dans un objet", au risque de voir les instances de contrôle comme la Cnil "contournées, submergées" par cette nouvelle vague miniaturisée, met en garde Alex Türk.

http://tempsreel.nouvelobs.com

Prendre connaissance du 27e RAPPORT D’ACTIVITÉ 2006 :

http://www.cnil.fr/fileadmin/documents/La_CNIL/publications/CNIL-27erapport-2006.pdf

Portemont, le 12 septembre 2008

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