Elle fut une excellente reine et un grand mécène de la connaissance…
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Qui plus est, elle mena une vie de sainte ! C’est lui faire un grand outrage que de donner à un énième fichier son nom… Sainte Edwige, veillez sur nous, ils sont devenus fous !
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Canonisée en 1997, descendante de la Maison d’Anjou, Edwige fille du roi Louis de Hongrie, fut une reine de Pologne exemplaire…
La parution au Journal Officiel du 1er juillet 2008 d’un décret (n° 2008-632 du 27 juin 2008)
promulguant la création d’un fichier informatisé, centralisé, national, dénommé « EDVIGE » (Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale) provoque tempêtes et mots doux…
Il est bon de rappeler que pour les linguistes érudits le joli nom d’Edwige à des racines germaniques : had et wig qui signifieraient « combat »…
C’est tout dire…
Un énième fichier ? Tout pouvoir en rêve. D’un fichier toujours plus « performant »…
Nous entrons chaque jour un peu plus dans l’ère de la Firme…
Petite nouveauté ?
Les mineurs "susceptibles de porter atteinte à l'ordre public", notamment pour des violences urbaines, pourront être fichés dès l'âge de 13 ans… Scandaleux ? Rappelons que la majorité pénale est de 13 ans…
Comme il se devait, la Cnil a émis de sérieuses réserves. Et son président Alex Türk de réagir sur les ondes : « Si on n'y prend pas garde, un jour ou l'autre on nous expliquera qu'il faut descendre jusqu'à l'âge de 10 ans! », avouant :
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« Nous pensions qu'il était plus raisonnable d'en rester à l'âge de 16 ans et nous n'avons pas été suivis sur ce point…En revanche, nous avons été entendus sur d'autres points qui étaient très importants à nos yeux comme par exemple le fait que nous ne souhaitions pas qu'il y ait d'interconnexion avec d'autres fichiers. »
Beau baroud d’honneur…
« Edvige », contiendra des « données à caractère personnel » concernant « des personnes physiques âgées de 13 ans et plus » avec notamment l'état civil, les adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques, ainsi que les « signes physiques particuliers et objectifs, photographies et comportement ».
Précisons que les informations collectées sont notamment « relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ».
« Edvige » est liée à la réorganisation issue de la fusion des Renseignements généraux (RG) avec la Direction de la surveillance du territoire (DST, contre-espionnage).
Ces deux services disposaient de leurs propres fichiers depuis des lustres et nous avons tous en mémoire quelques affaires d’ « écoutes » ou de « fiches »…
Rattachée à la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP) et à sa nouvelle sous-direction de l'information générale (Sdig), « Edvige » hérite d’une partie des attributions des RG, relatives au comptage des manifestants, aux violences urbaines ou aux conflits sociaux.
M. Türk, dans ces différentes interventions soulignait que la CNIL avait obtenu gain de cause sur quelques points qui figuraient dans le projet d'origine : « Edvige » aurait pris en compte les données touchant à la vie sexuelle ou à la santé de certaines personnalités, élus, directeurs de grande société, responsables syndicaux, responsables associatifs…
Tous les ingrédients étaient réunis pour concocter un coquetel « explosif »…
Du Medef- Madame Parisot demandait des explications - à l’extrême gauche en passant par le Nouveau Centre – Monsieur Hervé Morin exprimait des réserves -, des voix se sont élevées, cris d’orfraies, plaintes hypocrites et déclarations de saintes intentions…
Nous ne devons pas oublier qu’un « fichier » unique existe depuis 1991. Le gouvernement aurait voulu tirer les conséquences d'une directive européenne traduite dans la Loi de 2004 sensée créer plus de protection et plus de transparence...
En fait, l’intention du gouvernement est bien de « cibler » deux catégories de personnes.
- L’ensemble des délinquants, notamment ceux qui sont actifs en « bande » et incluant donc des mineurs jusqu’à l’âge de treize ans.
- L’ensemble des Français qui exercent un mandat électoral, en ont exercé un, ou ont même simplement été candidats à un mandat, les responsables syndicaux, économiques, sociaux ou religieux…
Un bien beau fichier en perspective…
Un sujet « bateau » pour réveiller les chantres des droits de l’homme et les défenseurs des libertés individuelles de tout poil… et un calendrier qui permet à une douzaine d’associations d’appeler à manifester le 16 octobre 2008, jour de la Sainte Edwige !
Gageons que la Sainte n’en revient pas !
Dans un premier temps, le gouvernement a tenté de calmer les frémissements de la révolte en proposant de limiter dans le temps le fichage des mineurs qui se « rachèteraient »… le ministre de l’Intérieur proposant un « droit à l’oubli »…
Mais dans une certaine cacophonie gouvernementale la révolte prenait de l’assurance… non sans humour :
Les opposants au fichier « Edvige » sont invités à rédiger une parodie de fiche et à l’adresser au ministère de l’Intérieur…
Une affaire qui nous a permis d’apprécier la qualité des liens entre les divers membres du gouvernement :
Hervé Morin, ministre de la Défense :
S’interrogeant s'il était «utile pour assurer la sécurité de nos compatriotes, de centraliser des informations relatives aux personnes physiques ayant seulement sollicité un mandat politique ou syndical», s'il était «utile que l'on y intègre des coordonnées téléphoniques, des orientations, sans savoir exactement de quoi il s'agit, des informations d'ordre fiscal ou patrimonial». Et de conclure: «Est-ce bien nécessaire de ficher les personnes jouant selon les termes mêmes du décret un rôle institutionnel économique social ou religieux significatif? N'y a-t-il pas là un curieux mélange des genres?»
Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur :
«Je suis ravie que M. Morin se pose des questions. La question que moi je me pose, c'est comment il se fait que depuis le 1er juillet, il n'ait pas réussi à trouver mon numéro de téléphone pour me demander ce qu'il en était, je l'aurais rassuré.»
François Fillon, premier ministre en réponse à Hervé Morin:
«Je pense qu'il n'est pas nécessaire de créer des suspicions là où elles n'existent pas et j'ai eu l'occasion de le lui dire », lançant à son ministre de la Défense: «Ce n'est pas une caserne, un gouvernement, mais enfin là en l'occurrence, il ne faut pas se laisser aller à de jugements inspirés par une vision très légère des choses. Il y a des réalités dans notre pays qui sont des réalités fortes en matière de sécurité.»

Rama Yade, Secrétaire d’Etat aux droits de l’homme :
« Des précisions sont nécessaires, des clarifications sont utiles notamment sur cette question des orientations (sexuelles) et je compte, et j'espère, que le Conseil d'Etat apportera cette précision là », précisant que la question des données sur les orientations sexuelles des personnes fichées « m'interpelle plus que toute autre »
« Le décret qui a créé ce fichier provoque des inquiétudes, je crois qu'il est important de les apaiser »
Et pour un des grands acteurs de notre vie économique et sociale :
Laurence Parisot, Medef :
«Je souhaiterais que la ministre de l'Intérieur donne des explications. Je ne pense pas que Michèle Alliot-Marie puisse être liberticide, donc je crois qu'il faut que nous en sachions plus sur ce dossier. […] Je note que nous n'avons pas été consultés alors que nous sommes concernés en tant que militants de l'entreprise. […] C'est quelque chose qui me gêne beaucoup. Je suis assez troublée par ce que l'on est en train de découvrir»
Histoire d’ajouter plus encore de trouble, le porte-parole du ministère de l’intérieur, Gérard Gachet, se distinguait dans un entretien au magazine « Têtu » (sic) :
«Nous ne pourrons ficher la maladie ou l'homosexualité de quelqu'un que si elle est en rapport avec sa vie publique. Il sera interdit, par exemple, de mentionner la vie sexuelle d'un élu qui n'évoque jamais publiquement son homosexualité. Il sera en revanche possible de rédiger une fiche sur le responsable d'un mouvement qui défend les droits des homosexuels ou sur une association de malades qui participe à des intrusions violentes dans les préfectures.»
Une belle opportunité pour quelques mal-aimés des hautes sphères du pouvoir de monter aux créneaux…
Ainsi, le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP), pouvait estimer que le fichier « Edvige » a été :
« une affaire mal conduite » par le gouvernement « qui n'a pas bien communiqué »sur ce dossier.
Gonflant la poitrine :

"Nous allons à l'Assemblée reprendre les choses en main" (déclaration de M. Accoyer sur RTL) indiquant qu'il avait « demandé au président de la commission des lois d'auditionner le ministre (de l'Intérieur) et de procéder à toutes les auditions nécessaires sur ce fichier ».
Soyons rassurés… si l’Assemblée reprend les choses en main… !
Et comme nous pouvions le pressentir « Sarko suprême » intervient… invitant l’Intérieur à revoir sa copie…
Une affaire à suivre donc, mais sans tarder plaçons nous sous la protection de Sainte Edwige :
Sainte Edwige protégez nous ! Et dans votre immense bonté daigniez nous donner des nouvelles du ministre de la Justice… Le silence de Rachida Dati nous donne quelques inquiétudes…
Simon de Quoisiry, le 12 septembre 2008
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