mardi 02 décembre 2008

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Commémorons, commémorons…

Que nos propos soient clairs. Il n’est pas question de justifier l’esclavage ou de nier les dures réalités de l’histoire. Mais de rappeler que cette histoire est celle de l’humanité tout entière…Et aussi qu’une « identité » ne saurait se construire en cultivant, non sans arrière-pensées, un statut de victime à perpétuité. Réflexion salutaire de notre ami Alain Texier.

« Le Cri, l’écrit » de Fabrice Hyber
Stèle commémorant l’abolition de l’esclavage, inaugurée le 10 mai 2007.  Jardin du Luxembourg, à Paris.

Incapable de gouverner, les autorités françaises commémorent, répondant à tous les cris d’orfraies de tous les  descendants des victimes de tous les travers humains.

Travers graves, lourds de conséquences en leur temps…Nous n’appelons pas à l’oubli. Mais il y a mémoire et mémoire… A ce jeu de surenchère permanente, les mémoires deviennent férocement sélectives. Et les autorités elles-mêmes perdent la boussole…Pour preuve la dernière circulaire du 29 avril 2008, relative aux commémorations de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions…

Pas la moindre trace d’encouragement à la résilience…

Merci à Alain Texier pour sa réflexion.

Portemont, le 14 mai 2008

Rappelons  en préalable  que « les troubles schizophrènes  ont pour conséquence des altérations de la perception de la réalité, des troubles cognitifs, et des dysfonctionnements sociaux et comportementaux plus ou moins importants ».
 Rapprochons  maintenant  cette définition  de la  circulaire  reproduite in extenso ci-dessous :

Circulaire du 29 avril 2008 relative aux commémorations de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions


 Le Premier ministre à Monsieur le ministre d'Etat, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les secrétaires d'Etat, Monsieur le haut-commissaire, Mesdames et Messieurs les préfets de région et de département, Madame et Monsieur les hauts-commissaires de la République, Mesdames et Messieurs les recteurs d'académie et vice-recteurs
A l'approche de la journée de commémoration du 10 mai, je souhaite vous rappeler l'objet des manifestations nationales et locales qui seront organisées afin de garantir à travers les générations la mémoire du crime de l'esclavage.

1. La commémoration nationale du 10 mai

 Avant l'intervention de la loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité, qui a modifié les dispositions de la loi n° 83-550 du 30 juin 1983, la commémoration de l'abolition de l'esclavage faisait uniquement l'objet d'une journée fériée dans les quatre départements d'outre-mer et à Mayotte.
Désormais, conformément aux dispositions du décret n° 2006-388 du 31 mars 2006, la France a fixé le 10 mai comme jour des « mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions », sur la proposition du comité pour la mémoire de l'esclavage, en référence à la date de l'adoption en dernière lecture par le Sénat de la loi du 21 mai 2001.
L'écho rencontré depuis deux ans par cette journée démontre l'importance que revêt la commémoration de l'abolition de la traite et de l'esclavage pour la société française. Je vous demande donc d'apporter toute l'attention nécessaire à l'organisation des cérémonies publiques prévues ce jour.
Si des intitulés courts et variés pourront être donnés aux manifestations, notamment artistiques et culturelles, préparées à cette occasion (« Mémoire de l'esclavage », « Regards sur l'esclavage »), il importera que les cérémonies publiques respectent le titre « mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions ».
Vous veillerez également au choix du lieu qui vous paraîtra le mieux respecter l'esprit de cette journée, dans le contexte local.
Le ministère chargé de l'outre-mer a rénové le site internet du comité pour la mémoire de l'esclavage, afin de recenser les diverses manifestations que je vous demande de porter à sa connaissance en vue de la préparation du programme de cette journée.

2. Les autres dates historiques ou commémoratives

 Si le 10 mai est une journée nationale consacrée à l'histoire de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, il serait contraire à l'esprit de la loi du 21 mai 2001 d'ignorer les autres dates commémoratives, dont les champs géographiques et les thématiques sont très variés.
En outre-mer
 Le décret n° 83-1003 du 23 novembre 1983 relatif à la commémoration de l'abolition de l'esclavage fixe pour chacun des départements d'outre-mer et pour Mayotte une date annuelle de commémoration : le 27 mai en Guadeloupe ;

Statue de l’abolition de l'esclavage, 8 m de hauteur, placée à Basse-Terre (Guadeloupe) Jeannot sculpteur.

le 10 juin en Guyane ;

Saint-Laurent du Maroni. Guyane

 le 22 mai en Martinique ;

Mémorial de l'Anse Caffard (Martinique)

le 20 décembre à La Réunion ;

et le 27 avril à Mayotte.

En métropole
De nombreuses associations originaires d'outre-mer organisent le 23 mai une journée commémorative en souvenir de la souffrance des esclaves. Cette date rappelle, d'une part, celle de l'abolition de l'esclavage en 1848 et, d'autre part, celle de la marche silencieuse du 23 mai 1998 qui a contribué au débat national aboutissant au vote de la loi reconnaissant l'esclavage comme un crime contre l'humanité.
La date du 23 mai sera, pour les associations regroupant les Français d'outre-mer de l'Hexagone, celle de la commémoration du passé douloureux de leurs aïeux qui ne doit pas être oublié.
Je vous demande d'apporter l'attention et le soutien nécessaires aux initiatives qui seront prises lors de cette journée. Les autorités nationales, notamment la délégation interministérielle pour l'égalité des chances des Français d'outre-mer, et locales pourront s'y associer.

Les journées internationales
La journée du 2 décembre dite « Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage » commémore la date anniversaire de l'adoption par l'Assemblée générale des Nations unies de la Convention pour la répression et l'abolition de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui en 1949.
Le 23 août, « Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition » initiée par l'UNESCO depuis 1998, rappelle que, dans la nuit du 22 au 23 août 1791, éclata à Saint-Domingue un soulèvement d'esclaves qui a fortement influencé le processus d'abolition de la traite négrière dans l'ensemble des colonies européennes.

La journée de commémoration du 10 mai, comme chacune des dates rappelées dans cette circulaire, contribue à l'unité et à la cohésion sociale de notre pays, en permettant notamment aux jeunes générations d'en connaître toute son histoire, dans le partage, en évitant d'occulter, de fragmenter, de limiter le champ chronologique et géographique, voire d'opposer des faits et des mémoires. A ce titre, ces journées participent pleinement au calendrier français de la mémoire.
François Fillon

* S’agissant  des  altérations de la perception de la réalité  et  des troubles cognitifs associés.
Le rappel des quelques données chiffrées  ci- dessous suffira.

Selon l’historien Pétré-Genouilleau « Les traites négrières : essai d'histoire globale » référencé infra, il y eut trois traites :

- la  traite occidentale  ou transatlantique .11 millions d’esclaves entre 1450 et 1869;
- la  traite orientale. 17  millions d’esclaves entre 650 et 1920. (estimation + ou - 25 %)
- la  traite  interafricaine .14millions d’esclaves sur treize  siècles.

Le lecteur notera sans peine  que seule la première de ces trois traites, la seule politiquement  correcte ? , est mise en lumière et  stigmatisée dans les territoires français.
 Principaux acteurs de la traite occidentale en millions d’esclaves transportés:
- Portugal: 4,65
- Grande-Bretagne: 2,60
- Espagne:1,60
- France : 1,25
- Pays-Bas : 0, 50
- Colonies britanniques d’Amérique du Nord: 0,3
- Autres : 0,1
Le lecteur notera sans peine  que  les dirigeants républicains de la France  lui font  battre sa  coulpe s’agissant  de l ’esclavage alors que toutes choses   étant  égales par ailleurs, l’on trouverait  facilement  d’autres poitrines qui pourraient  résonner  - et mieux- du mea  culpa que l’on prétend imposer au peuple de France.


 S’agissant des dysfonctionnements sociaux et comportementaux plus ou moins importants.
La circulaire  de Monsieur le Premier Ministre  laisse en pratique le choix  entre sept dates !
Le 27 avril, le 22 mai,  le 27 mai,  le 10 juin ; le 23 août,  le 2 décembre, le 20 décembre. Nous ne  nions pas que  l’ensemble de ce qui   a fait  la grandeur  de la  civilisation française  repose  sur l’abolition de l’esclavage ... Pour autant, est  ce que  sept dates  commémoratives pour  des phénomènes de même nature , cela ne  ferait pas un peu beaucoup ?
Considérons que la prise de la  Bastille, pourtant  fête nationale de la France n’est  commémorée qu’une  fois dans l’année, le 14 juillet .... Quant à la Saint-Barthélemy, autre acte tout autant  fondateur que  répulsif  s’il en est , force  nous est  de  constater  que personne n’a  encore proposé  de faire du 24 août un jour  chômé, ou férié  ou qui pourrait peut -être au moins  donner lieu à une autre  circulaire ministérielle, nous n’en somme plus à une commémoration près.

Alain TEXIER. « Charte de Fontevrault. »

L’esclavage ? Une « vieille » histoire…

Acte de vente d'un esclave mâle et d'une maison de la ville de Shuruppak vers 2600 ans avant J.C. Tablette sumérienne archaïque.
Musée du Louvre

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