Comment devient-on une marchandise ?
Il est symptomatique d’une société devenue (peut-être) un peu folle que le 1er mai 2008, soit quarante ans tout juste après la révolution festive parisiano-bourgeoise du même mois, des clandestins battent le pavé parisien, au milieu de travailleurs français, pour réclamer la régularisation de leur situation, soutenus dans leur démarche par… une partie du patronat français.
Au fond, ce ne peut être qu’une forme de clin d’œil de l’histoire, une boutade de circonstance qui conduit à voir se produire une telle aberration alors que toutes la classe « boboïsante » parisienne se prépare à imposer au reste de la France les festivités en souvenir de sa révolte de pacotille. Sans doute afin de mieux rappeler à ceux qui ont su rester lucides que si, aujourd’hui, un travailleur clandestin, c'est-à-dire une personne ayant commis deux infractions, réclame, tel un dû, la régularisation de sa situation, c’est parce que, quatre décennies plutôt, une bande d’excités aura appelé de ses vœux l’abolition des patries et des frontières… et que cette bande règne aujourd’hui sans partage sur les médias et la classe politique.
Jadis, les utopistes de tous poils n’hésitaient pas à crier que « le monde n’est pas une marchandise. » Et l’on ne saurait que leur donner raison quant au fond contre une pensée libérale poussée à un extrême dangereux conduisant à imposer le « tout-commercial » qui, s’il n’est pas à proprement institutionnalisé, n’en demeure pas moins le concept dominant d’une époque qui, ayant évacué le divin de son inspiration, l’a remplacé par l’argent.
Le monde devient une marchandise à partir du moment où l’on considère comme légitime qu’une bande de clandestins exige le « droit » de vivre en France, dès lors que tous y travaillent, voire même, y paient des impôts, c'est-à-dire, en somme, qu’ils paient leur patente, sans prendre en considération le fait que la France est, tout de même, un peu plus qu’une carte de travail ou qu’une déclaration d’impôts.
Ainsi, l’appartenance à une communauté se réduit donc, pour certains, exclusivement à un critère économique quand ce dernier n’avait jadis qu’une très faible importance.

C’est en cela que la France devient ici une marchandise, au même titre par ailleurs, que les milliers d’infortunés contraints d’abandonner leur terre d’origine pour rejoindre l’Occident où le peu d’exigences qui les caractérisent font d’eux des « ressources humaines » autrement plus appréciables que les autochtones plus regardant sur leur rémunération. Le droit de vivre en France s’achète ainsi au même titre que certains patrons (qui ne forment, heureusement, pas la totalité du genre) préfèrent « acheter » des immigrés clandestins, main d’œuvre plus rentable, plus flexible, plutôt que de fournir des emplois à leurs compatriotes.
L’on a donc assisté, ici, à une immense tartufferie où médias complaisants et personnalités politiques de différents bords courbaient l’échine devant d’odieuses revendications, qui si elles aboutissaient, ne feraient que le lit d’un torrent dévastateur pour l’avenir des travailleurs français, déjà touchés par un chômage de masse très inquiétant, directement mis en concurrence avec les populations du Tiers-monde qui ne craindraient plus d’enfreindre la loi dès lors que, à la clé, il leur était assuré de trouver un emploi.
C’est le revers de la médaille, le contrecoup de l’idéologie mondialiste, ce que les utopistes de tous poils n’avaient pas su prévoir par paresse intellectuelle ou aveuglés par leurs œillères idéologiques et refusent encore aujourd’hui bien souvent d’admettre. Car ce qui protégeait le monde et l’homme de la marchandisation est justement ce qui rendait chaque peuple, chaque terre et chaque nation unique par rapport aux autres. La négation des nations et des différences, n’aura servi qu’à ouvrir cette boite de Pandore.
Au fond, la promesse de Nicolas Sarkozy d’instaurer une « immigration choisie » n’aura fait qu’ouvrir le champ libre à l’intrusion de ces revendications dans l’espace public.

Car c’est bien la volonté de celui qui devint président de la République « française » de mettre en place une politique migratoire, fondée sur le seul critère du bénéfice économique, qui aura légitimé la prétention d’immigrés travaillant sur le sol français de bénéficier de cette conception de l’immigration.
Oui, cela est bien le symptôme indéniable d’une société agonisante et si la Providence a voulu que le quarantième anniversaire du mois de mai soit le théâtre de cette imposture, ce n’est sans doute pas un hasard : la corrélation se manifeste ainsi d’autant mieux au grand jour. Mais c’est là que le slogan « jouir sans entrave » dévoile son penchant proprement maléfique quand le devoir moral et la communauté nationale ne sont plus des obstacles à un renouveau d’une forme d’esclavagisme et de quête effrénée du profit, qui peut s’épanouir « sans entrave » puisque les dernières barrières protégeant les travailleurs français et les communautés de France ont été idéologiquement abolies.
Mais il ne faudrait pas pour autant se complaire dans une posture anti-patronat qui ne serait que trop simplificatrice d’une situation complexe. Il faudrait aussi revenir sur le fiasco de l’Education Nationale qui ne forme plus à la vie active, sur le scandale des universités qui font perdre de nombreuses années à tout un pan de la génération estudiantine et la carence de politique en matière de requalification ou de formation professionnelle… tout autant de facteurs qui conduisent à faire du travailleur immigré une « marchandise » d’autant plus appréciable.
C’est parti ! La Traite des noirs recommence. Gageons que, cette fois-ci, le contrecoup en sera terrible… pour l’Occident malade de révolutions !
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« Une même finalité ? » |
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Stéphane Piolenc
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